«Le réseau Gülen, c’est la pire menace pour la démocratie turque»

ONULa Turquie est examinée à Genève par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Interview du vice-ministre des Affaires étrangères, chargé du dossier européen.

Faruk Kaymakci (tout à gauche) est le vice-ministre turc des Affaires étrangères.

Faruk Kaymakci (tout à gauche) est le vice-ministre turc des Affaires étrangères.

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Faruk Kaymakci est déçu. Vice-ministre turc des Affaires étrangères, il n’a pas apprécié de lire une grande interview du très controversé Fethullah Gülen (ennemi juré du gouvernement Erdogan) ce week-end. Présent à Genève pour l’examen périodique universel (EPU) de la Turquie devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il répond à nos questions.

Fethullah Gülen dit que le président Erdogan a «beaucoup de sang sur les mains». Quelle est votre réaction?
Il est triste de voir un journal comme le vôtre donner l’occasion à un chef terroriste de diffuser ses idées fausses et de manipuler la réalité, même au nom de la liberté de la presse. Fethullah Gülen est à la tête d’une organisation criminelle qui a coûté la vie à 251 personnes en Turquie et fait plus de 2000 blessés lors du coup d’État manqué du 15 juillet 2016. Un réseau insidieux, qui depuis cinquante ans infiltre les écoles, la police, la justice, la diplomatie, les banques… C’est l’organisation terroriste fethullahiste (FETO) qui a plein de sang sur les mains. La pire des menaces pour notre démocratie!

Les États-Unis n’extradent pas Gülen. Comprenez-vous leur méfiance à l’égard de la justice turque? Ce n’est pas une question de méfiance. Des agences de renseignement, dont celles des États-Unis, se sont servi du réseau international de Fethullah Gülen, notamment à travers ses écoles. Demandez-vous pourquoi Washington n’aide pas davantage la Turquie, pays allié...

Les milliers de Turcs inculpés, les dizaines de milliers licenciés ont-ils donc tous participé au coup d’État?
Parmi les 120'000 personnes licenciées, il y en a peut-être 10'000 qui ont participé directement. Mais d’autres ont commis des actes criminels (faux documents, etc.) ou financé le réseau en plaçant leur argent dans la banque Asya sur ordre de Gülen, certains ont utilisé sa messagerie cryptée, beaucoup favorisaient systématiquement FETO… Le président Erdogan l’a bien résumé: les fethullahistes avaient créé en Turquie une structure d’État parallèle. Un Opus Dei à la puissance mille. Il fallait agir. Rappelez-vous que lors de la réunification allemande les membres de la Stasi (ndlr: services secrets de la RDA) ont été licenciés en masse!

Les ONG Amnesty et Human Rights Watch dénoncent des condamnations sans preuves sérieuses!
La Turquie est un État de droit, qui respecte les conventions internationales et les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Parmi les personnes arrêtées, 10000 ont été reconnues innocentes. Aucun pays n’est parfait, bien sûr, il y a peut-être eu des lacunes. Nous prenons cela au sérieux. Mais comprenez aussi qu’en parallèle nous devons combattre simultanément trois groupes terroristes responsables de 1800morts turcs ces cinq dernières années: FETO, le PKK (ndlr: guérilla kurde) avec sa branche syrienne PYD-YPG et enfin Daech (ndlr: le groupe État islamique)!

Que reste-t-il de la liberté d’expression? Peut-on être pro-Gülen ou pro-Kurde?
Je le répète, la Turquie est un État de droit. Si vous n’avez pas commis de crime, vous êtes acquitté. La justice travaille sous le regard de la Cour européenne des droits de l’homme.

Selon les ONG, l’espace pour la contestation rétrécit!
Environ 30 millions de personnes par an participent à des manifestations. L’État n’en a interdit que 0,7% pour des raisons pratiques: le mouvement LGBTQ voulait par exemple défiler sur l’artère principale d’Istanbul au lieu de l’emplacement réservé à cet effet!

La candidature à l’UE, vous y croyez encore?
L’UE a bien des défis: Brexit, tensions internes, désaccords avec Washington, enjeux énergétiques, migrations, sécurité. La Turquie paraît trop grande, trop pauvre, trop musulmane. De notre côté, nous avons eu trois ans difficiles après le coup d’État manqué. Mais nous poursuivons nos réformes en vue d’une adhésion: 80% des Turcs veulent entrer dans l’UE. L’adhésion turque – la plus difficile et la plus compliquée – sera la plus bénéfique et significative.

Créé: 27.01.2020, 19h36

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