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L'indignation perdure, malgré des arrestations

Le président iranien a promis mardi que son pays «punira» tous les responsables de la catastrophe aérienne du Boeing ukrainien, abattu par erreur par un missile iranien le 8 janvier.

Les hommages aux victimes lors de leurs funérailles le 12 janvier 2020 à Edmonton, au Canada.
Les hommages aux victimes lors de leurs funérailles le 12 janvier 2020 à Edmonton, au Canada.
Keystone

Téhéran a annoncé mardi des arrestations dans le cadre de l'enquête sur l'avion civil ukrainien abattu en Iran, où des manifestations ont eu lieu pour le quatrième jour dans le sillage de l'indignation provoquée par ce drame.

Après deux jours de démentis officiels de la thèse selon laquelle un missile avait été tiré sue le Boeing 737 d'Ukraine International Airlines, les forces armées iraniennes ont reconnu samedi leur responsabilité, en évoquant une «erreur humaine».

Les 176 personnes à bord, en majorité des Iraniens et des Canadiens, ont été tuées dans la catastrophe.

Revoir notre vidéo «Un Boeing ukrainien s'écrase en Iran, 170 morts»

Cette annonce a provoqué une vague de colère dans le pays, où des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent samedi des manifestations rythmées par des slogans hostiles aux autorités, y compris au clergé chiite.

Selon de nouvelles images, impossibles à authentifier immédiatement, de nouvelles manifestations ont eu lieu mardi soir, dans des universités à Téhéran et des affrontements pourraient avoir eu lieu entre des étudiants et des Bassidji (volontaires musulmans loyalistes).

Face-à-face tendu

Dans l'après-midi, quelque 200 étudiants, pour la plupart masqués, s'étaient livrés à un face-à-face tendu avec des Bassidji, avait constaté l'AFP.

Du côté des Bassidji, des femmes en noir criaient «Mort au Royaume-Uni» et des jeunes gens brûlaient l'effigie en carton de l'ambassadeur britannique Rob Macaire, brièvement arrêté samedi soir et accusé par Téhéran d'avoir participé à une manifestation interdite, ce qu'il dément.

Maintenus à distance par les forces de l'ordre, les deux groupes avaient fini par se disperser.

Selon des journalistes de l'AFP, le dispositif policier a été nettement réduit mardi à Téhéran. Internet était nettement perturbé.

Fait extrêmement rare, l'agence de presse Fars, proche des ultraconservateurs, avait rapporté lundi que les contestataires avaient crié la veille «Mort au dictateur!» et scandé des slogans hostiles aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne. Selon l'Autorité judiciaire, une trentaine de personnes ont été arrêtées entre samedi et lundi.

«Vous restez muets !»

Un groupe de journalistes réformateurs de Téhéran a publié un communiqué dénonçant le manque de liberté dans la presse et des médias officiels.

«Nous assistons aux funérailles de la confiance du public», dénonce le texte dont s'est fait écho l'agence officielle Irna.

«A l'heure où vous devez venir pour présenter des excuses et des explications, vous restez muets! Pourquoi nous couvrez-vous de honte devant l'audience?», a même tweeté Elmira Sharifi, un des visages de l'information à la télévision d'Etat.

Le journal Hamshahri, plus grand tirage de la presse iranienne, rapporte une «vague de protestation d'artistes face (au drame) de l'avion et à la façon (dont le peuple a été) informé».

Ceux-ci, ajoute-t-il, ont annulé leur participation aux festivals de Fajr (musique, cinéma, théâtre et arts visuels) qui ont lieu chaque année en février, à l'occasion de l'anniversaire de la Révolution islamique.

Pour Mehdi Rahmanian, directeur de la publication du quotidien réformateur Shargh, il s'agit d'une nouvelle «approche de la société iranienne» par les autorités. «Ce qu'on pourrait appeler de la dissimulation (devrait arriver) moins (souvent) à l'avenir, les responsables seront obligés de parler aux gens plus honnêtement», a-t-il estimé auprès de l'AFP.

M. Rahmanian a aussi noté que, ces derniers jours, l'attitude des forces de l'ordre s'était «améliorée par rapport au passé». Le mois dernier, la répression de manifestations liées au coût de la vie avait fait au moins 300 morts, selon l'ONG Amnesty International. Pour la suite, tout dépendra «du comportement (...) des responsables et du peuple», a-t-il avancé.

L'Autorité judiciaire a par ailleurs annoncé mardi des arrestations (en nombre non précisé) dans le cadre de la «vaste enquête» menée pour déterminer les responsabilités après la catastrophe du Boeing ukrainien.

Le président Hassan Rohani a réaffirmé que son pays devait «punir» tous les responsables du drame. «Il est très important (...) que quiconque ait été fautif ou négligent» soit poursuivi, a-t-il dit.

M. Rohani a demandé la formation d'un «tribunal spécial avec des juges de haut rang et des dizaines d'experts». «Le monde entier va regarder», a-t-il averti.

«Conséquences»

L'Iran a déjà invité des experts du Canada, de France, d'Ukraine et des Etats-Unis à participer à l'enquête.

Sur un autre dossier, les pays européens parties à l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien --France, Grande-Bretagne et Allemagne-- ont déclenché mardi le mécanisme de règlement des différends prévu dans le texte afin de contraindre Téhéran à revenir au respect de ses engagements.

Les Européens ont précisé qu'ils ne se joignaient pas pour autant à «la campagne» de «pression maximale contre l'Iran», mais Téhéran, qui s'est affranchi de plusieurs de ses engagements pris à Vienne depuis plusieurs mois (en riposte à la décision américaine de dénoncer l'accord) les a mis en garde contre les «conséquences» de leur décision.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, chargé de superviser ce mécanisme, a appelé tous les signataires, dont Téhéran, à le préserver, jugeant «impossible» de le remplacer.

«L'Iran n'est pas une puissance nucléaire grâce à cet accord. Imaginez la situation si l'Iran était une puissance nucléaire», a-il lancé au cours d'une déclaration à la presse au Parlement européen à Strasbourg.

La catastrophe aérienne du 8 janvier est survenue en plein pic des tensions entre Téhéran et Washington, après l'élimination de Qassem Soleimani, un important général iranien tué par un tir de drone américain le 3 janvier à Bagdad.

Cette opération a été suivie le 8 janvier de tirs de missiles iraniens, n'ayant fait aucune victime, contre deux bases militaires utilisées par l'armée américaine en Irak. Quelques heures plus tard, l'avion ukrainien était abattu «par erreur» par un missile iranien alors que la défense du pays était en état d'alerte «guerre».

(AFP)

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