La Turquie menace de quitter l’OTAN en lorgnant du côté de l’est

CriseAprès une série de sanctions américaines, le président Erdogan envisage de se détourner de son allié historique.

Le président turc Erdogan accuse les États-Unis de «chercher à frapper votre partenaire stratégique dans le dos».

Le président turc Erdogan accuse les États-Unis de «chercher à frapper votre partenaire stratégique dans le dos». Image: KEYSTONE

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Rien ne va plus entre Ankara et Washington. Les relations entre les deux alliés se sont brutalement détériorées ces derniers jours. Sur fond de sanctions et de crise monétaire, la Turquie menace de se détourner des États-Unis et de se trouver de nouveaux alliés, quitte à s’éloigner un peu plus de l’OTAN.


Edito: Erdogan, la grande fuite en avant


À l’origine de cette crise sans précédent: le cas du pasteur Brunson. Cet évangéliste américain, détenu en Turquie depuis 21 mois, est accusé par Ankara d’appartenir à l’organisation de l’imam Fethullah Gülen, cerveau présumé du coup d’État manqué de juillet 2016 et exilé aux États-Unis. Andrew Brunson risque 35 ans de prison. L’Administration américaine conteste les accusations et exige sa libération. Le 1er août, face au refus d’Ankara, Washington a gelé les avoirs aux États-Unis des ministres turcs de l’Intérieur et de la Justice. La Turquie a répliqué symboliquement en faisant de même vis-à-vis des homologues américains des ministres concernés.

La livre turque, déjà mal en point, s’est remise à chuter avant de s’effondrer vendredi lorsque Donald Trump a autorisé le doublement des tarifs douaniers sur l’acier importé de Turquie. La monnaie turque a perdu 20% de sa valeur contre le dollar en une journée, menaçant de plonger le pays dans une crise financière.

Guerre économique

Pour Erdogan, il s’agit d’une déclaration de guerre économique. Il accuse les États-Unis d’hypocrisie, galvanisant l’antiaméricanisme de sa base électorale. «D’un côté, vous êtes avec nous dans l’OTAN et, de l’autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos», a-t-il déclaré lundi à Ankara. La veille, il clamait devant ses supporters: «Nous dirons adieu [aux États-Unis] qui sont prêts à renoncer à leurs partenariats stratégiques. Nous travaillons jour et nuit à des marchés alternatifs.» Moscou a d’ailleurs soutenu la proposition turque de libeller les échanges commerciaux en devises nationales. De même, l’Iran s’est montré solidaire de la Turquie, condamnant les sanctions américaines. Les milieux turcs favorables à une rupture avec l’OTAN au profit d’alliances avec la Russie, l’Iran et la Chine jubilent.

Multiples contentieux

Depuis plusieurs années, les relations entre les deux alliés se dégradent. «À force de se détériorer, nous pourrions assister à une rupture», explique Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble et spécialiste de la Turquie. Les motifs de contentieux s’accumulent. La Turquie reproche aux États-Unis leur collaboration avec les Kurdes syriens proches du PKK, contre qui Ankara est en guerre depuis quarante ans. Autres différends: le refus de Washington d’extrader Fethullah Gülen, installé en Pennsylvanie, et la condamnation par une Cour américaine d’un haut cadre de la banque turque Halk pour avoir contourné l’embargo sur l’Iran.

Enfin, la possible acquisition par la Turquie d’armements antiaériens russes (S400) fait grincer des dents le Congrès américain, qui tente d’empêcher en représailles la livraison à l’armée turque de chasseurs F-35. Ankara a prévenu: en cas de non-livraison, il pourrait aller faire son marché en Russie.

«Inquiétant»

Malgré les tensions, les deux pays continuent cependant de négocier. L’appartenance de la Turquie à l’OTAN demeure une garantie de sécurité pour ce pays qui ne dispose pas de réelles autres options. «Ce qui est inquiétant, c’est la symbolique très forte de la crise actuelle et l’engagement personnel de plus en plus important de Trump et d’Erdogan, qui ont tous deux des personnalités très marquées et imprévisibles», conclut Jean Marcou. (24 heures)

Créé: 13.08.2018, 22h01

Les autorités tentent de juguler la crise

La Banque centrale turque a annoncé lundi avoir pris les dispositions nécessaires pour fournir des liquidités aux banques et réduire les risques de spéculation afin de juguler la crise monétaire que traverse le pays. Malgré ces annonces, la chute de la livre s’est poursuivie lundi. Elle a perdu 45% de sa valeur depuis le 1er janvier.

Après plusieurs semaines de tensions sur les marchés, la livre turque a brutalement dévissé vendredi, perdant en une journée 18% de sa valeur face à l’euro et au dollar, passant de 6,4 à 7,5 livres pour 1 euro.

Bien que la Banque centrale ait annoncé être prête à prendre toutes les mesures nécessaires, rien n’indique qu’elle procédera à une augmentation de ses taux d’intérêt. Une hausse pourtant réclamée par les marchés – ainsi que des coupes budgétaires – mais à laquelle s’oppose le président Erdogan.

De plus, l’inflation à près de 18% et le fort taux d’endettement en devises étrangères des entreprises suscitent l’inquiétude des analystes financiers. Cité par Bloomberg, Adnan Bali, PDG de Is Bank, a salué les mesures prises par la Banque centrale tout en les jugeant insuffisantes: «C’est maintenant le temps de l’action et non des mots. Le marché punit l’État pour son manque d’action.»

Le pouvoir refuse d’appliquer ces recettes libérales, arguant qu’elles conduiraient à un ralentissement d’une croissance qu’il préfère stimuler en facilitant l’emprunt, et ce, malgré les signaux de surchauffe. J.B.

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