«Le plan israélien en Cisjordanie? C’est d’éviter tout accord de paix!»

Proche-OrientAvocat israélien, il défend les droits des Palestiniens. Interview de Me Michael Sfard avant sa conférence ce mercredi à Genève.

Michael Sfard

Michael Sfard Image: DR

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«Quand un Palestinien en Cisjordanie est coupé de ses terres, dois-je plaider pour la destruction de la barrière de séparation israélienne? Réclamer une modification de son tracé? Ou juste un portail d’accès pour le paysan? C’est souvent ça que souhaite mon client: une mesure réaliste et rapide. Mais alors, suis-je dans la défense des droits de l’homme? Ou plutôt dans la justification de l’occupation? Pas simple!»

Michael Sfard est probablement le plus connu des avocats israéliens engagés dans la défense des droits des Palestiniens. Ce lundi soir à Genève, devant une salle comble à Uni Mail, il était l’invité de la Faculté de droit et de l’Ordre des avocats, avec l’appui de l’organisation juive JCall. Ce mercredi à 12h30, il s’exprimera à la Maison de la paix, près du Palais des Nations, après un aller-retour à Berne. Interview d’un patriote israélien pour le moins critique.

– L’occupation israélienne de la Cisjordanie est-elle illégale?
– L’occupation, en soi, n’est pas illégale. Mais sous ce terme juridique, le droit de la guerre précise les obligations du pouvoir militaire. Le territoire ne peut demeurer que provisoirement sous la responsabilité de la force occupante, en attendant qu’un accord soit conclu. Le commandement doit administrer ces terres en s’abstenant de faire des modifications en profondeur et en veillant à prendre des décisions pour le bien des populations. Or, Israël occupe la Cisjordanie depuis plus de 50 ans et en a bouleversé le paysage, autorisant des civils israéliens à s’y implanter – en violation du droit international. Aujourd’hui, ils sont 500'000!

– Pour Israël, les Territoires sont «disputés» et non occupés…
– Israël considère que la Cisjordanie, techniquement, n’est pas sous occupation, car il n’y a pas eu d’invasion du territoire d’un État souverain (elle fut annexée par la Jordanie mais cela n’a jamais été reconnu par la communauté internationale). Parler de «territoire disputé» ne définit pas son statut légal, ce n’est pas un terme juridique. En pratique, comme toute force occupante, l’armée israélienne détient tous les pouvoirs dans ce territoire.

– Et l’Autorité palestinienne?
– L’Autorité palestinienne s’exerce surtout sur les grandes villes. Et elle a moins de pouvoirs qu’une Municipalité. Il y a bien une police, des écoles et des hôpitaux… mais les forces israéliennes peuvent intervenir quand bon leur semble. Sans parler de tout ce qui échappe à leur juridiction: la construction hors des zones urbaines, la liberté de mouvement en Cisjordanie et vers l’étranger, les exportations, la monnaie, les taux d’intérêt, les impôts, l’immigration, la diplomatie, la sécurité, le droit pénal…

– Parleriez-vous d’apartheid?
– J’ai longtemps résisté à ce terme, pour ne pas le galvauder. Mais force est de constater qu’il est pertinent pour décrire la situation en Cisjordanie: une population de colons et une majorité de plus de trois millions de Palestiniens, soumis à des lois différentes: les premiers relèvent de la justice civile, les seconds d’une justice militaire qui ne respecte pas les standards internationaux. Les premiers ont le droit de vote et d’éligibilité en Israël, les seconds ne peuvent pas participer aux décisions qui affectent leur vie. Les ressources du territoire sont exploitées par les Israéliens aux dépens des Palestiniens. Bref, ce régime discrimine contre la majorité pour asseoir la domination d’une minorité. Si ce n’est pas de l’apartheid, ça y ressemble vraiment beaucoup!

– Mais quel est l’objectif final?
– La droite israélienne souhaite élargir le territoire le plus possible en englobant en grande partie la Cisjordanie. Il ne resterait que quelques enclaves d’autonomie palestinienne – des bantoustans (ndlr: du temps de l’apartheid en Afrique du Sud). Le gouvernement ne veut pas d’un accord de paix qui définirait les frontières. Pour lui, on ne peut pas faire confiance aux Palestiniens, il vaut mieux «gérer le conflit»… pendant les cent ans à venir!

– Comment ne pas désespérer?
– Aux États-Unis, les juifs progressistes ont commencé à s’organiser. Ils font entendre une voix alternative à la puissante organisation AIPAC, qui soutient toujours aveuglément les gouvernements israéliens. Le mouvement grandit. Il pourrait changer la donne! Et en Israël même, le premier ministre Benjamin Netanyahou s’en prend aux petites ONG israéliennes qui défendent les droits de l’homme, classées «agents étrangers». Une véritable obsession. Comme s’il se sentait menacé! Il a encore le soutien de la population. Pour combien de temps?

Créé: 27.02.2018, 20h55

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