Polémique sur le nombre de Molenbeek français

France Pour le ministre de la Ville, il existe dans l'Hexagone de nombreux foyers de radicalisation semblables au quartier de Bruxelles. Qu’en pense Kies Ouisa, qui travaille à la déradicalisation?

Patrick Kanner, ministre de la Ville

Patrick Kanner, ministre de la Ville Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je me méfie des déclarations des politiciens; il y a souvent un effet d’annonce. Mais oui, il y a dans des quartiers en France des processus de radicalisation. Par ailleurs, des nuances s’imposent: la comparaison France-Belgique peut être difficile!» Kies Ouisa tient à la précision. Directrice du cabinet de conseil Sociologiks, cette sociologue travaille avec les prisonniers revenus de Syrie. Ces radicalisés qui de Molenbeek, en Belgique, aux banlieues françaises sèment la terreur en Europe.

C’est une petite phrase du ministre de la Ville, Patrick Kanner, qui alimente la polémique depuis dimanche. «Il y a aujourd’hui, on le sait, une centaine de quartiers en France qui présentent des similitudes potentielles avec ce qui s’est passé à Molenbeek.» Critiqué par son camp à gauche, soutenu par l’opposition, dont le FN, Pattrick Kanner a finalement reçu l’appui, ce mardi, de Manuel Valls. «Ce qu’a voulu dire Patrick Kanner sur les processus d’enfermement, de communautarisation et de radicalisation… tout cela existe bel et bien!» a défendu le premier ministre Manuel Valls devant des députés de la majorité socialiste.

Annemasse… Molenbeek

Mais d’où est sorti ce chiffre d’une centaine de Molenbeek? Le Ministère de la Ville, dans sa tentative de désamorcer la polémique, met en avant les endroits qui cumulent «les handicaps sociaux»: quartiers prioritaires de la politique de la Ville (1500), les zones d’éducation prioritaire et les périmètres de sécurité prioritaire. Certains médias, comme BFM TV, mettent en exergue la carte des villes d’origine des 56 Français morts en Syrie et en Irak. On y voit, entre autres, apparaître Annemasse, aux portes de Genève (lire ci-contre). Trois djihadistes Français y ont grandi.

De toute évidence, la réalité est plus complexe qu’une carte de France des lieux de naissance des recrues de l’EI. «Nous signalons le retour du fait religieux dans certains territoires depuis une vingtaine d’années, explique Kies Ouisa. Et ceux qui sont visiblement religieux ne vont pas forcément devenir djihadistes. Le communautarisme a permis à certains de trouver un cadre, de se réinsérer dans la société, de fonder une famille. Je ne dis pas que c’est bien ou mal. Je pose un constat», avance la sociologue.

Contre la simplification

La chercheuse, sur la base de son travail en prison avec les djihadistes de retour, met en garde encore contre la simplification des motivations. «Tous les djihadistes sont des radicaux mais tous les radicaux ne sont pas des djihadistes. Il y a effectivement des gens motivés par la seule violence, par l’envie de faire mal à l’Occident. Et il y en a d’autres qui ont un réel discours religieux et politique. In fine, cela n’excuse rien. Et surtout pas l’inaction des pouvoirs publics. C’est dans ces mêmes territoires que, depuis des années, on dénonce la montée de la délinquance, du marché de stupéfiants et le trafic des armes de guerre», analyse Kies Ouisa.

Créé: 29.03.2016, 21h54

Articles en relation

Pour la France, la Belgique n'est pas à la hauteur de la menace de Molenbeek

Attentats du 13 novembre Interview Sébastien Pietrasanta est le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire française mise en place après les attentats. Le député socialiste salue les services belges mais juge que la législation belge n’est pas à la hauteur. Plus...

Il y a au moins deux cellules djihadistes établies entre Bruxelles et Paris

Terrorisme Des arrestations ont eu lieu dans les deux capitales. Le djihad franco-belge aurait enfanté plusieurs monstres. Plus...

«La Belgique paie au prix fort le laxisme de sa politique»

Attentats de Bruxelles Avocat, Philippe Kenel passe la moitié de son temps à Bruxelles. Et ne mâche pas ses mots sur la situation du pays. Plus...

«Non aux amalgames!»

Plusieurs médias ont relayé les propos de Patrick Kanner en y associant la carte ou les noms des villes d’origine des
56 combattants islamistes français tués en Irak et en Syrie, suscitant de nombreuses réactions d’indignation
parmi les élus concernés. Christian Dupessey, le maire d’Annemasse, l’une des villes mentionnées pour avoir hébergé trois djihadistes abattus en Syrie ces dernières années, n’a pas apprécié de voir le nom de sa commune associée à la liste des «Molenbeek à la française». L’élu, qui se dit «surpris et choqué par ces amalgames qui stigmatisent un quartier et une population», refuse d’en rejeter la faute sur Patrick Kanner, qu’il connaît et estime. Il est sûr que le propos ne visait pas sa commune. Enfin, en ce qui concerne l’affaire qui vaut à Annemasse d’être citée parmi les villes d’origine de combattants tués en Syrie et en Irak, Christian Dupessey relève que cela concerne une famille originaire d’Alsace qui avait séjourné illégalement, il y a un an, sur sa commune durant trois mois. «Ce qui domine à Annemasse, c’est le vivre ensemble», insiste-t-il.

M.P.

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.