Donald Trump: «Le chef de l’EI est mort comme un chien»

Etats-Unis/SyrieDans son allocution dimanche, le président a décrit l’opération militaire qui a abouti à la mort du chef de l’État islamique.

La photo fournie par la Maison-Blanche montre le président et ses conseillers suivre en direct l’opération contre Al-Baghdadi.

La photo fournie par la Maison-Blanche montre le président et ses conseillers suivre en direct l’opération contre Al-Baghdadi. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Plus de huit ans après la mort d’Oussama ben Laden, les États-Unis ont célébré dimanche une nouvelle victoire symbolique contre les réseaux terroristes. «Abou Bakr al-Baghdadi est mort», a annoncé Donald Trump dans une allocution prononcée dimanche matin. «Il était le fondateur et le leader de l’EI (ndlr: État islamique), la plus impitoyable et violente organisation terroriste du monde.»

Le président des États-Unis a dit avoir suivi «comme un film», depuis la Maison-Blanche, l’opération menée dans la nuit de samedi à dimanche dans le nord-ouest de la Syrie par les forces spéciales américaines. «Onze jeunes enfants ont été évacués de la maison sains et saufs, a raconté Donald Trump. Les seuls qui restaient étaient avec Al-Baghdadi dans un tunnel. Il a entraîné trois enfants avec lui vers une mort certaine. Il a atteint la fin du tunnel pendant que nos chiens le pourchassaient. Il a déclenché sa veste explosive, se tuant ainsi que les trois enfants.»

Donald Trump a humilié le fondateur de l’État islamique dimanche tout en insistant sur l’importance de cette opération qui, espère-t-il, donnera un peu de répit à sa présidence menacée par une enquête parlementaire. Il n’a cessé de répéter qu’Al-Baghdadi n’était «pas mort en héros mais comme un lâche» et «un chien». Le président des États-Unis a ajouté que «le voyou qui a tenté d’intimider les autres a passé ses derniers instants dans la peur, la panique et l’effroi, terrifié par les forces américaines fonçant sur lui».

Autocongratulation

Désavoué par une large majorité de la Chambre des représentants la semaine dernière pour avoir ordonné le retrait des forces américaines du nord de la Syrie, Donald Trump a souligné son propre rôle dans une opération censée valider sa décision. «Je l’ai cherché pendant trois ans», a affirmé le président des États-Unis à propos d’Al-Baghdadi.

Donald Trump a aussi assuré que la capture du fondateur de l’État islamique était plus significative que celle d’Oussama ben Laden orchestrée en mai 2011 par Barack Obama, son prédécesseur à la Maison-Blanche. «C’est le plus grand qui soit. C’est le pire de l’histoire», a martelé le président américain à propos d’Al-Baghdadi. «Oussama ben Laden était important, mais Oussama ben Laden est devenu important avec le World Trade Center (ndlr: lors des attentats du 11 septembre 2001). Cet homme (ndlr: Al-Baghdadi) a construit un pays entier comme il le décrivait.»

À l’issue de son allocution qui s’est transformée en conférence de presse improvisée, Donald Trump a répété une exagération qu’il avait déjà distillée lors de sa campagne pour la Maison-Blanche en 2016. Il a assuré avoir mis en garde les Américains contre Ben Laden dans l’un de ses livres parus un an et demi avant les attentats du 11 septembre 2001. «J’ai dit: «Il y a un type qui s’appelle Oussama ben Laden. Vous devriez le tuer ou le mettre hors d’état de nuire. Et personne ne m’a jamais écouté. S’ils m’avaient écouté, beaucoup choses auraient été différentes.»

Donald Trump a regretté le manque de reconnaissance à son égard: «Je n’ai eu aucune reconnaissance, c’est OK. Je n’en ai jamais. Mais voici où nous en sommes.» Puis il a ensuite basculé dans l’autocongratulation: «À ce jour, des gens viennent vers moi et me disent: «Savez-vous l’une des choses les plus extraordinaires que j’ai vues sur vous? Vous aviez prédit qu’Oussama ben Laden devait être tué avant qu’il ne démolisse le World Trade Center.» Dans l’ouvrage en question, paru en 2000, Donald Trump ne mentionne que brièvement Oussama ben Laden et ne réclame aucune intervention contre l’ancien leader d’Al-Qaida.

Une victoire arrangeante?

Donald Trump semble espérer que la mort d’Al-Baghdadi sera son atout dans l’enquête qui menace sa présidence. Les parlementaires tentent de faire la lumière sur les pressions du président américain sur l’Ukraine pour obtenir des informations compromettantes sur Joe Biden, l’un de ses adversaires pour la Maison-Blanche en 2020. Et plusieurs témoins doivent comparaître cette semaine à la Chambre des représentants.

