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Donald Trump, star du populisme de circonstance

L’homme d’affaires new-yorkais ne cache pas avoir adopté un message populiste formaté pour remporter la Maison-Blanche.

Donald Trump a prouvé pendant sa campagne sa dextérité à manier les exagérations et à canaliser les soupçons de nombreux Américains vis-à-vis de leurs dirigeants.
Donald Trump a prouvé pendant sa campagne sa dextérité à manier les exagérations et à canaliser les soupçons de nombreux Américains vis-à-vis de leurs dirigeants.
Keystone

Donald Trump a réussi un tour de force. Le futur président des Etats-Unis qui entrera en fonctions le 20 janvier, s’est fait acclamer par ses supporters le mois dernier lorsqu’il leur a avoué que certains refrains populistes de sa campagne n’étaient que des messages de circonstance. L’homme qui s’est présenté comme le candidat anti-système et a promis pendant la campagne présidentielle d’»assécher le marécage» politique à Washington, n’a pas caché sa surprise face au succès de ce slogan. «C’est drôle comme cette expression a bien résonné», s’est-il étonné dans un discours prononcé le 8 décembre à Des Moines dans l’Iowa. «Quelqu’un m’a suggéré d’«assécher le marécage». J’ai dit: «c’est tellement naze. C’est si mauvais». Mais j’ai dit: «Ok, je vais essayer». Il y a un mois, j’ai dit «assécher le marécage». La foule s’est enflammée.(…) J’ai commencé à le dire comme si je la pensais vraiment, n’est-ce pas?»

Donald Trump a enterré en public une autre promesse populiste associée à sa campagne. Avant l’élection présidentielle du 8 novembre, il avait promis d’ouvrir une enquête sur les emails d’Hillary Clinton et de la faire arrêter. Il a fait marche arrière le 9 décembre dans le Michigan: «Ca sonnait bien avant l’élection, maintenant on s’en fiche».

Les actes de Donald Trump depuis sa victoire face à Hillary Clinton reflètent le fossé entre le message du candidat républicain et la politique qu’il s’apprête à mener à la Maison-Blanche. Il a nommé dans son futur gouvernement des milliardaires qui incarnent le contraire de son message pro-travailleurs américains. Un exemple: Andy Puzder, l’homme qui pourrait devenir le Secrétaire au Travail, est le patron de deux chaînes de restauration rapide et est opposé à une hausse du salaire minimum.

«Donald Trump représente un populisme spécifiquement américain», explique Mabel Berezin, une professeure de sociologie à l’Université de Cornell dans l’Etat de New York. «Il a exploité les peurs, le sentiment d’abandon et les rêves des électeurs». La professeure souligne que Donald Trump «a eu le génie de créer une connexion émotionnelle avec une certaine couche de la population américaine». «Il est l’expression ultime de la culture de l’individualisme aux Etats-Unis et d’une certaine antipathie vis-à-vis du savoir et des faits associés par les couches inférieures aux élites», poursuit-elle.

Comme le souligne Mabel Berezin, l’homme d’affaires républicain n’a pas le bagage idéologique des leaders populistes européens, mais il semble avoir réussi à exploiter la «paranoïa» qu’avait identifiée il y a un demi-siècle l’historien Richard Hofstadter. «La politique américaine a souvent été une arène pour les esprits en colère», avait écrit celui-ci en 1964 dans Harper’s avant de préciser que cette «paranoïa» mêlant «l’exagération, la suspicion et le fantasme du complot» ne s’exprimait pas que dans l’extrême-droite.

Donald Trump a prouvé sa dextérité à manier les exagérations et à canaliser les soupçons de nombreux Américains vis-à-vis de leurs dirigeants, des sans-papiers et du libre-échange notamment. Il a aussi attisé le racisme sous-jacent dans une frange de la population américaine en relayant les théories du complot infondées qui remettent en question le fait que Barack Obama soit né aux Etats-Unis. Le président des Etats-Unis a pour sa part rejeté le 29 juin 2016 la notion selon laquelle Donald Trump est un populiste. «Les gens ne deviennent pas soudainement populistes parce qu’ils disent quelque chose de controversé pour gagner des voix», a-t-il dit ce jour-là. «C’est de l’ethnocentrisme ou de la xénophobie voire pire».

Fred Harris, un ancien Sénateur démocrate de l’Oklahoma qui est considéré comme le père du populisme moderne aux Etats-Unis, se distancie aussi de la méthode Trump. «Le populisme de Trump n’est que de la démagogie», a confié au magazine Politico l’ancien candidat à la Maison-Blanche en 1976. En avril 2014, Fred Harris avait donné un cours à l’Université de l’Oklahoma dans lequel il avait décrit un terreau qui s’est révélé fertile pour Donald Trump. «Les classes moyennes n’ont cessé de se réduire et des millions de personnes se sont retrouvées dans la pauvreté alors que le nombre de riches a enflé», avait-il affirmé. «La plupart des autorités pensent qu’il est difficile d’avoir une vraie démocratie sans des classes moyennes stables et importantes. Le pouvoir économique se transforme alors en pouvoir politique».

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