La France peut frapper en Syrie, mais pas guerroyer

Offensive contre Etat islamiqueDes raids aériens, un point c’est tout. L’Hexagone n’a pas les moyens d’en faire davantage, selon le général Vincent Desportes

L'Assemblée nationale débat – sans vote – de l’éventualité de frappes aériennes en Syrie. En photo, un Rafale de l’armée française.

L'Assemblée nationale débat – sans vote – de l’éventualité de frappes aériennes en Syrie. En photo, un Rafale de l’armée française. Image: AFP

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Les Français sont favorables à la guerre contre le groupe Etat islamique (Daech). A 61% en effet, les sondés du Parisien veulent que les troupes de l’Hexagone participent à une intervention militaire au sol en Syrie. Le général Vincent Desportes, professeur en stratégie à HEC et à Sciences Po Paris, nuance les envies tricolores d’en découdre. Il est pour les frappes aériennes, mais estime que la France n’a pas les moyens d’en faire plus: «Question de bon sens!»

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale débat – sans vote – de l’éventualité de frappes aériennes en Syrie, comme l’a annoncé le président François Hollande lors de la conférence de presse de lundi. «Ce débat permettra au moins de dire les choses et de pointer certaines responsabilités. Il serait bon de laisser tomber quelques principes philosophiques qui n’ont plus lieu d’être», affirme Vincent Desportes. Pour ce stratège militaire, la France a parié sur le mauvais cheval… «L’armée syrienne libre n’existe plus. Si on veut stabiliser la région et faire reculer l’Etat islamique, en attendant le départ de Bachar el-Assad, il faut peut-être renouer un dialogue avec Bachar el-Assad!»

«En attendant» est le mot important dans le discours du militaire. Car le général Desportes partage l’analyse que le dictateur syrien ne pourra se maintenir. Mais «il faut gagner du temps et les frappes aériennes permettront au moins cela».

«Faire la guerre sert à instaurer un état de paix meilleur que le précédent. Or, pour le moment, les puissances impliquées dans ce conflit ne sont pas d’accord sur la sortie de crise. Il faut que les Etats-Unis, la Russie, la France et l’Angleterre, mais encore la Turquie, l’Iran, les Emirats arabes et sans doute Israël s’accordent sur quel nouveau Moyen-Orient doit émerger de cette crise», s’enflamme Vincent Desportes. La guerre contre Daech et la mise à l’écart de Bachar el-Assad seraient alors relativement vite réglées.

Gagner en cohérence

Attention, ce ne serait pas une formalité, mais l’objectif étant connu, la stratégie de forces coalisées gagnerait en cohérence. Cela dit, il faudrait constituer les forces terrestres capables d’intervenir au sol. Et pas n’importe lesquelles. «Hors de question de laisser intervenir des Iraniens chiites dans un territoire sunnite sans risquer d’allumer la mèche d’un conflit encore plus grave», souligne Vincent Desportes.

Et la France dans tout cela? «François Hollande a pris la bonne décision d’engager la possibilité de frappes aériennes en Syrie comme nous le faisons en Irak. Surtout, la France se donne les moyens d’aller chercher des renseignements et de riposter contre les commanditaires des attentats qui menacent la France», met en avant le général, pour qui la principale force de Daech est la faible réponse des démocraties occidentales, notamment de la France.

Attention au chaos

Par contre, pour une intervention au sol, le militaire estime le nombre de soldats qu’il faudrait engager à au moins 50 000 – sinon 100 000 – hommes, sur deux ans. «Et le principe de réalité est cruel pour la France. Nous avons eu du mal à réunir les 5000 soldats aguerris nécessaires à l’intervention au Mali. Nous n’avons plus de troupes combattantes en nombre suffisant», met en perspective Vincent Desportes. Qui juge ce travail au sol indispensable: «En Libye, le travail n’a pas été fini. On n’a engendré que le chaos!»

Créé: 14.09.2015, 21h18

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