Un populiste violent à la tête des Philippines

PrésidentielleRodrigo Duterte triomphe en promettant de tuer des milliers de criminels.

Le populiste Rodrigo Duterte.

Le populiste Rodrigo Duterte. Image: AP

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On le surnomme «The Punisher», comme le sinistre antihéros de Marvel Comics, justicier vengeur qui terrorise la pègre. Ou alors «Dirty Harry», tel l’inspecteur de police jadis incarné par un Clint Eastwood sans merci. Il est aussi qualifié de «Donald Trump philippin» pour sa campagne outrancière. Lundi soir à Manille, la victoire semblait acquise pour le populiste Rodrigo Duterte, avocat de 71 ans qui promet de tuer des milliers de criminels et n’hésite pas à dire qu’il aurait aimé être le premier à violer une belle Australienne agressée puis assassinée au cours d’une émeute en prison.

Selon les résultats partiels sur 75% des suffrages, le maire de Davao, la grande ville du sud, a en effet recueilli 38,7% des suffrages d’après l’organisme de contrôle des élections de l’Eglise catholique, accrédité par le gouvernement pour compiler les résultats. Or une majorité relative était suffisante. Loin derrière lui, en deuxième position avec 22,19% des voix, la sénatrice Grace Poe, fille adoptive de deux stars de cinéma. Suivie de près par Mar Roxas, le candidat adoubé par le président sortant, Benigno Aquino, dont la mère fut une figure de proue de la révolution de 1986.

«Oubliez les lois sur les droits de l’homme!» lançait samedi encore Rodrigo Duterte, qui depuis 1988 fut plusieurs fois maire de Davao, pendant vingt ans au total. Les ONG l’accusent d’avoir mis sur pied des escadrons de la mort pour nettoyer sa ville, gangrenée par la criminalité et les trafiquants de drogue, mais aussi les rébellions musulmanes actives sur cette île de Mindanao. Ses méthodes musclées en ont fait, dit-il, l’agglomération la plus sûre du pays. C’est aussi ce qu’il promet de réaliser dans les six mois à l’échelle de l’archipel tout entier. Puis, en fin de mandat, il prévoit d’amnistier ses hommes et de s’auto-amnistier.

Comment expliquer une telle élection, trente ans après la chute du dictateur Marcos, alors que le pays affiche une croissance annuelle de 6% et que la corruption est en régression? Tous les observateurs s’accordent à dire que les Philippins en ont plus qu’assez des «clans» familiaux qui se partagent le pouvoir et les fruits de la croissance. Un quart de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. «On est proche du contexte féodal», explique sur RFI la chercheuse Sophie Boisseau de Rocher, de l’Asia Centre.

Mais surtout, les Philippins veulent un homme fort. La vice-présidence semblait lundi devoir échoir au fils du défunt dictateur, Ferdinand Marcos Junior. Lequel n’a jamais désavoué les crimes de son père.

Créé: 09.05.2016, 22h39

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