Isolé, Netanyahou joue sa survie dans les urnes

IsraëlLes législatives de ce mardi sonnent comme un référendum pour ou contre le premier ministre, cerné par les affaires.

Pour convaincre les électeurs de droite de voter pour le Likoud, Benyamin Netanyahou s’affiche avec son «grand ami» Donald Trump dans les rues israéliennes.

Pour convaincre les électeurs de droite de voter pour le Likoud, Benyamin Netanyahou s’affiche avec son «grand ami» Donald Trump dans les rues israéliennes. Image: Keystone

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Jamais Benyamin Netanyahou n’a été si proche de la sortie, et jamais la campagne électorale n’aura été si vide de contenu, si brève, si sanglante. Pour occuper l’espace, attirer l’attention de sa base et mobiliser l’électorat israélien au retour des vacances, celui que l’on surnomme «Bibi» a fait feu de tout bois pour se maintenir au pouvoir. Car le scrutin va se jouer, comme le précédent, sur le fil.

Les derniers sondages autorisés, vendredi, indiquaient un frémissement en faveur de son parti, le Likoud. Mais la coalition au pouvoir ne parviendrait pas à atteindre le seuil fatidique des 61 sièges sur les 120 du parlement – le nombre nécessaire pour former un gouvernement. L’actuel premier ministre a donc misé sur les effets d’annonce. Dans son viseur, ses adversaires ou encore les médias – notamment une chaîne de télévision qui enquête sur ses soupçons de corruption: il s’en prend à tous ceux qui pourraient empêcher sa réélection. Même Facebook a dû le «punir» en désactivant sa page suite à un discours haineux envers la population arabe d’Israël.

Séduire l’ultradroite

Avec de telles méthodes, qui rappellent celles de son ami Donald Trump, Netanyahou veut reconquérir le vote des Israéliens de l’ultradroite, ceux qui seraient tentés par un vote plus radical que le Likoud. Il ne s’en cache pas, bien au contraire. Un jour il façonne son image d’ultime rempart d’Israël face à l’Iran et à ses alliés régionaux du Hezbollah; le suivant il se rend à Hébron avec les colons; et un autre il promet l’annexion de la vallée du Jourdain. Le premier ministre segmente l’électorat israélien et s’adresse à chaque catégorie, un peu comme à une cible marketing.

Sa stature internationale, elle aussi, est l’une de ses principales préoccupations pour se faire réélire. Benyamin Netanyahou espère montrer qu’aucun de ses adversaires ne peut lui arriver à la cheville. Il s’exhibe sur ses affiches de campagne avec le président américain – «de qui il obtient ce qu’il veut», dit-il – et multiplie les déplacements. Moscou avec Vladimir Poutine, ou encore Londres pour une réunion express avec Boris Johnson.

Je pense que Netanyahou a été trop longtemps au pouvoir. Israël n’a pas besoin d’un roi

Ida, Une habitante de Tel-Aviv

Destin judiciaire

Il faut dire que c’est la dernière chance pour l’actuel premier ministre. Si son destin politique s’arrête cette fois-ci, son destin judiciaire pourrait commencer très vite. Il doit être entendu en octobre par le procureur général, Avichaï Mandelblit, qui doit décider de son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois dossiers.

Toujours est-il que ce scrutin a des airs d’un référendum pour ou contre Netanyahou. «Netanyahou a beaucoup personnalisé la vie politique en Israël. On a même le sentiment que le Likoud n’existe plus sans lui, précise Denis Charbit, politologue à l’Open University d’Israël. Sa longévité fascine aussi: c’est lui qui a occupé le poste de premier ministre le plus longtemps dans l’histoire du pays, en ayant réussi toutes les élections coup sur coup depuis 2009. Il surpasse même David Ben Gourion, le fondateur de l’État d’Israël. Cela explique en partie l’idée qu’il faut en finir avec cette ère Netanyahou.»

C’est ce sentiment qui domine auprès des électeurs de ses adversaires. «Je pense que Netanyahou a été trop longtemps au pouvoir. Israël n’a pas besoin d’un roi», estime Ida, habitante de Tel-Aviv, qui votera pour Bleu-blanc ce mardi – le parti de l’ancien chef d’état-major Benny Gantz. «Il est arrivé au pouvoir quand j’étais tout petit, et ça n’a jamais changé depuis, renchérit Lior, 24 ans, qui ne sait pas encore quel bulletin il glissera dans l’urne. N’importe qui serait un meilleur premier ministre que Netanyahou.»

Liberman déterminé

Mais si le Likoud et Bleu-blanc sont quasi à égalité dans les projections de vote, un homme pourrait bien faire échouer le règne de «Bibi»: Avigdor Liberman, du parti Israel Beytenou. «Il est vraiment déterminé à ne pas accorder à Benyamin Netanyahou la formation du prochain gouvernement, explique Denis Charbit. Il voudrait que Netanyahou s’allie avec le parti Bleu-blanc et qu’il exclue toute alliance avec les partis religieux. Par rapport à l’élection précédente, ces rapports entre les blocs n’ont pas changé; mais ce qui a changé, c’est que Liberman ne se voit plus comme une partie du bloc de droite visant à faire une coalition de droite homogène: il veut être un élément pivot.» Et les sondages lui donnent raison. Liberman est crédité pour l’instant d’au minimum 10 sièges, le double de son résultat en avril.

Créé: 16.09.2019, 23h19

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