Le «Reïs» en quête d'un pouvoir incontestable

TurquieDimanche dira quelle Turquie est majoritaire: celle qui adule ou celle qui honnit Erdogan, l'homme de fer et talent politique.

Une partisane du "Oui", lors d'un rassemblement à Istanbul samedi 15 avril 2017.
Vidéo: Keystone

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Adulé par une partie de la Turquie, détesté par l'autre, le président Recep Tayyip Erdogan affronte dimanche un référendum constitutionnel qui pourrait asseoir une fois pour toutes son pouvoir, neuf mois après avoir échappé à un putsch. Les bureaux de votes commencent à ouvrir.

Les quelque 55,3 millions d'électeurs pourront voter de 06h00 à 15h00 (heure suisse) dans l'est de la Turquie, et de 07h00 à 16h00 dans le reste du pays. La consultation populaire sur un projet de réforme visant à présidentialiser le régime s'annonce serrée. Les Turcs résidant à l'étranger ont déjà voté.

Les sondages donnent le «oui» légèrement en tête.

La réforme, présentée sous la forme de 18 amendements à la Constitution, prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre, la possibilité pour le président de dissoudre le Parlement et de prendre certains décrets.

Campagne énergique

En quête d'un plébiscite, le «Reïs» («Chef»), comme ses partisans le surnomment, a jeté toutes ses forces dans la bataille, galvanisant les foules aux quatre coins de la Turquie. Au risque, si le non l'emporte, de subir un revers retentissant.

Le projet de révision de la loi fondamentale soumis au jugement des Turcs octroierait au président des prérogatives considérablement élargies, qu'aucun dirigeant n'a détenues depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal.

Pour les sympathisants de Recep Tayyip Erdogan, cette réforme est nécessaire pour assurer la stabilité au sommet de l'Etat. Mais ses détracteurs accusent l'actuel président de dérive autocratique et de remodeler la Constitution pour assouvir sa soif de pouvoir.

Année d'épreuves

Âgé de 63 ans, Recep Tayyip Erdogan a vécu l'une des années les plus mouvementées de sa longue carrière politique, avec un putsch manqué, une dégradation des relations avec l'Europe, et une vague d'attentats qui a ensanglanté la Turquie.

Lors de la campagne, le président turc aura déployé ses qualités de tribun hors pair qui ont largement contribué à sa longévité politique, prononçant des discours truffés de poésie nationaliste et d'extraits du Coran.

«Erdogan est un imam, au sens d'orateur capable de galvaniser les foules, de les faire pleurer ou de leur faire peur», souligne Samim Akgönül, professeur à l'université de Strasbourg (est de la France).

Héritage

S'il est souvent dépeint en Occident comme un sultan indétrônable, Recep Tayyip Erdogan est avant tout un redoutable politicien qui a remporté toutes les élections -une dizaine- depuis l'arrivée au pouvoir de son parti, l'AKP, en 2002.

Et sa réputation de dur à cuire s'est renforcée après la tentative de coup d'Etat qui a manqué de le renverser dans la nuit du 15 au 16 juillet.

L'image de Recep Tayyip Erdogan appelant cette nuit-là le peuple au secours à travers l'écran d'un smartphone, le visage livide, a marqué les esprits, autant que son arrivée triomphale au principal aéroport d'Istanbul au petit matin, signalant la défaite des putschistes.

Empreinte

Recep Tayyip Erdogan, qui domine la politique turque depuis 15 ans, semble déterminé à marquer l'histoire de son pays. «Un homme meurt, son oeuvre lui survit», répète souvent le chef de l'Etat, multipliant les références aux sultans.

Ses gigantesques projets d'infrastructures ont déjà transformé le visage de la Turquie, et notamment d'Istanbul, où un troisième pont enjambe désormais le Bosphore, traversé également par plusieurs tunnels.

Né à Kasimpasa, quartier populaire d'Istanbul, Recep Tayyip Erdogan se targue souvent d'origines modestes. Eduqué dans un lycée religieux, vendeur de rue, «Tayyip» a un temps caressé le rêve d'une carrière de footballeur, avant de se lancer en politique dans la mouvance islamiste.

Elu maire d'Istanbul en 1994, il triomphe en 2002 lorsque l'AKP remporte les législatives et devient Premier ministre un an plus tard, une fois amnistiée une peine de prison reçue pour avoir récité en public un poème religieux.

Jusqu'en 2029 ?

Le «Kaptan» («Capitaine»), un autre surnom, reste pour ses partisans l'homme du miracle économique et des réformes qui ont libéré la majorité religieuse et conservatrice du pays de la domination de l'élite laïque.

Mais depuis les grandes manifestations antigouvernementales du printemps 2013, brutalement réprimées, il est aussi devenu la figure la plus critiquée de Turquie, ses détracteurs dénonçant une dérive autoritaire et islamiste.

Dans le cadre de l'état d'urgence en vigueur depuis le putsch manqué, les autorités ont multiplié les arrestations d'opposants prokurdes et de journalistes critiques accusés de «terrorisme».

Certains analystes estiment toutefois que le président turc, réputé pragmatique, en dépit de son tempérament de feu, pourrait adoucir le ton avec l'Europe et faire un geste d'ouverture vers les Kurdes après le référendum, s'il l'emporte.

La révision constitutionnelle soumise au vote des Turcs dimanche permettrait en théorie à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu'à au moins 2029. Il serait alors âgé de 75 ans. (afp/ats/nxp)

Créé: 16.04.2017, 06h19

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