Les relations franco-italiennes se normalisent

Crise diplomatiqueLe chef de l'Etat français concède le retour de son ambassadeur en Italie, à condition qu'il y ait un «respect mutuel».

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La France a renvoyé vendredi à Rome son ambassadeur, qu'elle avait rappelé après une série d'attaques de deux dirigeants populistes italiens contre le président Emmanuel Macron, mettant en exergue leurs «regrets» et la volonté d'apaisement entre deux pays fondateurs de l'Union européenne.

Après ce retour, la présidence française a annoncé qu'Emmanuel Macron avait invité son homologue italien Sergio Mattarella à effectuer une visite d'Etat en France «dans les prochains mois».

Du jamais vu depuis 1945

Cette invitation a été transmise par l'ambassadeur de France en Italie Christian Masset qui a été reçu vendredi par Sergio Mattarella après son retour à Rome, une semaine après son rappel pour consultations, sans précédent de la part de la France à l'encontre d'un pays de l'UE depuis 1945.

«Je suis très content que l'ambassadeur soit en train de rentrer en Italie. Je le rencontrerai, je veux lui demander qu'on se rencontre. En attendant, je lui souhaite bon retour», avait déclaré vendredi après-midi l'un des deux responsables italiens visés, Luigi Di Maio.

L'exécutif français était sorti de ses gonds après avoir essuyé une série d'affronts de la part des deux vice-Premiers ministres italiens Luigi Di Maio et Matteo Salvini, qui étaient allés jusqu'à appeler à la démission du président Macron.

«Plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra !», avait clamé en janvier Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite) et également ministre de l'Intérieur, qualifiant Emmanuel Macron de «président gouvernant contre son peuple».

La rencontre inopinée de Luigi Di Maio le 5 février en France avec des «gilets jaunes», un mouvement social qui secoue l'exécutif français depuis novembre 2018, a été «l'épisode de trop», a tempêté le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

Risques de rechute?

Aux yeux de Paris, les deux dirigeants italiens, rivaux sur la scène intérieure et tous deux en campagne en vue des élections européennes de mai, ont adopté depuis le rappel une attitude plus modérée.

«Nous avons entendu des leaders politiques qui s'étaient laissés aller à des paroles ou des comportements franchement inamicaux et inacceptables montrer qu'ils le regrettaient», a déclaré vendredi la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau sur la radio RTL.

«On a entendu Matteo Salvini dire qu'il ne voulait pas de guerre avec la France», a-t-elle ajouté. Matteo Salvini s'est dit disposé à rechercher «de nouveau de bons rapports» avec la France. Luigi Di Maio a de son côté assuré avoir rencontré des représentants des «gilets jaunes» en qualité de chef du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) et non de vice-Premier ministre.

La France n'exclut pas des «risques de rechute» dans les relations bilatérales, les deux responsables ayant fait d'Emmanuel Macron leur cible privilégiée dans l'affrontement entre «libéraux» ou «progressistes» et «antisystème» en vue des Européennes. Mais «l'électrochoc» provoqué par le rappel de l'ambassadeur a aussi eu un effet vertueux, veut-on croire à Paris.

«Travailler ensemble»

La France était également soucieuse de ne pas s'installer durablement dans la crise, l'Italie demeurant un partenaire essentiel au sein de l'UE tout comme au plan économique et culturel. Avec des échanges commerciaux de près de 80 milliards d'euros, la France est le deuxième client et fournisseur de l'Italie.

Les deux pays ont «une responsabilité particulière pour œuvrer de concert à la défense et à la relance de l'Union européenne», a jugé mardi Emmanuel Macron à l'issue d'un entretien téléphonique avec son homologue Sergio Mattarella. Nathalie Loiseau a quant à elle souligné «à quel point les deux pays avaient besoin l'un de l'autre».

Le chef de la diplomatie française a toutefois posé une condition à ce retour à la normale, qui devrait être suivi d'une série de rencontres bilatérales : «un esprit de respect mutuel», quels que soient les «désaccords».

Une réunion de travail s'est déjà déroulée mardi à Paris entre magistrats des deux pays sur la demande italienne d'extradition d'anciens militants d'extrême gauche condamnés pour terrorisme pendant les «années de plomb» et réfugiés en France.

Le gouvernement français appelle également l'Italie à trancher «rapidement» dans l'épineux dossier de la liaison ferroviaire Lyon-Turin, un projet de neuf milliards d'euros qui divise la coalition au pouvoir à Rome. (afp/nxp)

Créé: 15.02.2019, 21h52

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