Comment réagir à une crise sanitaire globale?

Simulation Des représentants de pays membres de l’OMS ont été confrontés à une crise fictive. Du travail reste à faire.

Des représentants de pays membres de l’OMS ont été confrontés à une crise fictive. Il reste du travail à faire.

Des représentants de pays membres de l’OMS ont été confrontés à une crise fictive. Il reste du travail à faire. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Décideurs, comment réagiriez-vous si une grippe d’un type nouveau éclatait dans votre pays, causant des dizaines, des centaines puis des milliers de morts en quelques semaines? Quelles décisions prendriez-vous, comment les communiquer et faire en sorte de protéger la population tout en préservant l’économie du pays? Lundi à Genève, dans la Maison de la Paix, des représentants des pays membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont prêtés à un jeu un peu spécial: la simulation d’une crise sanitaire globale.

L’Institut de hautes études internationales et du développement proposait cet événement en marge de l’Assemblée mondiale de la santé, qui réfléchit à la manière de mieux gérer les crises sanitaires collectivement. En effet, celles-ci se succèdent – SRAS, H1N1, Ebola, Zika – et les réponses manquent souvent d’efficacité et de coordination. L’OMS se voit reprocher d’en faire trop ou pas assez. De leur côté, les pays concernés sont parfois désarmés. Lancé par le recteur de l’Université de Genève, Yves Flückiger, l’exercice consistait donc en un test des politiques publiques. Le résultat montre que du travail reste à faire: les réponses s’éloignent en effet beaucoup de ce que préconise le Règlement sanitaire international (RSI), pourtant signé par tous les pays membres de l’OMS...

Questions en rafale

Hier, soixante personnes participaient à la simulation. Chacune revêtant une fonction assignée par l’intermédiaire de son ordinateur ou de son téléphone: décideur du Ministère de la santé du pays touché, fonctionnaire d’un autre ministère du pays, décideur d’un pays voisin ou de l’OMS.

Le jeu démarre. Les questions défilent sur un écran commun. Elles diffèrent en fonction du rôle de chacun. Le décideur du pays touché doit-il rendre l’information publique, se référer à l’OMS ou attendre un peu? Faut-il créer une cellule de crise interministérielle? A ce stade, la crise en est à sa première semaine, 400 cas sont déclarés et les médicaments antiviraux se révèlent inefficaces.

Puis d’autres questions apparaissent, plus personnelles: êtes-vous vacciné contre la grippe? Partiriez-vous en vacances durant cette crise? Recommanderiez-vous à vos proches de ne pas se rendre dans le pays touché? Les questions retrouvent ensuite un ton institutionnel: faut-il rendre obligatoire le port d’équipements de protection pour le personnel de santé? Interdire les importations de volaille (la grippe semble avoir une origine aviaire)? Suspendre les lignes aériennes?

«Ce type d’exercice est assez nouveau pour la santé publique globale. Mais il est bien connu des pilotes d’avion qui s’entraînent sur des simulateurs. On a pensé qu’il était important que les pilotes de la santé publique maîtrisent également ces techniques efficaces», explique le professeur Antoine Flahault. Le directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève est à l’origine de ce projet, conçu par la start-up Stratosphère en partenariat avec l’OMS, l’Université de la Sorbonne, à Paris, l’EPFL. Le Ministère français de la santé et l’Office fédéral de la santé publique suisse ont apporté leur soutien.

4% de réponses justes

A la fin de la simulation, la maladie a touché 100?000 personnes et causé 2000 décès. Les mesures préconisées par les participants ont fait perdre 2,5% du PIB au pays touché. Et seules 4,12% des réponses s’avèrent en conformité avec le RSI. Pourquoi si peu? «Les tripes parlent, résume Antoine Flahault. Les décideurs choisissent de fermer les frontières alors que l’OMS ne le recommande pas. A l’inverse, ils se montrent laxistes en continuant de laisser consommer de la volaille alors que l’OMS préconise l’abattage.» A noter qu’il n’est pas toujours simple de suivre les voies de l’OMS, qui poursuit deux objectifs: prévenir les épidémies, mais sans entraver le commerce et le voyage. Ces deux objectifs peuvent parfois être contradictoires. «L’argument sanitaire prime mais il faut peser l’argument économique: ruiner l’économie locale peut nuire à l’acheminement des secours», observe Antoine Flahault. L’exercice montre en tout cas la nécessité de la formation. L’ambition est de développer le simulateur, en concevant des scénarios adaptés à des zones géographiques bien réelles.

Créé: 24.05.2016, 07h21

Articles en relation

Alain Berset appelle à une réforme de l'OMS

Pour répondre aux urgences, l'organisation devra également coopérer avec les acteurs non étatiques, estime le conseiller fédéral. Plus...

Angela Merkel insiste sur la réforme de l'OMS

Santé La chancelière allemande Angela Merkel a tiré les leçons de la crise de l'Ebola devant quelque 3000 délégués de près de 180 pays venus à Genève pour l'Assemblée mondiale de la santé. Plus...

Crises sanitaires: Micheline Calmy-Rey nommée par l'ONU

Epidémies L'ex-présidente fait désormais partie d'un groupe onusien dont le but est d'établir des recommandations pour mieux gérer les crises sanitaires. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.