Israël se proclame État-nation et s’aliène la diaspora juive aux USA

Fissures Ce jeudi à Jérusalem, le Parlement a adopté une nouvelle loi fondamentale qui accroît le malaise parmi les juifs aux États-Unis.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Image: Keystone

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«J’annonce avec stupéfaction et tristesse la mort de la démocratie!» C’est peu dire que le député israélien Ahmed Tibi, issu de la minorité arabe, est outré par la nouvelle loi fondamentale adoptée ce jeudi à Jérusalem par la majorité parlementaire. Selon ce texte controversé, qui désormais a valeur constitutionnelle, «Israël est l’État-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination». Une déclaration qui met à cran les Arabes israéliens et aggrave le malaise parmi les juifs aux États-Unis.

Où est le problème? Les détracteurs de cette loi affirment qu’elle rompt avec l’esprit des pères fondateurs, lesquels voulaient créer un État démocratique pouvant servir de refuge à tous les juifs du monde, mais où serait assurée «une complète égalité sociale et politique à tous ses citoyens, sans distinction de religion, de race ou de sexe», selon les termes de la Déclaration d’indépendance prononcée il y a 70 ans par David Ben Gourion.

Cousins de plus en plus éloignés

Or, entre autres choses, cette loi ne considère plus l’arabe comme une langue officielle au même titre que l’hébreu, mais ne lui octroie qu’un «statut spécial» non défini. Par ailleurs, il est stipulé que «l’État considère le développement d’implantations juives (ndlr: sur le territoire israélien) comme une valeur nationale et fera en sorte de l’encourager et de le promouvoir.» Cette phrase assez vague a remplacé une version précédente où il était question d’autoriser la création d’implantations exclusivement juives. Cette formulation discriminatoire avait déclenché une vague de protestations en Israël, notamment du président Reuven Rivlin et du procureur général Avishai Mandelblit.

Mais cette loi risque aussi d’aggraver encore le fossé qui se creuse d’année en année entre Israël et la diaspora juive aux États-Unis. Ces deux pôles, qui regroupent à eux seuls 80% de la population juive mondiale, s’éloignent de plus en plus, au risque de distendre le lien de parenté et d’affaiblir à terme l’alliance stratégique entre les deux capitales. Même Naftali Bennet, ministre israélien de la diaspora et leader du parti nationaliste religieux Foyer juif, fait ce constat: «Les Israéliens tendent vers la droite et vers un judaïsme plus traditionnel (par opposition au sécularisme), alors que la communauté juive aux États-Unis tend vers la gauche et elle est plus libérale.»

Etre ou ne pas être juif

L’État israélien a beau être laïc, les affaires religieuses sont aux mains du rabbinat orthodoxe, lequel définit qui est reconnu juif et qui ne l’est pas. Or, la communauté étasunienne est composée en grande majorité de juifs soit «réformés» soit «conservateurs», mais pas orthodoxes. Certains se demandent donc si leurs descendants pourront toujours bénéficier de la «loi du retour» en Israël. Et ne parlons même pas de l’explosion du nombre de mariages mixtes aux États-Unis…

De récents sondages semblent indiquer que de plus en plus de juifs étasuniens prennent leurs distances vis-à-vis de leur communauté et de l’État hébreu, tandis que les Israéliens s’intéressent de moins en moins à l’avis de leurs cousins d’Amérique. Quant aux divergences politiques, elles sont très prononcées dès qu’il est question du processus de paix ou de la pluralité religieuse.

Opposition frontale

Résultat: tandis que les juifs étasuniens votent surtout démocrate, on a vu le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (allié avec les juifs ultraorthodoxes) s’appuyer aux États-Unis sur le parti républicain et sur les puissants lobbys chrétiens évangéliques pour obtenir de Washington que l’ambassade à Tel-Aviv soit officiellement transférée à Jérusalem le 14 mai dernier.

Un mois plus tard, le même Netanyahou a subi une amère défaite: son ennemi juré Isaac Herzog, ancien leader de gauche qui l’a défié dans les urnes, a été porté à la tête de l’Agence juive, organe chargé d’encourager la diaspora à «retourner» en Israël. Ambiance.

Créé: 19.07.2018, 23h20

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