La réaction de l’opposition démocrate laisse entrevoir que le succès de Donald Trump ne bouleversera pas la dynamique à Washington. Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, a affirmé dimanche que la disparition d’Al-Baghdadi était «importante», mais qu’elle ne signifiait pas la fin de l’État islamique. Quant à Adam Schiff, l’élu démocrate qui dirige l’enquête parlementaire contre Donald Trump, il s’est réjoui de la mort d’Al-Baghdadi mais n’a pas félicité le président sur la chaîne ABC.

Créé: 27.10.2019, 22h39

Articles en relation

Trump fait plier Erdogan et obtient un cessez-le-feu de cinq jours en Syrie

Diplomatie Lâché par son propre parti après avoir décidé d’abandonner les Kurdes, le président américain a fêté une victoire jeudi. Plus...

«Le plus dangereux djihadiste suisse» a été capturé en Syrie

Le Matin Dimanche Même après la chute de l’État islamique, des terroristes étrangers tentent de se cacher en Syrie. Après trois mois de fuite, le djihadiste genevois Daniel D. vient d’être arrêté par les milices kurdes. Plus...

«Il faut respecter les droits des enfants des combattants de l’État islamique»

Conseil des droits de l'homme La Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, exhorte les États à ne pas fabriquer des apatrides. Plus...

Un foyer djihadiste couve dans le camp des femmes de l’EI internées

Le Matin Dimanche Sur le site de détention d’Al-Hol, en Syrie, des femmes rêvent de la résurrection de l’État islamique. Notre journaliste est l’un des derniers à avoir reçu l’autorisation d’y pénétrer. Plus...

À Baghouz, le califat de l’État islamique n’en finit pas de mourir

Syrie Partisans ou otages de l’EI, des milliers de fuyards ralentissent l’assaut contre le dernier bastion de Daech. Plus...

Al-Baghdadi, un «planificateur» barbare et cruel

Abou Bakr al-Baghdadi, c’est d’abord une image. Celle d’un homme vêtu de noir et au visage austère qui, depuis le prêchoir de la Grande mosquée d’Al-Nouri à Mossoul, proclame rétablir le «califat». Nous sommes le 29 juin 2014. Son nom est associé à des actes de barbarie et de cruauté en Irak, en Libye, en Syrie mais aussi à des attentats sanglants commis partout à travers le monde.

Né en 1971 à Falloujah, en Irak, le fondateur de l’État islamique est issu d’une famille modeste.
La légende entretenue par ses partisans prétend qu’il a étudié et fréquenté assidûment les mosquées. La véritable histoire d’Abou Bakr al-Baghdadi est moins glorieuse. Deux journaux allemands, la «Süddeutsche Zeitung» et l’«ARD», ont découvert qu’il avait été un piètre élève qui aurait été contraint de suivre des études en théologie faute d’avoir le niveau pour suivre des études de droit. «Il donnait l’impression d’un homme pas brillant mais il était patient et bosseur», corrige la journaliste Sofia Amara, qui a réalisé un documentaire sur al-Baghdadi qui décrit «un planificateur secret».

Étudiant, al-Baghdadi rejoint d’abord les Frères musulmans avant de se laisser séduire par l’idéologie salafiste. Ceux qui l’ont croisé à l’époque évoquent une personnalité introvertie. «Il n’avait pas le charisme d’un chef […] il était très timide et parlait peu», a raconté le chercheur irakien Hicham al-Hachimi, qui l’a rencontré à la fin des années 90. Tout bascule après l’invasion de l’Irak. Dans le chaos qui règne alors, Al-Baghdadi crée son propre groupe djihadiste. Arrêté en janvier 2004 par les Américains à Falloujah, il passe dix mois en prison. À sa sortie, il rejoint Al-Qaida en Irak, alors dirigée par le Jordanien al-Zarqaoui. L’ascension va être fulgurante. En mai 2010, Abou Bakr al-Baghdadi est nommé à la tête de l’État islamique d’Irak. Le 9 mai 2011, il annonce faire allégeance à Ayman al-Zawahiri, le successeur d’Oussama ben Laden.

En 2011, le conflit syrien le pousse à nourrir de nouvelles ambitions. Il s’éloigne alors d’al-Zawahiri avant d’annoncer la création du «califat». Recherché depuis 2011, Abou Bakr al-Baghdadi aurait été blessé à plusieurs reprises. Il a été marié deux fois et eu quatre enfants avec sa première femme, puis un fils avec sa seconde.

A.L.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.