L'État hébreu ferme ses frontières aux étrangers trop critiques

Israël Une loi interdit désormais l’entrée dans le pays aux étrangers qui appellent au boycott d’Israël ou de ses colonies.

Le Parlement israélien a annoncé lundi avoir voté une loi interdisant l'accès à l'Etat hébreu aux partisans de son boycott international.

Le Parlement israélien a annoncé lundi avoir voté une loi interdisant l'accès à l'Etat hébreu aux partisans de son boycott international. Image: Reuters

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Avis aux touristes européens ayant signé une pétition en ligne pour appeler au boycott des produits fabriqués dans les colonies israéliennes: ils pourront bientôt se voir refouler lorsqu’ils atterriront à l’aéroport de Tel-Aviv. Adoptée lundi soir à 46 voix contre 28, une loi interdit l’entrée en Israël à tout étranger appelant au boycott de l’Etat hébreu ou «des zones sous son contrôle», en d’autres termes, les colonies de Cisjordanie. Le texte a été corédigé par le nouveau fer de lance de la droite nationaliste religieuse, Bezalel Smotrich, qui entend montrer qu’Israël «ne tend pas l’autre joue» face à ceux qui «utilisent ses infrastructures pour lui nuire».

«Les membres de notre branche américaine nous rendent visite régulièrement. Nous craignons qu’ils soient interdits d’entrer sur le territoire»

«Cette loi est le prolongement d’une série de mesures réduisant la liberté d’expression des militants qui luttent pacifiquement contre l’occupation israélienne», dénonce Hagaï el-Ad, le directeur général de l’ONG israélienne de défense des droits humains B’Tselem. Il y a un mois, le gouvernement a ainsi décidé de ne plus accorder de visa de travail aux membres étrangers de l’ONG Human Rights Watch, les accusant de tenir une position «partiale et anti-israélienne». Avec la loi votée lundi, l’entrée en Israël des militants du camp de la paix sera désormais soumise au bon vouloir des agents de sécurité de l’aéroport, s’inquiète Anat Ben Nun, de l’ONG La Paix maintenant. «Les membres de notre branche américaine, qui boycottent les colonies, nous rendent visite régulièrement, explique-t-elle. Nous craignons qu’ils soient interdits d’entrer sur le territoire la prochaine fois.»

Les associations affiliées au mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) sont particulièrement visées. Ce collectif, inspiré par le combat contre l’apartheid sud-africain, mène une campagne internationale de boycott des produits et des événements culturels et scientifiques israéliens. Mais les simples militants qui font du volontariat auprès d’associations palestiniennes sont aussi concernés. Comme la Cisjordanie ne dispose pas d’aéroport, la plupart atterrissent en Israël, obtiennent un visa touristique d’une durée de trois mois, puis rejoignent Ramallah ou Hébron en bus. Ils n’ont pas attendu cette loi pour cacher leurs opinions vis-à-vis des autorités israéliennes. C’est le cas de Maya (prénom d’emprunt). Cette Française de 22 ans a travaillé bénévolement dans une auberge de jeunesse à Ramallah qui permet aux touristes d’aller à la rencontre des paysans palestiniens coupés de leurs terres à cause du mur de séparation.

Ordinateurs et téléphones vérifiés

Avant d’atterrir à l’aéroport de Tel-Aviv, il y a trois mois, Maya avait pris soin de «nettoyer» sa boîte mail et sa page Facebook. «J’avais effacé les messages appelant à la fin de l’occupation et au boycott d’Israël, raconte-t-elle, parce qu’il n’est jamais certain que les autorités nous laisseront entrer.» Lors du contrôle douanier, il n’est pas rare que les agents de sécurité demandent à vérifier ordinateurs et téléphones portables. «Je connais beaucoup de gens qui se sont fait refouler, poursuit-elle. Ils ne nous disent jamais pourquoi, mais on se doute que c’est à cause de nos opinions. J’ai l’impression d’être hors la loi, alors que je souhaite seulement aider les Palestiniens.»

Maya assure qu’elle sera encore plus prudente à l’avenir, quitte à se créer une nouvelle identité numérique. Certains militants choisissent d’atterrir à Amman, en Jordanie, pour tenter de rejoindre directement la Cisjordanie sans passer par Israël. Mais la loi s’appliquera aussi dans leur cas, affirment les organisations consultées, puisque l’Etat hébreu contrôle l’intégralité des frontières cisjordaniennes. Tel-Aviv

Créé: 08.03.2017, 08h24

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