De la prise d’otage à la fin du calvaire

En 2008, quatre jours après l’interpellation d’Hannibal, deux Suisses sont arrêtés à Tripoli. Ils seront libérés en 2010

Micheline Calmy-Rey, artisane de la libération de Max Göldi.

Micheline Calmy-Rey, artisane de la libération de Max Göldi.

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Dans un premier temps, juges, policiers et politiciens saluent l’intervention policière. Au nom des droits de l’homme, de la démocratie et de la justice. Le 19 juillet 2008, l’empire libyen contre-attaque: Max Göldi et Rachid Hamdani, deux hommes d’affaires suisses, sont pris en otages à Tripoli. Officiellement, ils sont privés de leur liberté pour avoir violé la loi sur l’immigration.

À Genève, peu à peu, le discours change… La police, la justice et le monde politique se divisent. Moins de trois semaines après l’interpellation, les conseillers nationaux Yves Nidegger et Christian Lüscher critiquent l’arrestation. À Berne, des voix s’élèvent et laissent croire ainsi que Genève aurait eu la main trop lourde. Genève et Berne se déchirent. Le ministre de la Police Laurent Moutinot affirme que les forces de l’ordre ont fait tout juste. Il cite le rapport du commissaire à la déontologie estimant l’intervention «proportionnée». Ainsi, la vingtaine de policiers se justifiait parce qu’il avait été prévu deux policiers par personne à maîtriser.

La Libye exige des excuses

Le 26 juillet 2008, la Libye exige des excuses. Elle annonce le retrait de ses avoirs en Suisse, menace de couper l’approvisionnement en pétrole et interdit à tout ressortissant suisse de se rendre à Tripoli. Le 2 septembre 2008, espérant ainsi résoudre la crise et craignant pour leur famille restée à Tripoli, les domestiques retirent leur plainte afin de susciter la clémence du colonel Kadhafi. L’affaire est classée le lendemain. Les employés signent un accord extrajudiciaire. Ils recevront ainsi un dédommagement et un permis humanitaire en Suisse en raison de leur statut de victime.

Les deux personnes en question n’ont pas été traitées avec la courtoisie nécessaire et même d’une manière inutilement humiliante. Rapport Caflisch

«C’est à partir de là que l’affaire a pris une tournure vraiment politique», se souvient Me Robert Assaël. L’été 2008, une commission ad hoc de juristes se réunit à Genève. Parmi eux, le professeur Lucius Caflisch, membre de la Commission de droit international des Nations Unies, et un membre de la Cour suprême de Libye. Ce rapport Caflisch réaffirme la légalité de l’intervention mais estime que Genève a ignoré le conseil de Berne qui demandait que le couple Kadhafi soit considéré avec une attention particulière: «Les deux personnes en question n’ont pas été traitées avec la courtoisie nécessaire et même d’une manière inutilement humiliante.» Quant au déploiement de vingt policiers, «avec le recul, il peut être considéré comme inutile et excessif étant donné que le couple n’a pas opposé de résistance». En avril 2009, la Libye porte plainte, via Me Charles Poncet, contre l’État de Genève. Elle réclame 500 000 fr. de réparation pour dommage matériel et tort moral. Elle veut aussi en découdre avec la Suisse devant un tribunal arbitral. En juillet 2009, Mouammar Kadhafi suggère de «démanteler la Suisse». Le mois suivant, le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz s’envole pour Tripoli. Espérant obtenir la libération des otages, il s’excuse au nom de la Suisse. Peine perdue.

La mort de Kadhafi

À Genève, on commence à douter des compétences de la diplomatie suisse. C’est dans ce climat que la «Tribune de Genève» publie les photos d’identité judiciaire d’Hannibal. On y voit le visage du prévenu, qui, selon les rumeurs persistantes, aurait été maltraité. Ces photos documentent un article sur la question de l’humiliation devenue centrale dans cette affaire. Le 23 septembre 2009, Hans-Rudolf Merz rencontre à New York Mouammar Kadhafi. Selon le président de la Confédération, le colonel exige des excuses pour la publication des photos d’Hannibal dans le journal. Trois mois plus tard, la Libye porte plainte contre l’État de Genève et contre la «Tribune de Genève» pour la fuite et la publication des images. La justice condamne Genève et le journal mais refuse d’accorder les 100 000 fr. de tort moral réclamés par le fils du dictateur.

Rachid Hamdani quitte la Libye en février 2010, Max Göldi en juin. Il aura fallu attendre octobre 2011, soit la mort du colonel Kadhafi, pour clore ce conflit. La Suisse a pu alors tourner la page d’une des plus grosses crises diplomatiques de son histoire. (24 heures)

Créé: 05.07.2018, 12h54

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