La jeunesse libanaise en première ligne des manifestations

LibanDes dizaines de milliers de Libanais continuent à exiger le départ de leurs dirigeants, malgré l’annonce de réformes.

Des jeunes Libanaises manifestant à Beyrouth, mardi. La jeunesse est particulièrement concernée par les difficultés économiques du pays. Plus de 30% des jeunes seraient au chômage, selon certaines estimations.

Des jeunes Libanaises manifestant à Beyrouth, mardi. La jeunesse est particulièrement concernée par les difficultés économiques du pays. Plus de 30% des jeunes seraient au chômage, selon certaines estimations. Image: AP Photo

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Postés sur la rue Riad el-Solh, centre névralgique de la contestation à Beyrouth, Sarah et Assad, deux frères et sœurs, collent des post-it sur un tableau blanc. «On propose aux manifestants d’écrire les noms de cinq personnes qu’ils souhaitent voir mener notre révolution», explique, déterminée, la jeune femme. Ces Libanais tout juste trentenaires disent aussi vouloir «organiser un vote» pour élire des représentants qui «porteront la parole» des contestataires.

Depuis le déclenchement, il y a six jours, de manifestations monstres dans le pays contre une classe politique jugée corrompue et incompétente, les jeunes sont en première ligne.

Jeudi, l’annonce par le gouvernement de l’instauration d’une taxe sur les appels WhatsApp, retirée par la suite, a fortement interpellé cette catégorie de la population particulièrement sensible aux nouvelles technologies. Étudiants et jeunes professionnels sont les premiers à être descendus en masse dans la rue la semaine dernière.

C’est la première fois que Maria, 20 ans, manifeste. Cette étudiante en audiovisuel est venue avec ses camarades de l’université. «Notre génération veut changer le Liban», martèle la jeune fille, les cheveux bruns bouclés. «Je ne veux pas avoir à partir, j’adore mon pays et je veux être là pour lui», soutient-elle.

La jeunesse libanaise a le sentiment qu’on lui a confisqué son avenir. Alors que le pays est confronté à une profonde crise économique, les jeunes, dont plus de 30% seraient au chômage, selon des estimations, sont touchés de plein fouet. Cherté des études universitaires, absence de débouchés professionnels, généralisation de la corruption, tous sont confrontés aux mêmes obstacles.

Oussama, 24 ans, cumule deux boulots pour pouvoir financer ses études. «Ce semestre, j’ai eu beaucoup de problèmes pour payer ma scolarité. On m’a répondu qu’on pouvait m’aider seulement si je connaissais quelqu’un dans la politique», relate-t-il. «Le piston est une des nombreuses choses dont vous avez besoin au Liban pour que les choses fonctionnent», déplore le jeune homme.

«C’est dur, à cause de la situation économique qui empire, soupire Lisa, 31 ans, consultante pour une ONG. On trouve juste des projets de deux ou trois mois, mais il n’y a plus d’emplois fixes.» L’annonce lundi par le premier ministre Saad Hariri d’une série de réformes destinées à apaiser la grogne populaire n’a pas convaincu.

«Cela fait trente ans qu’on leur fait confiance. Je pense que c’est plus que suffisant. Est-ce qu’ils ont apporté quelque chose de positif au pays? Rien. Pas de routes, pas d’électricité, ils ne savent faire que des promesses. Et après? Rien, rien du tout», s’énerve Assad. Beaucoup souhaitent désormais des élections anticipées, avec l’espoir que celles-ci aboutissent à un renouvellement de la classe politique. Dans la rue ces derniers jours, la jeunesse n’avait qu’un mot à la bouche: «Révolution!»

Créé: 22.10.2019, 22h42

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