Reconstruire Notre-Dame à l'identique est impossible

Incendie historiqueLe bois de chêne de la charpente a été préparé pendant cinquante ans selon des procédés qui n'ont plus cours aujourd'hui.

Image: Keystone

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Thomas Büchi, ancien député de Genève et actuel président du groupe d’ingénieurs et designers du bois Charpente Concept, a le cœur qui saigne. «Huit siècles d’histoire de mon si beau métier sont partis en fumée! Pour nous, les charpentiers, Notre-Dame, c’est un peu notre «Joconde». Un chef-d’œuvre avec sa flèche sublime de 96 mètres de hauteur.» Il est d’autant plus touché qu’il a eu le privilège de visiter la célèbre charpente en 1983. «Je ne l’oublierai jamais!»

Vingt-cinq ans dans un marécage

Une fois l’émotion passée, parlons de la reconstruction. «Une chose est sûre. Même si on le voulait, on ne pourrait pas reconstruire la charpente à l’identique», déclare-t-il. Pourquoi? «Parce que la préparation du bois utilisé pour la construction a duré… cinquante ans. Il a fallu d’abord abattre une forêt de chênes. Ensuite, les arbres ont été couchés par terre pendant dix-huit mois, la couronne dirigée vers le nord. Cela afin de capter le flux énergétique. Puis les arbres ont été immergés pendant vingt-cinq ans dans un marécage. Cela permettait de stabiliser le bois et de le prémunir contre les champignons et les insectes. Enfin, on a scié le bois pour préparer les différents éléments de la charpente.»

Autant dire qu’un tel processus ne sera pas répété. Avec les techniques modernes, tout va plus vite. Combien d’années faudra-t-il pour reconstruire la charpente, qui faisait 110 mètres de long, 13 mètres de large et 10 mètres de haut? «C’est difficile à dire tant qu’on ne connaît pas l’ampleur des dégâts. Mais il faudra compter au minimum trois ans», estime Thomas Büchi. Tout dépendra aussi de savoir si on décide de rester aussi fidèle que possible au modèle qui a brûlé ou si on décide d’opérer quelques changements. Et le coût des travaux? «J’ai vu que François Pinault a déjà promis 100 millions. C’est une jolie somme pour commencer.»

«De l'humilité et de l'amour»

La perte de la flèche fait particulièrement mal au maître charpentier. «Elle représentait une prouesse technique incroyable. Il y avait une précision dans l’assemblage qui nécessite de maîtriser parfaitement la géométrie spatiale. C’est le plus grand chef-d’œuvre du XIXe siècle. Pour la refaire, il faudra beaucoup de patience, d’humilité, d’abnégation et d’amour.»

Créé: 16.04.2019, 11h49

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