Rajoy plonge l’Espagne dans l’incertitude totale

Crise politiqueLe premier ministre sortant n’arrive pas à trouver une majorité depuis décembre. A présent, il semble vouloir contourner la Constitution

Mariano Rajoy peine depuis décembre à trouver une majorité pour gouverner.

Mariano Rajoy peine depuis décembre à trouver une majorité pour gouverner. Image: AFP

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Vraiment surréaliste, le nouveau tour pris par la crise institutionnelle en Espagne! Le conservateur Mariano Rajoy, qui depuis les élections législatives de décembre peine à trouver une majorité pour gouverner, laisse entendre à présent qu’il faudrait peut-être réinterpréter un peu la Constitution, ne plus la prendre forcément au pied de la lettre. Lui qui, ce jeudi, s’est vu confier par le roi Felipe VI la difficile tâche de tenter à nouveau de former une coalition est censé se soumettre prochainement à un vote de confiance du parlement. C’est l’article 99.2 qui le dit. Or le premier ministre sortant se refuse à fixer une date et son Parti populaire considère que la loi fondamentale décrit un scénario, pas une obligation légale.

Dérive anticonstitutionnelle ou manœuvre politique? Le quotidien El País semble pencher pour la seconde hypothèse, estimant que Mariano Rajoy cherche à laisser pourrir un peu la situation jusqu’à ce qu’un parti ou l’autre se résolve enfin à accepter une alliance. Au contraire, s’il allait maintenant réclamer l’investiture au parlement, il échouerait et de nouvelles législatives seraient convoquées… le troisième scrutin en moins d’un an. En juin, en effet, s’est tenue une élection qui n’a pas vraiment changé la donne.

Vendredi, Mariano Rajoy devait avoir une conversation téléphonique avec Albert Rivera et Pedro Sánchez, leaders respectivement de la formation centriste Ciudadanos et du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Auprès du premier, il cherche un vote de soutien au parlement, même s’il n’est pas question de former une alliance ensemble, Ciudadanos ayant fait campagne contre les affaires de corruption entachant le pouvoir. Auprès du second, le premier ministre cherche un vote d’abstention en cas d’investiture. Bref, il veut pouvoir gouverner même s’il ne peut pas s’appuyer sur une majorité de députés. Mais tant Sánchez que Rivera semblent peu susceptibles de lui céder.

Le leader conservateur table cependant sur l’urgence de la situation. Faute de légitimité, le gouvernement n’a pas pu engager de nouvelle réforme depuis décembre. Or il est censé réduire le déficit public, l’Espagne n’ayant évité que de justesse une sanction de la Commission européenne. Par ailleurs, Madrid veut calmer les ardeurs indépendantistes de la Catalogne, où le parlement régional a voté mercredi en faveur de la mise en œuvre du processus de «déconnexion» qui mènera à terme à l’indépendance.

Bref, les Espagnols sont plongés dans l’incertitude la plus totale, encore aggravée par ces inquiétantes manœuvres. Pas sûr qu’on y voie plus clair avant la fin de l’été. L’impasse perdure. Si ça continue, l’Espagne finira peut-être par battre le record établi par la Belgique en 2010 et 2011: le Plat Pays a vécu 541 jours sans gouvernement légitime. Triste exploit.

Créé: 29.07.2016, 21h39

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