L’ONU accable la coalition arabe qui combat au Yémen

EnquêteSelon les experts, les forces armées dirigées par l’Arabie saoudite auraient commis des crimes de guerre.

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Alors qu’un sommet sur le Yémen est annoncé à Genève le 6 septembre prochain, un rapport de l’ONU renvoie dos à dos tous les protagonistes de la guerre civile qui ensanglante le pays depuis 2014, en les accusant d’avoir commis potentiellement «des crimes de guerre».

Le rapport ne mentionne pas directement l’Iran, accusée de soutenir les rebelles houthis, eux aussi épinglés pour des actes de violence contraires au droit international humanitaire. En revanche, il met formellement en cause les deux poids lourds de la coalition formée en mars 2015 pour soutenir les forces loyalistes: les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Le groupe d’experts mandaté en septembre 2017 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour établir les responsabilités de chacun dans les crimes commis sur place relève que les deux pays et leur allié yéménite «sont responsables de violations des droits de l’homme qui peuvent constituer des crimes de guerre». Et de citer notamment «les traitements cruels et les actes de torture, les atteintes à la dignité des personnes, les viols et les enrôlements d’enfants de moins de 15 ans».

Ils accusent en outre les forces armées de ces trois pays de ne pas avoir respecté les principes de proportionnalité. À la tête du groupe d’experts internationaux, le Tunisien Kamel Jendoubi souligne que ce sont les frappes de la coalition menées par l’Arabie saoudite qui «ont causé le plus de victimes civiles directes» en touchant des «zones résidentielles», des «marchés» et «même des installations médicales». Un constat qui vient encore de se vérifier, au grand dam des organisations humanitaires qui interviennent au Yémen. Les 10 et 23 août, des raids aériens de la coalition ont provoqué la mort de dizaines d’enfants dans le nord de Saada et au sud de la ville portuaire de Hodeïda.

Enfin, toujours au titre des griefs, les experts de l’ONU notent qu’au cours de la période écoulée «les défenseurs des droits humains ont été confrontés au harcèlement incessant, aux menaces et aux campagnes de diffamation du gouvernement et des forces de la coalition, notamment celles de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis».

Rupture

Pour Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERNAM), ce rapport marque une «rupture» au regard de «l’absence de réaction de la communauté internationale ces dernières années». Les puissances qui ont fourni armes et munitions au riche et stratégique ami saoudien ont été un peu gênées aux entournures ces dernières années lorsque la crise a dégénéré. Le rapport de l’ONU et les «bavures» de la coalition pourraient bien contraindre la communauté internationale à siffler, cette fois, la fin de la partie. Les quatre années de guerre civile ont fait 10 000 morts et provoqué une crise humanitaire sans précédent dans la région.

À Genève, les diplomates s’activent en coulisse pour convaincre toutes les acteurs du conflit de faire taire les armes et d’entrer dans des négociations politiques. Les consultations qui vont se tenir au Palais des Nations à partir de jeudi prochain pourraient se prolonger jusqu’à dimanche, voire plus. Le nouveau représentant des Nations Unies pour le Yémen, Martin Griffiths, aurait aussi prévu d’associer à un moment ou un autre les représentants des cinq pays membres du Conseil de sécurité, signe que les choses avancent. «Ce rapport va l’aider à mettre tout le monde autour de la table», estime Hasni Abidi. Lors des dernières sessions du Conseil des droits de l’homme, la question du Yémen avait échauffé les esprits et opposé les ONG qui se reconnaissent dans un camp ou dans l’autre. (24 heures)

Créé: 28.08.2018, 21h28

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