La Tunisie en pleine crise politique fête les cinq ans de la révolution

Printemps arabeLe parti au pouvoir, Nidaa Tounès, est affaibli par les divisions. Des élus claquent la porte. Parmi eux, Abderraouf El May, résident de Genève.

Abderraouf El May, résident de Genève, est l’un des premiers à avoir fait défection à la fin de décembre.

Abderraouf El May, résident de Genève, est l’un des premiers à avoir fait défection à la fin de décembre. Image: DR

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La Tunisie célèbre ce jeudi le cinquième anniversaire de la révolution, mais l’heure n’est pas à la fête pour les élites politiques du pays. Des membres de l’opposition ont déjà annoncé qu’ils boycotteront les festivités, faute de progrès social pour la population. Mais surtout, la formation libérale Nidaa Tounès (l’Appel de la Tunisie), qui détient les clés du pouvoir au prix d’une alliance avec les islamistes d’Ennahdha, s’est fracturée après des mois de luttes intestines.

Des députés claquent la porte les uns après les autres, en quittant simplement le parti ou en constituant un groupe dissident à l’Assemblée, représenté à ce jour par 22 parlementaires, plus du quart des députés de Nidaa Tounès. Même au sein du gouvernement, des ministres se distancient de leur parti, alors que le chef de cabinet vient de procéder à un remaniement.

Un projet non respecté

Abderraouf El May, élu de la circonscription «Monde arabe et reste du monde», résident de Genève, est l’un des premiers à avoir fait défection, à la fin de décembre: «Le problème, c’est que le projet initial qui avait permis à Nidaa Tounès de remporter les élections en octobre 2014 n’est plus respecté par les instances dirigeantes du parti, explique-t-il depuis Tunis. Le projet de société prônant une Tunisie progressiste, moderniste, donnant de la place aux femmes s’est usé au fil des compromissions avec Ennahdha.»

Les démissionnaires reprochent aussi aux instances dirigeantes de sombrer dans le népotisme, le fils du président Béji Caïd Essebsi, Hafedh Essebsi, ayant pris les rênes du parti le week-end dernier dans un processus que beaucoup considèrent comme un putsch. «Les comportements mafieux font leur retour», déplore Abderraouf El May, qui entend poursuivre le projet politique initial au parlement sous un nouveau libellé, lequel sera dévoilé vendredi devant les médias tunisiens.

Politique des blocages

Cette scission fera-t-elle le jeu d’Ennahdha? Beaucoup le craignent. Les islamistes se voient débarrassés de l’encombrante aile progressiste de Nidaa Tounès, parti avec lequel ils partagent le pouvoir. Ils redeviennent ainsi la première formation représentée au parlement, avec des conséquences sur la composition des commissions parlementaires, note le site tunisien d’information Business News. La politique des blocages, déjà bien pratiquée, risque de rendre le pays plus ingouvernable qu’il ne l’est déjà.

Réfutant ces conséquences, Abderraouf El May affirme que les équilibres parlementaires ne seront pas bouleversés: «Nous continuerons à appuyer la politique du gouvernement et toutes les propositions qui vont dans le sens des vraies priorités pour la Tunisie. Ces priorités, c’est de rétablir la sécurité et la paix sociale dans le pays, une base nécessaire pour faire venir les investisseurs, pour relancer le tourisme, pour activer de grands projets et créer des emplois dans les régions.»

Créé: 13.01.2016, 17h17

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