La percée de la droite nationaliste brise un tabou

Allemagne Comparée à ses voisins, l'Allemagne semblait jusqu'alors épargnée par la montée des mouvements identitaires. Une exception qui prend fin ce dimanche.

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L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a enregistré dimanche une percée historique pour un mouvement nationaliste aux élections allemandes. Elle a brisé un tabou dans le pays qui se retrouve face à «un nouveau défi» selon les mots d'Angela Merkel.

Porté sur les fonts baptismaux il y a seulement quatre ans, ce mouvement anti-islam et anti-migrants a recueilli un peu plus de 13% des voix et peut espérer près de 90 députés, selon des estimations, ce qui en fait la troisième force au Parlement.

Dans les régions plus défavorisées d'ex-RDA à l'est, où vivent peu d'étrangers, l'AfD a même obtenu 21,5% des voix, devenant la deuxième force politique derrière les conservateurs de la CDU d'Angela Merkel.

«Chasse» à Merkel

«Nous allons changer ce pays», a lancé la co-tête de liste Alexander Gauland, en promettant de mener «une chasse» contre la chancelière et de «regagner notre pays et notre peuple».

«Nous sommes là pour rester», a renchéri l'autre co-tête de liste Alice Weidel. Elle a promis que le premier geste de son parti serait de réclamer une commission d'enquête parlementaire sur la décision de Mme Merkel d'ouvrir la porte de son pays aux réfugiés en 2015 et 2016.

Environ 200 opposants de l'AfD criant «Dégagez, dégagez!» se sont rassemblés devant l'immeuble du centre de Berlin où le mouvement a célébré son résultat. La chancelière a elle reconnu que le score de l'AfD constituait «un nouveau grand défi».

Fin d'une exception

Déjà présent dans treize des seize parlements régionaux et au Parlement européen, l'élection de députés AfD constitue un tournant dans l'histoire allemande d'après-guerre.

En raison de son passé nazi, l'Allemagne demeura longtemps l'un des rares pays européens à ne pas connaître de poussée de grande ampleur de mouvements identitaires et anti-migrants. Une évolution que connaissent depuis longtemps ses voisins français, néerlandais ou autrichiens.

La communauté juive est, elle, inquiète. Le Conseil central des Juifs d'Allemagne a appelé le pays «à se battre pour la démocratie et à défendre avec véhémence ses valeurs». Le Congrès juif mondial (CJM) a dénoncé un parti au programme «infâme». L'AfD a su profiter du mécontentement dans une partie de la société allemande né de l'afflux de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016.

Césure historique

Si quelques élus au passé nazi ou membres de petites formation de droite dure ont siégé dans le passé au Bundestag, le score de l'AfD marque «une césure historique», analyse l'historien Michael Wolffsohn. «Pour la première fois, un parti nettement à droite du centre et à certains égards d'extrême-droite sera représenté au Bundestag».

Agitateur des peurs face aux migrants essentiellement musulmans, l'AfD a multiplié les sorties fracassantes avec une présence massive sur les réseaux sociaux.

Refus de la «dédiabolisation»

Le parti, dont une frange souhaite un rapprochement avec le Front national français ou le FPÖ autrichien, a radicalisé son discours depuis sa création, adoptant la stratégie inverse d'une Marine Le Pen qui a cherché au contraire à «dédiaboliser» le FN.

Durant la campagne, Alexander Gauland a dénoncé une «islamisation croissante de l'Allemagne». Cet ex-militant de la CDU a assuré que le terrorisme trouvait ses racines dans le Coran. Ses sympathisants ont perturbé à maintes reprises les meetings de Mme Merkel, en particulier dans l'ex-RDA.

«La République va changer», indique à l'AFP le politologue Fabian Virchow. «Au Bundestag, les autres partis vont se déplacer un peu vers la droite sur les questions d'ordre et de sécurité», juge le chercheur de Düsseldorf.

Propos révisonnistes

Une partie de ses cadres puise volontiers dans le vocabulaire nazi, en qualifiant Angela Merkel de «traître à la patrie» par exemple, et remet en cause le consensus mémoriel des Allemands basé sur le repentir. Alexander Gauland n'a pas hésité à vanter «les performances des soldats» de l'armée d'Hitler et certains candidats ont tenu des propos révisionnistes.

Partisan d'une sortie de l'Allemagne de l'euro, l'AfD prône des positions traditionnelles sur la famille. Climato-sceptique, le parti réclame également l'annulation de l'Accord de Paris sur le climat.

Vivats européens

Les chefs de file de l'extrême-droite européenne ont félicité dimanche l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) pour sa percée historique.

«Bravo à nos alliés de l'AfD pour ce score historique ! C'est un nouveau symbole du réveil des peuples», a écrit la présidente du Front national (FN) Marine Le Pen, sur Twitter.

«Je félicite @FraukePetry (coprésidente de l'AfD, ndlr) et @AfD», a de son côté twitté le chef du Parti de la liberté (PVV) néerlandais Geert Wilders, avant de publier une photo de lui aux côtés de Marine Le Pen et de Frauke Petry.

«Le PVV est 2e aux Pays-Bas, le FN est 2e en France, le FPÖ est 2e en Autriche, l'AfD est 3e en Allemagne. Le message est clair. Nous ne sommes pas des nations islamiques», a-t-il poursuivi.

En Italie aussi, le dirigeant de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, a salué résultat de l'AfD et de la défaite de la CDU/CSU d'Angela Merkel et du parti social-démocrate (SPD). «L'envie de changement croît. A notre tour. Allons au gouvernement», a-t-il écrit sur Twitter.

«Une sanction»

En Belgique, le chef du Vlaams Belang Tom Van Grieken se félicite quant à lui du fait que l'AfD est «incontestablement le grand vainqueur du scrutin». «En plus de la condamnation sans ambage de la 'politique des frontières ouvertes', ce résultat est une sanction contre la manière avec laquelle la CSU a essayé de se distancier de la politique laxiste menée par ce gouvernement.»

Le parti d'extrême droite flamand demande aux politiques belges de tirer les leçons de ce scrutin en menant une «politique migratoire ferme». (ats/nxp)

Créé: 24.09.2017, 21h07

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