Quelle riposte russe? «Moscou va plutôt relancer le dialogue!»

SyrieLa Russie condamne les frappes en Syrie. Mais au-delà de la dure rhétorique, elle envoie des signaux diplomatiques.

Vladimir Poutine, chef du Kremlin.

Vladimir Poutine, chef du Kremlin. Image: Keystone

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Des mots durs. Mais pas un seul sur de potentielles répliques militaires après les frappes américaines, françaises et britanniques dans la nuit de vendredi à samedi, contre des «cibles chimiques» près de Damas et de Homs. «La Russie dénonce avec la plus grande fermeté l’attaque sur la Syrie», a fustigé le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, qui n’a pourtant pas pour habitude de réagir à chaud et en personne. Cela dit, on est très loin des menaces de représailles qu’avait agitées Moscou la semaine dernière, des fuites dans la presse assurant même que les missiles «Kalibr» étaient pointés sur les bases américaines.

«La réplique de Moscou devrait en rester aux mots, sans confrontation armée directe. Au Kremlin, ils sont durs mais pas fous», nous confie Andreï Kolesnikov, expert au Centre Carnegie à Moscou. Le Kremlin devrait rester d’autant plus mesuré dans sa réaction que les frappes de l’alliance occidentale sur trois cibles – une près de la capitale et deux autres dans le centre du pays – ont touché uniquement des installations liées au programme chimique du régime de Bachar el-Assad, n’ont fait aucune victime et, surtout, ont évité les installations russes sur place. Moscou a d’ailleurs confirmé qu’aucune des frappes n’avait atteint les abords de ses bases aériennes et navales.

Évité, le scénario du pire?

Les tensions militaires, cependant, restent palpables. L’armée russe, dont les «conseillers» sont omniprésents parmi les forces syriennes, s’est félicitée que 71 des 103 missiles occidentaux ont été interceptés. Ce que dément Washington. En soi, la destruction de missiles américains par des Russes, même via le système de défense syrien, pourrait servir de prétexte à un affrontement entre la Russie et les États-Unis. Possible coup de bluff du Kremlin, l’état-major russe a déclaré que Moscou envisage de fournir à la Syrie des systèmes de missiles S-300. Ces déclarations rappellent l’ampleur des risques d’escalade alors qu’au Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie a tenté, sans succès, de faire adopter une résolution condamnant les frappes occidentales, «agression» contre un État souverain.

Mais au-delà de cette rhétorique dure, Moscou n’a apporté aucun élément sur de possibles représailles armées. «Le scénario du pire, celui de l’affrontement militaire, semblant avoir été évité ce week-end, cela peut rouvrir les portes d’une sortie pacifique grâce au dialogue politique», suggère l’expert Andreï Kolesnikov. Pour mieux orchestrer la transition et s’imposer en faiseur de pays au Proche-Orient, Vladimir Poutine a un atout de taille: il est le seul chef d’État à parler directement avec tous les acteurs de la crise syrienne. Mais pour orchestrer une vraie transition politique, il a besoin de fédérer les forces syriennes et, pour partager la facture de la reconstruction économique, de s’associer aux Occidentaux.

Dès samedi, la Russie a repris l’initiative diplomatique. Juste après les frappes occidentales, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a assuré dans une interview que Moscou «reste en contact» avec Paris, Londres et Washington. Une autre voix autorisée au ministère, Vladimir Ermakov, en charge de la non-prolifération, a dit qu’«il existe au sein de l’administration américaine certaines personnes avec lesquelles il est possible de dialoguer»…

L’atout de Poutine

Signal parmi d’autres: Emmanuel Macron s’est dit favorable au dialogue avec Moscou. Le président français est attendu en «hôte d’honneur» le 25 mai à Saint-Pétersbourg pour «le Davos russe», orchestré chaque année par Vladimir Poutine dans sa ville natale.

Ce week-end, le chef du Kremlin a déjà parlé avec ses homologues turc et iranien, Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani. Pour déplorer «la violation du droit international par les Occidentaux». Mais aussi pour relancer ses initiatives en cours avec la Turquie et l’Iran, deux alliés de la Russie soutenant des camps opposés en Syrie. Ces derniers mois, avec Ankara et Téhéran, Moscou essaie de passer à la phase politique. Mais, malgré les efforts de mise en scène, cela a échoué et son «congrès du dialogue national syrien», organisé en janvier à Sotchi, a donné d’autant moins de résultats que les rebelles, les Kurdes et les Occidentaux étaient tous absents de cette rencontre. Après les frappes de ce week-end, les compteurs pourraient être remis à zéro.

(24 heures)

Créé: 15.04.2018, 18h54

«Il fallait attendre l’enquête!»

Réaction suisse

«On aurait pu attendre les résultats de l’enquête!» Le conseiller fédéral Guy Parmelin, dans une interview au «SonntagsBlick», a critiqué les frappes occidentales en Syrie, intervenues avant même l’arrivée à Douma, ce dimanche, des experts envoyés par l’ONU pour déterminer si des armes chimiques y ont été utilisées le 7 avril, comme l’affirment les Casques blancs, secouristes des zones rebelles.
«Il faut être extrêmement prudent avant de prendre des décisions définitives», estime le ministre suisse de la Défense. Car la situation peut «rapidement devenir incontrôlable»! Le Conseil fédéral appelle les parties en présence à revenir à la table des négociations. «La guerre en Syrie a été l’objet de négociations à Genève. Ces discussions doivent se poursuivre. Aussi vite que possible. La population civile souffre. C’est inacceptable», lance encore Guy Parmelin.
L’affaire Skripal
, autre front du duel entre Moscou et l’Occident, a aussi occupé la Suisse ce week-end. Moscou affirme que le Laboratoire Spiez a informé l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques qu’il y avait du BZ dans les échantillons prélevés sur le corps de l’agent double Sergueï Skripal, empoisonné en Angleterre le 4 mars. Cette substance n’incriminerait pas la Russie. Le Laboratoire Spiez assure n’avoir pas communiqué avec Moscou et ne pas être en désaccord avec les experts britanniques. Andrés Allemand

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