Le président déchu Ben Ali est décédé

TunisieLe président tunisien Zine el Abidine Ben Ali vivait en exil en Arabie saoudite depuis le printemps arabe de 2011.

Zine el Abidine Ben Ali était âgé de 83 ans.

Zine el Abidine Ben Ali était âgé de 83 ans. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L'ancien président tunisien Zine el Abidine Ben Ali est décédé jeudi à Jeddah, en Arabie saoudite, où il vivait en exil, ont indiqué les autorités tunisiennes. Son renversement début 2011 avait marqué le point de départ du «Printemps arabe».

«Nous avons eu la confirmation de sa mort», a indiqué le ministère tunisien des Affaires étrangères, sans plus de détails. Mounir Ben Salha, avocat autoproclamé de Ben Ali, avait auparavant évoqué ce décès, citant comme sources sa famille et son médecin.

Après plus de deux décennies d'un pouvoir répressif, Ben Ali avait été renversé début 2011 par un mouvement populaire, point de départ d'une vague de révoltes dans la région qui font désormais partie des livres d'histoire sous le nom de «Printemps arabe». Il avait fui, le 14 janvier 2011, dans des conditions rocambolesques, vers Jeddah, en Arabie saoudite, où il vivait en exil avec sa famille.

Depuis cette date, la Tunisie, qui a vécu ce dimanche le premier tour d'une élection présidentielle libre, a poursuivi sur le chemin de la démocratisation. Et ce même si les difficultés politiques et économiques ont vu naître ces dernières années une forme de nostalgie dans une frange de la population.

Parallèlement, à l'exception de quelques photos postées sur Instagram, notamment par sa fille Nesrine, presque rien n'avait filtré de la vie en exil de l'ancien dictateur.

«Coup d'Etat médical»

Des rumeurs sur sa mort avaient toutefois circulé à plusieurs reprises ces dernières années. Et, le 12 septembre, Me Ben Salha avait déclaré que le président déchu se trouvait «dans un état critique». Il avait ensuite démenti les rumeurs de décès. «Il n'est pas mort, mais son état de santé est mauvais. Il est sorti de l'hôpital et se soigne actuellement chez lui», avait-il indiqué à une radio locale.

Réagissant à ces «rumeurs», le premier ministre Youssef Chahed avait assuré qu'il était prêt à donner son «feu vert pour son retour». «C'est un cas humanitaire. S'il est malade, comme le disent les rumeurs, il peut rentrer dans son pays comme tout Tunisien», avait dit M. Chahed, interrogé sur la chaîne Hannibal TV. «S'il veut rentrer pour être enterré ici, je donne mon feu vert».

Peu après l'annonce du décès de l'ancien président jeudi, il n'était pas possible d'avoir confirmation du lieu des funérailles - Arabie saoudite ou Tunisie. Issu d'une famille modeste du centre-est du pays et arrivé au pouvoir en 1987 par le biais d'un «coup d'Etat médical» contre le père de l'indépendance Habib Bourguiba, M. Ben Ali avait rapidement instauré un régime ultra-répressif.

Militaire de carrière formé en partie en France (Saint-Cyr) et aux Etats-Unis, «ZABA» (ses initiales) - comme le surnommaient ses opposants - s'est appuyé sur l'appareil policier pour étouffer toute contestation, ainsi que pour museler la presse et les syndicats.

Procès par contumace

Omniprésent avec ses portraits officiels qui le montraient souriant, les cheveux teints d'un noir de jais, il se targuait d'améliorer le niveau de vie de ses compatriotes et d'avoir «fait de la Tunisie un pays moderne». Mais, durant ces 23 années d'un règne de fer, Ben Ali et son épouse Leila Trabelsi ont mis l'économie du pays en coupes réglés.

L'étendue des atteintes aux droits de l'Homme a en outre été soulignée à partir de l'automne 2016 lors des auditions publiques de l'Instance vérité et dignité (IVD), créée après la révolution pour faire la lumière sur les crimes de la dictature.

Plus de 300 personnes sont notamment décédées durant la répression du mouvement de révolte né de l'immolation par le feu le 17 décembre 2010 d'un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre), Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières.

En 2018, à l'issue de procès par contumace pour «homicides volontaires», «abus de pouvoir» ou encore «détournements de fonds», Ben Ali avait été condamné à de multiples peines de prison, dont plusieurs à perpétuité.

Monde bouleversé

Son renversement en 2011 a profondément bouleversé la face d'une partie du monde en constituant le point de départ du Printemps arabe, succession de mouvements de révoltes ayant notamment abouti à la chute de l'Egyptien Hosni Moubarak et du Libyen Mouammar Kadhafi.

Le décès de l'ancien dictateur intervient quatre jours après la tenue du 1er tour d'une présidentielle en Tunisie, scrutin qui doit permettre de consolider le processus démocratique dans l'unique pays rescapé de ce «Printemps arabe». Elle survient également dans le sillage de celle, le 25 juillet, de Béji Caïd Essebsi, premier président tunisien élu démocratiquement au suffrage universel direct, en 2014. (afp/nxp)

Créé: 19.09.2019, 17h17

Articles en relation

Le candidat Karoui reste en prison

Tunisie L'homme d'affaires Nabil Karoui, poursuivi pour blanchiment et candidat à la présidentielle, n'a pas été libéré. Plus...

Duel confirmé entre Saied et Karoui

Présidentielle en Tunisie Un candidat indépendant et un homme d'affaires en prison sont qualifiés pour le second tour de la présidentielle tunisienne. Plus...

Le face-à-face surprise entre Saied et Karoui se précise

Tunisie L'universitaire sans parti politique Kais Saied, qui cultive une image de «M. Propre» est en tête de la présidentielle tunisienne. Plus...

Deux candidats disent être au 2e tour en Tunisie

Élection présidentielle L'homme d'affaires emprisonné Nabil Karoui et l'universitaire indépendant Kais Saied ont affirmé dimanche soir être qualifiés pour le second tour de la présidentielle tunisienne. Plus...

En Tunisie, une élection présidentielle incertaine

Élections Sept millions de Tunisiens se déplacent aux urnes ce dimanche pour le premier tour de l'élection présidentielle. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.