«Mon rôle, c'est de faire ce que la ministre souhaite»

Procès de l'arbitrage TapieLe PDG d'Orange, jugé aux côtés de Bernard Tapie, a déclaré devant les juges ce mercredi n'avoir été que l'«exécutant» de l'ex-ministre Christine Lagarde.

Stéphane Richard le répète: dans le «tandem» qu'il forme avec Christine Lagarde - avocate d'affaires «depuis 20 ans» et «relativement novice en politique» - «la juriste professionnelle, c'est elle».

Stéphane Richard le répète: dans le «tandem» qu'il forme avec Christine Lagarde - avocate d'affaires «depuis 20 ans» et «relativement novice en politique» - «la juriste professionnelle, c'est elle». Image: AFP

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«Je n'ai fait que mon travail»: jugé à Paris avec Bernard Tapie dans l'affaire de l'arbitrage controversé de 2008, le PDG d'Orange Stéphane Richard a cantonné mercredi son rôle à celui «d'exécutant» des décisions de l'ex-ministre Christine Lagarde dont il était le directeur de cabinet à Bercy.

«Mon rôle, c'est de faire ce que la ministre souhaite», a déclaré M. Richard au terme d'un long exposé visiblement bien préparé devant le tribunal correctionnel.

Un directeur de cabinet, explique l'énarque de 57 ans, costume sombre, lunettes rondes et cheveux rares, «est la voix du ministre». «Mais son pouvoir propre, il est extraordinairement limité, voire inexistant», assure-t-il.

Les décisions, et notamment celle qui occupe le tribunal devant lequel comparaissent depuis le 11 mars Bernard Tapie, Stéphane Richard et quatre autres prévenus pour «escroquerie» ou complicité de ce délit, ce n'est pas lui, mais Mme Lagarde, martèle le patron d'Orange.

«Saga judiciaire»

En 2007, quand cet ancien inspecteur des finances fait son retour dans «la machine Bercy» après quinze ans dans le privé, l'idée d'un arbitrage pour «régler une bonne fois pour toutes» le feuilleton du conflit entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais, est «dans l'air depuis très longtemps».

Cette solution ne provoque pas chez M. Richard de «haut-le-coeur», il la juge même de «bon sens». La «saga judiciaire» liée à la revente d'Adidas dans les années 1990 est très onéreuse en frais d'avocats, souligne-t-il en tant que «contribuable». Sans parler du «désastre» du Crédit Lyonnais, ex-banque publique en faillite, qui «a coûté près de 20 milliards d'euros au Trésor public», appuie le prévenu.

Le recours à l'arbitrage, «Mme Lagarde a immédiatement considéré que c'était la solution», selon M. Richard.

«La juriste, c'est elle»

Tout au long de son audition de près de six heures, il contestera vivement avoir influé en faveur de l'arbitrage, malgré un arrêt de la Cour de cassation de décembre 2006 qui semble pour certains favorable à l'Etat, et les différentes alertes de l'Agence des participations de l'Etat (APE) sur la dangerosité de ce mode de réglement privé.

Stéphane Richard le répète: dans le «tandem» qu'il forme avec Christine Lagarde - avocate d'affaires «depuis 20 ans» et «relativement novice en politique» - «la juriste professionnelle, c'est elle».

«Qui a signé l'instruction écrite (d'entrée en arbitrage, NDRL) du 10 octobre 2007? Qui n'a pas exercé de recours contre l'arbitrage? Pardon, j'ai un trou de mémoire», persifle-t-il en direction d'un des deux procureurs qui lui demande s'il considère avoir «bien fait son travail».

Pourquoi alors ne pas avoir transmis les notes de l'APE à la ministre? Pourquoi avoir caché la présence de Bernard Tapie à une réunion cruciale à l'Elysée le 30 juillet 2007 avant l'entrée en arbitrage? Et pourquoi avoir utilisé la «griffe» de Mme Lagarde dans une lettre décisive sans lui en parler, s'interroge le ministère public.

«L'intérêt financier de l'Etat en tête»

«Entre Mme Lagarde et moi, le mode de communication était très oral», insiste à plusieurs reprises Stéphane Richard, resté dit-il «fidèle aux instructions initiales» de la ministre.

Les «quelques initiatives» qu'il a pu prendre sont peut-être critiquables mais «elles ne constituent pas un délit et surtout pas un détournement de fonds publics», estime M. Richard, qui répète avoir toujours eu «l'intérêt financier de l'Etat en tête».

Lors de son propre procès devant la Cour de justice de la République, fin 2016, Christine Lagarde avait expliqué avoir fait «confiance» à son directeur de cabinet.

L'absence de recours contre la sentence arbitrale ayant octroyé 403 millions d'euros en 2008 à M. Tapie, dont 45 pour son «préjudice moral», et déclarée depuis «frauduleuse», avait valu à la patronne du Fonds monétaire international (FMI) d'être condamnée - mais dispensée de peine - pour «négligence» ayant permis le détournement de fonds publics.

Citée comme témoin par la défense de M. Tapie, elle a signifié son impossibilité à venir.

Le procès doit durer jusqu'au 5 avril. (afp/nxp)

Créé: 20.03.2019, 22h04

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