La vidéo qui incrimine un soldat israélien

Proche-OrientDeux tiers des sondés déplorent les poursuites engagées contre un soldat filmé alors qu’il exécutait un Palestinien déjà à terre.

Photo d'illustration.

Photo d'illustration. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’assaillant palestinien gît à terre, blessé, au beau milieu de la rue. Personne ne prête vraiment attention à lui, malgré la présence sur place de deux ambulances frappées de l’étoile de David. Le personnel paramédical s’affaire pour emmener le soldat israélien qui a été attaqué à l’aide d’un couteau. Tandis que certains militaires donnent un coup de main, d’autres discutent entre eux ou observent la scène. Puis un soldat s’avance calmement, arme son fusil et tue le Palestinien d’une balle dans la tête sans provoquer la moindre réaction autour de lui. Deux longs filets de sang s’écoulent alors lentement sur la chaussée…

Débat enflammé

Depuis une semaine le débat fait rage en Israël entre ceux qui applaudissent la mise à mort d’un «terroriste» et ceux qui déplorent cette «exécution extrajudiciaire» capturée sur vidéo par un résident de Hébron, en Cisjordanie, et diffusée par l’ONG israélienne Btselem, faisant instantanément le tour d’Internet. Le tireur, poursuivi devant la justice militaire pour homicide volontaire (plutôt que meurtre), vient d’être relâché ce vendredi à condition qu’il retourne à sa base, soit désarmé et s’abstienne de tout contact avec les témoins.

Pour le procureur Edoram Rigler, l’affaire est limpide: le soldat a agi froidement en l’absence de menace. Après le tir, il aurait affirmé à son commandant que «le terroriste devait mourir». Il aurait déclaré à un autre militaire qu’il avait exécuté le Palestinien car «il avait poignardé mon ami et essayé de le tuer, il méritait de mourir». Mais deux heures après, convoqué par un lieutenant-colonel, le soldat déclarait avoir tiré sur le Palestinien par légitime défense, croyant qu’il tenait un couteau. Puis, devant le juge militaire, son avocat a présenté encore une autre version: son client croyait que le Palestinien portait une ceinture d’explosifs! Ce qui ne justifie pourtant pas de tirer un coup de feu au milieu d’une foule, a relevé le procureur, ajoutant que d’autres militaires avaient eu le temps de fouiller l’assaillant, à terre depuis 11 minutes…

Tollé dans la population

Peu importe. Les poursuites judiciaires soulèvent un tollé dans une population israélienne excédée après des mois d’attaques au couteau, souvent contre des civils. Sur les réseaux sociaux, des dizaines de milliers de signatures sont réunies pour soutenir leur «héros». Selon un sondage de la télévision Channel 2, pas moins de 66% des Israéliens interrogés jugement l’action du soldat «normale» ou même «responsable».

«Que nous est-il arrivé?» se désole le quotidien de gauche Haaretz, rappelant qu’en 1984 la société israélienne s’était insurgée contre le Shin Bet qui avait purement et simplement exécuté deux Palestiniens une fois que leurs otages avaient été libérés. A présent, Moshe Yaalon, le ministre de la Défense, est bien seul à soutenir l’action en justice. «Que voulez, une armée bestiale sans aucune base morale?» a-t-il lancé devant le Parlement.

La France impliquée?

Ailleurs dans le monde, les organisations de défense des droits de l’homme, apprenant que le soldat est aussi de nationalité française, appellent Paris à poursuivre ce citoyen pour crimes de guerre. De son côté, l’ONG Btselem réclame à l’armée et à la police israéliennes des mesures pour protéger le caméraman palestinien, Imad Abu Shamsiyeh, dont la famille reçoit des menaces de mort.

La vidéo en question:

Créé: 02.04.2016, 11h45

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.