À Khan Al-Ahmar, les Bédouins sont sous la menace des bulldozers israéliens

CisjordanieLa destruction du village par Israël est imminente dans cette zone stratégique pour l’expansion des colonies en Cisjordanie.

Le couperet est tombé. La Cour suprême israélienne a ordonné la démolition du village jugé «illégal» car construit sans permis.

Le couperet est tombé. La Cour suprême israélienne a ordonné la démolition du village jugé «illégal» car construit sans permis.

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Tout Khan Al-Ahmar retient son souffle. Ses 170 habitants redoutent l’heure où la machinerie lourde réduira en miettes le village bédouin niché au creux des collines désertiques entre Jérusalem et la mer Morte. Quelques minutes suffiront pour écraser les frêles habitations faites de tôle ondulée et palettes de bois en bordure de l’autoroute. «Je vais résister devant les bulldozers», promet Usra, assise sur un coussin fleuri déposé au sol. Inquiète, la mère de cinq enfants a pris soin de cacher son argent et ses documents personnels dans un endroit tenu secret. D’autres membres de la tribu Jahalin ont déménagé leur bétail. Pour éviter de tout perdre.

À la fin de mai, le couperet est tombé après dix ans de bataille judiciaire. La Cour suprême israélienne a ordonné la démolition du village jugé «illégal» car construit sans permis. Or, les autorisations sont quasi impossibles à obtenir en zone C, soit 60% de la Cisjordanie occupée par Israël. Depuis, des militants et une délégation de diplomates, dont des Consuls généraux de la Suisse et de l’Union européenne, se sont rendus sur place en guise de soutien. Si la destruction des structures financées par les Européens se multiplient depuis des années, Khan Al-Ahmar en est devenu le symbole. Dans sa cour, une école, payée par l’Italie et construite avec des pneus usagés, accueille 190 élèves de quatre autres villages. Dans un ultime sursis, la justice a gelé temporairement l’ordre de tout détruire le temps d’examiner plus d’options pour reloger les Bédouins. Mais jusqu’à quand?

Du dépotoir aux eaux usées

Dans les plans israéliens: Al-Jabel, près de la ville palestinienne d’Abu Dis. Situé près d’un dépotoir, le site est déjà prêt, avec la promesse d’offrir électricité et eau courante. «Leurs conditions de vie seront améliorées avec des services modernes que jamais l’Autorité palestinienne ne leur aurait offerts», martèle Naomi Kahn, porte-parole de Regavim, un groupe pro-colons au front dans la lutte pour expulser les Bédouins.

Pas question pour Hussein Jahalin de plier bagage. «Là-bas, il n’y a pas de place pour faire paître mes animaux. Je ne suis ni avocat, ni médecin. Je vis avec mes chèvres!» s’indigne le Bédouin au visage buriné par le soleil. Hussein pointe les poteaux électriques plantés tout près de Khan Al-Ahmar pour desservir les colonies israéliennes voisines, illégales selon le droit international. «Pourquoi ne pas nous offrir l’électricité ici?», questionne-t-il en haussant les sourcils sous son foulard blanc.

À la demande de la Cour, Israël a proposé un nouveau site, près de Jéricho. À condition que trois autres communautés – pour un total de 400 Bédouins – acceptent d’être relogées sur ces terres arides, sans arbre, jouxtant une usine de traitement des eaux usées. «Ce n’est qu’un jeu de relations publiques. Israël sait qu’on ne peut pas accepter une telle proposition», déplore Eid Abu Khamis, l’un des leaders de Khan Al-Ahmar, devant les bassins aux effluves nauséabondes.

Faire de la place aux colonies

Il suffit de poser les yeux sur une carte pour saisir tout l’enjeu de Khan Al-Ahmar. Pris en étau entre les colonies de Maale Adumim, l’une des plus imposantes de la Cisjordanie avec ses 40 000 résidents, et Kfar Adumim, le village est situé dans une zone stratégique appelée E1. Pour l’ONG B’Tselem, «le gouvernement veut diminuer le nombre de Bédouins au minimum dans ce secteur», explique son directeur, Hagai El-Ad. La droite nationaliste rêve d’y agrandir les colonies existantes, coupant ainsi un futur État palestinien de Jérusalem-Est. «Leur transfert forcé est un crime de guerre» en vertu de la Convention de Genève, rappelle l’organisation israélienne. Les Bédouins ont déjà été chassés du Néguev dans les années 1950 après la création de l’État hébreu.

(24 heures)

Créé: 19.08.2018, 19h43

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