Étranglés par la crise, les Libanais reprennent la rue

Proche-OrientCe week-end a vu une flambée de violence inédite depuis le début de la contestation, le 17 octobre.

Le quartier du parlement, à Beyrouth, a été littéralement pris d’assaut ce week-end par des millers de manifestants.

Le quartier du parlement, à Beyrouth, a été littéralement pris d’assaut ce week-end par des millers de manifestants. Image: AP

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Avec la crise, Waël a vu tout son univers s’écrouler. Ce père de famille de 50 ans, cadre supérieur depuis vingt ans dans la même entreprise, s’est vu signifier son licenciement sans préavis légal. «Je perds mon salaire, mais aussi la sécurité sociale pour mes trois enfants, ma femme et moi. Même du temps de la guerre civile nous n’avons pas vécu des moments aussi difficiles. Personne n’est épargné, ce qui se passe est catastrophique.»

Ces derniers mois, la crise économique s’est encore accrue, avec le licenciement de dizaines de milliers de personnes et la fermeture de centaines d’entreprises. Dans des prévisions alarmantes, la Banque mondiale estime que d’ici à deux mois plus de 50% des Libanais passeront sous le seuil de pauvreté.

Après quatre mois d’une révolte pacifique lancée le 17 octobre 2019, les manifestants libanais, excédés, ont laissé exploser leur colère le week-end dernier à Beyrouth. Le quartier du parlement libanais, dont les axes étaient barricadés par des portiques métalliques couverts de barbelés par les forces de l’ordre, a été littéralement pris d’assaut par des milliers de Libanais venus exprimer leur exaspération de ne pas être entendus par leurs dirigeants.

Nombreux blessés

Jets de pierres, de pétards, de poteaux de signalisation et de pots de fleurs, rien n’a été épargné dans ce qui est devenu l’épicentre de la contestation. Des attaques auxquelles les forces de l’ordre ont répondu par un déferlement de tirs de gaz lacrymogène, de canons à eau et de balles en caoutchouc. Une véritable flambée de violence qui s’est reproduite, malgré une pluie abondante, samedi et dimanche soir, faisant craindre le pire pour les mois à venir. Plus de 530 personnes ont été blessées, parfois grièvement, parmi les manifestants et les membres des forces de l’ordre, selon les chiffres de la Croix-Rouge libanaise et de la Défense civile.

Si c’est le retard pris dans la formation d’un nouveau gouvernement par le premier ministre, Hassan Diab, désigné le 19 décembre, qui a déclenché cette explosion de colère, les racines de l’exaspération des Libanais sont plutôt à chercher dans la crise économique qui sévit dans le pays depuis plusieurs mois.

Le Liban est confronté à une véritable pénurie de devises et à une crise de liquidités, conjuguées à une dette qui pèse plus de 150% de son PIB (90 milliards de dollars). Le résultat du déficit de la balance des paiements, qui a atteint en 2019 des sommets jamais égalés dans l’histoire du pays. Les importations ont représenté l’an dernier plus de 20 milliards de dollars, contre à peine 2,6 milliards de dollars d’exportations.

En cause, selon Élie Yachoui, économiste et professeur à l’Université Saint-Joseph, à Beyrouth, «les politiques menées à partir de 1993 par Rafiq Hariri (alors premier ministre) et le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé». Le secteur privé, les infrastructures ont été négligés, tandis que la dette n’a cessé de croître. «Il n’y a pas eu d’édification d’une économie productive susceptible d’amener une croissance durable. Au contraire, c’est une politique rentière qui a été menée.»

Vent de panique

Une gestion désastreuse qui se répercute aujourd’hui sur l’ensemble des Libanais. Depuis novembre 2019, les banques ont imposé un contrôle drastique du retrait de devises pour pallier la pénurie de dollars et la crise de liquidités auxquelles elles sont confrontées. Cette situation a créé un vent de panique dans le pays, poussant les Libanais à thésauriser, selon les estimations, entre 3 et 4 milliards de dollars. Alors que le taux officiel de la livre libanaise demeure à 1507 LL pour 1 dollar, sur le marché parallèle il a atteint jusqu’à 2500 LL. Une conjoncture qui a provoqué une flambée des prix des produits de consommation et des services de plus de 40%, selon l’Association de protection des consommateurs.

Créé: 20.01.2020, 20h43

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