«La question humanitaire est instrumentalisée»

SyrieL’ambassadeur de Syrie auprès de l’ONU assure que tout est fait pour porter assistance aux populations.

Hussam Edin Aala, Ambassadeur de Syrie auprès de l’ONU à Genève.

Hussam Edin Aala, Ambassadeur de Syrie auprès de l’ONU à Genève.

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A quelques jours de la reprise des pourparlers inter-syriens, l’ambassadeur de Syrie auprès de l’ONU à Genève, Hussam Edin Aala, appelle la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar à cesser leur soutien aux groupes terroristes. Le représentant de Damas rejette en bloc toutes les accusations portées contre le régime syrien dans le dernier rapport de la commission d’enquête de l’ONU.

La reconquête d’Alep se ferait au détriment des groupes modérés et renforcerait les groupes les plus radicaux. Que répondez-vous à cela?

Les opérations militaires autour d’Alep visent des groupes armés terroristes bien connus tels Jabhat Al-Nosra, Ahrar Al-Sham et les autres organisations liées à Al Qaida. Ces groupes ne peuvent pas être qualifiés de modérés. Leurs combattants mangent les cœurs, les reins, ouvrent les ventres et combattent l'Etat syrien. Le Conseil de sécurité les a inscrits sur la liste des groupes terroristes et a lui-même incité à les combattre.

Mais vous comprenez que les conséquences de cette offensive inquiètent?

L’avancée de l’Armée Syrienne dans cette région a permis de briser le siège imposé contre deux villes: Nubol et Al-Zahraa qui étaient assiégées par Jabhat Al-Nosra et Ahrar Al-Sham depuis plus de trois ans et demi. Elle a ainsi ouvert la voie au Croissant-Rouge Syrien qui a pu acheminer de l’aide à 70 000 habitants. Notre objectif militaire était de couper les routes d’approvisionnement en armes et en hommes aux groupes terroristes armés par la Turquie. C’est ce qui explique la réaction hystérique d’Erdogan et de son régime.

Aujourd’hui, la communauté internationale et les Européens mettent la priorité sur le volet humanitaire. Allez-vous jouer le jeu?

Je mets en doute la sincérité des intentions européennes car l’Union européenne et les Etats-Unis ont contribué à cette situation de crise humanitaire en imposant un embargo économique contre le peuple Syrien à travers des sanctions économiques unilatérales contraire au droit international. La question humanitaire est instrumentalisée pour nous décrédibiliser. Les médias occidentaux passent sous silence le fait que nous portons assistance à 4 millions de personnes chaque mois en coopérant avec les institutions internationales et le CICR. Nous mettons tout en œuvre pour répondre aux besoins de nos citoyens où qu’ils se trouvent, sans distinction. Nous assurons plus de 70% des besoins nécessaires à la population. Beaucoup de choses ont été dites sur ce qui s’est passé ces dernières semaines. Entre janvier et février, nous avons envoyé trois convois d'aide à Madaya. Un hôpital mobile y a essuyé les tirs de terroristes. A Kefraya et Al-Fouaa ou vivent plus de 60 000 personnes, Jabhat Al-Nosra et Ahrar-Al Sham ont empêchés les convois de l'ONU et de CICR d'arriver à destination. Les terroristes prennent les gens en otage ou les utilisent comme bouclier humain. Cette situation, a conduit dans beaucoup des cas, l'armée Syrienne à ajourner ses opérations pour épargner la vie des civiles.

Le dernier rapport de la commission d’enquête de l’ONU est pourtant accablant…

Les rapports de cette commission d’enquête ne sont pas crédibles parce que ses sources ne sont pas crédibles. La date à laquelle est sorti le document auquel vous faite allusion nous interpelle. Les méthodes de travail de cette commission renforcent nos doutes quant à son véritable agenda. Dans son dernier rapport, seulement cinq petits paragraphes sont consacrés aux crimes commis par les groupes terroristes. Il n'y a rien sur les 7500 civils enlevés par Jaysh Al-Islam dans la ville d’Adra près de Damas oú des dizaines de prisonniers ont été brûlés vivants. Dernièrement, à Douma, les terroristes, ont exposé des dizaines de personnes emprisonnées dans des cages. Le rapport a ignoré d’autres massacres mais aussi l’enlèvement, il y a plus de deux ans, de plus de 400 femmes et enfants dans le Nord de Lattaquié dont on ignore toujours le sort. Pour toutes ces raisons, je considère que ce rapport fait partie d'une compagne médiatique et politique bien coordonnée et qui s’est intensifiée dernièrement.

Comment expliquez-vous l’échec de la première tentative de reprise des pourparlers initiée par Staffan de Mistura?

Il y a eu des lacunes procédurales. Nous n’avons jamais pu obtenir les noms des groupes d’opposition et des personnes avec qui nous devions entamer un dialogue indirect par l’intermédiaire de l’émissaire de l’ONU. La délégation de l’opposition venue de Riyad est arrivée en retard. Nous, nous étions là. Ensuite, elle a posé des conditions à l’ouverture des pourparlers pour les saboter. C’était ce que voulaient l’Arabie saoudite et la Turquie, les vrais commanditaires de cette délégation.

Quid du processus politique?

L’avenir de la Syrie appartient au peuple syrien. C’est un principe inaliénable. Nous tenons à engager un dialogue entre Syriens dans le cadre d’une opération politique dirigée par les Syriens et sans conditions préalables, en dehors du diktat des puissances étrangères. Afin que cette opération puisse aboutir, il faut faire pression sur l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar pour qu’ils cessent de soutenir les terroristes qui frappent notre pays conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, dont la dernière (2253).

On le voit avec ce qui se passe, la Russie est un allié précieux…

Les relations entre la Fédération de Russie et la République Arabe Syrienne sont anciennes et profondes. Elles sont basées sur le respect mutuel. La position de la Fédération de Russie concernant la Crise Syrienne est fondée sur le respect du droit international, la charte des Nations Unies et le respect de notre souveraineté. C’est sur ces principes que s’appuie le soutien apporté par la Russie à l'armée Syrienne dans la lutte contre le terrorisme.

Va-t-il y avoir une nouvelle rencontre Assad-Poutine?

Je suppose que les deux présidents peuvent décider de se revoir en fonction de l’évolution de la situation. La visite de Bachar el-Assad à Moscou en octobre 2015 a été très positive. On a pu voir le résultat dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Ils sont nettement supérieurs à ceux obtenus par la prétendue alliance internationale. (24 heures)

Créé: 15.02.2016, 20h42

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