Se présenter contre le Hezbollah, un pari risqué

LibanAvant les élections de dimanche, le parti chiite cherche à intimider les autres candidats dans son bastion du Liban-Sud.

Le Hezbollah et son leader Hassan Nasrallah devraient rafler la quasi-totalité des sièges alloués aux représentants chiites lors des premières élections dans le pays en neuf ans.

Le Hezbollah et son leader Hassan Nasrallah devraient rafler la quasi-totalité des sièges alloués aux représentants chiites lors des premières élections dans le pays en neuf ans. Image: REUTERS/HASAN ABDALLAH

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Ils sont une petite dizaine à s’être réunis place Riad el-Solh, à Beyrouth, pour dénoncer l’agression d’Ali el-Amine, candidat aux législatives du 6 mai contre une liste du Hezbollah. Ce chiite a été attaqué le 22 avril alors qu’il était en train de poser des affiches à son effigie en face de sa maison à Chaqra, son village natal du Liban-Sud. «Trente combattants du Hezbollah ont débarqué pour m’intimer de partir. J’ai refusé, ils m’ont frappé au visage et à plusieurs endroits sur le corps», confie la victime, rencontrée dans son QG électoral de Nabatiyé, à quelques kilomètres du lieu de l’assaut. Le journaliste, qui a passé une nuit à l’hôpital, n’a pas tardé à reprendre la campagne qu’il mène dans des territoires qu’il a vus radicalement se transformer ces trente dernières années. «Le Hezbollah a imposé une vision sociale et religieuse qui va à l’encontre de la diversité historique de la communauté chiite, connue pour sa tolérance et son ouverture», assure-t-il.

Les joues rougies par les coups reçus, Ali el-Amine, qui a perdu une dent dans la bagarre, parle en se tenant la mâchoire. «Le Hezbollah cherche à nous intimider. Cela n’est pas nouveau, mais ça ne va pas m’empêcher de faire ce que je dois faire. On veut montrer au monde que la communauté chiite n’est pas complètement sous la botte de ce parti, qu’il y a encore des gens qui disent non», soutient le fondateur du journal local «Al Janoubia», qui brigue pour la première fois un siège de député dans la circonscription Sud III, un des trois districts acquis au Hezbollah parmi les quinze que compte le pays.

La milice, financée par l’Iran, est la seule à ne pas avoir désarmé à la fin de la guerre civile (1975-1990). Le «parti de Dieu» justifie le maintien de son arsenal militaire au nom du conflit qui l’oppose à Israël, dont les troupes ont occupé le Liban-Sud jusqu’en 2000. Puis, à l’été 2006, une guerre meurtrière a opposé le Hezbollah à l’État hébreu. «S’il n’y a pas de doute que nous considérons Israël comme notre ennemi, le Hezbollah a utilisé cette cause et a, comme l’Iran, utilisé la résistance comme couverture pour normaliser son arsenal d’armes et renforcer son influence dans la région», argue Ali el-Amine. De fait, la milice est engagée militairement depuis 2012 en Syrie aux côtés de troupes de Bachar el-Assad.

Si dans le reste du pays les nouveaux visages issus de la société civile et les forces d’opposition en général font campagne en toute liberté, contester l’establishment dans les zones tenues par le «parti de Dieu» et son allié, le mouvement Amal, est plus problématique. Dans cette région qui brasse quelque 750 000 électeurs, le discours prédominant est celui d’un soutien sans faille à la «Résistance». «Bien sûr qu’on est avec le Hezbollah, sans eux il n’y aurait plus de Liban, on ne vivrait pas ici», lâche un résident de Nabatiyé.

«Facile pour eux de me tuer»

Rares sont ceux qui osent contredire cette rhétorique. Cloîtré dans son bureau sans fenêtres, au sous-sol d’une résidence placée sous haute sécurité dans une banlieue chrétienne aisée de Beyrouth, Ahmad el-Assad suit à distance la campagne électorale. Cet opposant farouche au Hezbollah est candidat dans la même circonscription mais sur une autre liste. Sur son bureau trône la photo d’un de ses partisans, Hachem Salman, 19 ans, assassiné en 2013 dans une manifestation anti-Hezbollah. Depuis, il ne sort plus de chez lui. «C’est très facile pour eux de me tuer. Je n’ai pas peur, mais je ne veux pas leur faciliter la tâche», martèle-t-il.

Dimanche, le duo Hezbollah/Amal devrait sans surprise rafler la quasi-totalité des sièges alloués aux représentants chiites, la loi libanaise prévoyant un partage strict entre les seize communautés du Liban. C’est la première fois en neuf ans que des élections ont lieu dans le pays. Autre nouveauté: suite à l’adoption d’une nouvelle loi électorale, le décompte des voix ne se fera plus selon un mode majoritaire mais à la proportionnelle. Un système censé ouvrir la voie à de nouvelles forces politiques. Mais au Liban-Sud, les chances sont faibles d’assister à une percée des listes dissidentes.

(24 heures)

Créé: 04.05.2018, 21h53

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