La première guerre d’Angela Merkel

AllemagneBerlin s’engage au côté de Paris dans la guerre contre l’Etat islamique avec 1200 soldats.

Image: AFP

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Angela Merkel n’a pas osé prononcer mardi le mot «guerre». Pour elle, la décision de son gouvernement d’aider la France à bombarder les positions de l’Etat islamique (EI, Daech en arabe) en Syrie et en Irak reste une simple «intervention militaire».

C’est pourtant bien la première guerre de la chancelière. Jusqu’à présent, elle avait engagé la Bundeswehr dans des missions de maintien de la paix. En 2011, l’armée allemande n’avait pas participé aux bombardements en Libye.

Cette fois, solidarité avec la France oblige, le ton a changé. «On n’arrivera pas à convaincre l’EI avec des paroles. Il faut le combattre avec des moyens militaires», a-t-elle répété après que le Conseil des ministres a décidé mardi de la plus grande mission de la Bundeswehr à l’étranger.

Pour protéger le porte-avions français Charles de Gaulle, l’Allemagne va déployer une frégate. Elle fournira des avions de reconnaissance et des avions ravitailleurs. Jusqu’à 1200 soldats seront en action aux côtés de la coalition internationale.

La peur des représailles

Même si le soutien dans la population est étonnamment fort pour un pays traditionnellement pacifiste (45% des sondés approuvent l’intervention), l’entrée en guerre de l’Allemagne fait craindre le pire. Selon les sondages, plus des deux tiers des Allemands redoutent des représailles.

Si l’on excepte le meurtre de deux soldats américains à l’aéroport de Francfort en 2011, l’Allemagne a été épargnée jusqu’à présent par la violence islamiste. «Soit nous avons eu de la chance, soit nos services de renseignements ont très bien fonctionné», constate Christian Mölling, expert des questions de sécurité à la German Marshall Fund.

La menace d’un attentant a toujours plané en Allemagne, disent les responsables des services de renseignements, et l’engagement allemand auprès des Français ne changera rien. La menace peut néanmoins se concrétiser à tout moment, estime Christian Mölling. Et un attentat changerait alors complètement la donne en Syrie: «L’Allemagne pourrait choisir une autre voie que la France», estime-t-il.

Dangereuse aventure

L’Allemagne se lance dans une dangereuse aventure, s’alarme l’opposition. Les écologistes ont déploré un manque total de stratégie. «Il faudrait d’abord savoir qui sont nos ennemis et qui sont nos alliés», a martelé hier Simone Peter, la présidente du Parti écologiste, qui dénonce l’absence de mandat de l’ONU.

Le «syndicat des soldats» (Bundeswehrverband) s’interroge lui aussi sur le but de l’intervention. «Nous avons besoin d’un objectif», a insisté son président, André Wüstner, qui estime que ce conflit durera «plus de dix ans».

Un avis partagé par l’expert Christian Mölling, qui regrette le manque de clarté de la chancelière. «Le gouvernement prétend mener une «guerre contre la terreur». Mais la guerre ne peut pas être un objectif en soi. Ce n’est qu’un moyen pour l’atteindre», dit-il.

Cette opération, qui coûtera 150 millions de francs par an, devrait être entérinée sans problème ce vendredi par les députés, Merkel disposant d’une très large majorité à l’Assemblée fédérale (Bundestag) grâce à sa «grande coalition» avec les sociaux-démocrates du SPD.

Créé: 01.12.2015, 17h28

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