Le périple fou des enfants afghans jusqu’à Calais

Réfugiés L’Unicef détaille le parcours des mineurs arrivés seuls à Calais. Parmi eux, une majorité fuit les violences en Afghanistan.

Bidonville de Calais, 2016.

Bidonville de Calais, 2016. Image: Unicef/Laurence Geai

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Quelque 500 mineurs non accompagnés, cherchant à rejoindre le Royaume-Uni, sont livrés à leur sort dans le nord de la France, selon une étude qu’a publié jeudi l’Unicef. Or dans ce rapport détaillé, on apprend que 20 à 40% d’entre eux sont afghans. Un chiffre qui résonne avec les statistiques à l’échelle du continent européen. Sur les 88 300 mineurs non accompagnés qui ont demandé l’asile en Europe, 51% sont d’origine afghane.

Les entretiens menés sur le terrain par l’Unicef révèlent un tableau saisissant des conditions précaires de vie de ces enfants, et des dangers auxquels ils ont été exposés pour arriver jusqu’aux portes du Royaume-Uni. Dans ce pays, un parent, qu’ils ne connaissent souvent même pas, était censé les accueillir.

La quasi-totalité des enfants afghans coincés dans le nord de la France proviennent des zones du conflit afghan, comme Kunduz, prise par les talibans fin septembre 2015. La stratégie des familles consiste à faire partir l’un de leur fils pour le mettre à l’abri des risques d’enrôlement, et en lui confiant le mandat d’entretenir les siens une fois en Europe.

Même si le coût du voyage a diminué ces derniers mois, concurrence des passeurs oblige, d’énormes sommes sont réunies pour permettre ces départs, ce qui incite les jeunes garçons à prendre tous les risques pour parvenir jusqu’à leur destination finale. Les familles les plus riches dépensent entre 8000 et 10 000 francs auprès d’un passeur afghan qui propose «un passage garanti» jusque dans l’espace Schengen. Ce dernier négocie chaque tronçon et passage de frontière avec les passeurs locaux, appelés «oncles», qui accompagnent des groupes pouvant compter jusqu’à 40 enfants. Les familles les moins fortunées déboursent 3000 francs. Dans ce schéma, le mineur doit se rendre par ses propres moyens d’une frontière à l’autre et négocier chaque passage.

Ces enfants sont exposés à tous les dangers durant leur périple. Certains ont raconté comment ils se sont retrouvés retenus en otage au Pakistan et en Iran, avec demande de rançon à la famille. D’autres se sont retrouvés en détention. D’autres encore ont dû travailler en route, durant plusieurs mois, dans la construction ou dans l’agriculture, au Pakistan, en Iran ou en Turquie.

Mais ce que les enfants redoutent le plus, y compris dans la jungle des villes françaises, ce sont les viols. Car en Afghanistan où hommes et femmes ne doivent pas se rencontrer hors des relations familiales, le jeune garçon imberbe, le «batcha boz», sert fréquemment d’objet sexuel. Il se retrouve ainsi à la merci des Afghans majeurs, eux aussi sur la route.

Dans la jungle de Calais et d’autres villes en bordure de la Manche, tous se font encore racketter afin d’obtenir la «protection» d’un passeur. Celui qui ne paie pas se fait éjecter des lieux. Et il s’agit de travailler: ces gamins font les petites mains pour surveiller les aires à camions. «C’est le prix à payer pour rester et espérer passer», dit Ahmad, 14 ans.

Créé: 17.06.2016, 15h21

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