Le Royaume-Uni divisé comme jamais

Oui au BrexitLe Royaume-Uni était samedi plus divisé que jamais après le choc du Brexit, avec une Écosse prête à défendre séparément ses intérêts et des perdants en colère.

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Une pétition en ligne adressée au Parlement britannique pour réclamer l'organisation d'un nouveau vote dépassait les 2 millions de signatures en fin d'après-midi, au lendemain de l'annonce de la victoire du Brexit avec 51,9% des voix.

A Edimbourg, la Première ministre Nicola Sturgeon a annoncé que son gouvernement cherchait à ouvrir des «discussions immédiates» avec Bruxelles pour «protéger sa place dans l'UE».

L'Ecosse a massivement voté (62%) pour rester dans l'UE et Mme Sturgeon a confirmé à l'issue d'une réunion extraordinaire que son gouvernement préparait les bases légales d'un deuxième référendum sur l'indépendance.

«Si ça veut dire rester dans l'UE, alors je voterai pour l'indépendance», a confié à l'AFP à Edimbourg Chris Dougray, conseiller financier. «Un client m'a déjà dit qu'il était impossible d'investir en Ecosse tant que la situation n'est pas claire».

Les incertitudes qui pèsent sur l'avenir du pays ont fait plonger la livre britannique et ont poussé l'agence Moody's à abaisser de stable à négative la perspective de la note du Royaume-Uni, avec la menace d'une dégradation prochaine de cette note.

#NotInMyName

A Londres, certains réclament, avec colère mais sans y croire, l'indépendance pour la capitale qui s'est largement exprimée en faveur de l'UE.

Lindsey Brett, une secrétaire londonienne de 57 ans, a été cueillie à froid par le Brexit: «Je suis très inquiète et j'en suis malade pour l'avenir de mes enfants», dit-elle à l'AFP. «Que vont devenir nos relations avec le reste de l'Europe? et le monde?».

Sur les réseaux sociaux, les jeunes, qui selon les sondeurs ont aussi massivement voté pour le maintien, expriment leur colère contre leurs aînés. #NotInMyName (Pas en mon nom) est devenu un hashtag récurrent sur Twitter. «Ce vote ne représente pas la jeune génération qui devra vivre avec les conséquences», écrivait ainsi Luke Tansley.

Même déception à la Gay Pride qui a traversé le coeur de la capitale, Regent Street, samedi après-midi.

«Les politiques, l'aile droite n'a pas un passé très positif quant à la façon de traiter les LGBT...», a souligné James Carroll, 18 ans, cheveux courts argentés et lèvres violettes. «Nos droits sont menacés, parce que nous allons devoir les renégocier, et quand les résultats sont tombés, j'ai réalisé combien ça allait changer pour les LGBT», a-t-il dit à l'AFP.

Euphorie des pro-Brexit

Les pro-Brexit, eux, continuaient à nager dans l'euphorie après avoir fêté toute la nuit leur «Independance Day». Le leader du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, a proposé que le 23 juin devienne jour de fête nationale.

A Clacton-on-Sea, petite station balnéaire du sud-est qui a massivement voté pour le Brexit, Terry Lovadaw, superviseur de 57 ans dans une des boutiques de l'artère principale, voyait la vie en rose. «Il y aura plus d'emplois, ça va mettre un terme à l'immigration», a-t-il assuré.

Ailleurs en Europe, la pression monte sur les Britanniques. Réunis à Berlin, les ministres des Affaires étrangères des six pays fondateurs de l'UE ont demandé à Londres d'accélérer le divorce. Le Français Jean-Marc Ayrault a insisté pour qu'un nouveau Premier ministre soit désigné au plus vite à Londres, dans «quelques jours».

David Cameron a annoncé que sa démission prendrait effet en octobre, après la nomination de son successeur auquel il veut laisser le soin de conduire les négociations avec l'UE. Elles pourraient durer jusqu'à deux ans et, entretemps, le Royaume-Uni restera lié par les accords existants.

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ne se passera pas comme un «divorce à l'amiable», a mis en garde le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Merkel temporise

La chancelière Angela Merkel a elle adopté un ton conciliant en déclarant à Berlin qu'il n'y avait «aucune raison de se montrer trop dur dans les négociations. Il faut les mener dans les règles».

M. Cameron doit retrouver mardi ses pairs lors d'un sommet européen à Bruxelles qui s'annonce très délicat pour lui, alors que le commissaire européen britannique Jonathan Hill a annoncé sa démission samedi.

La question de sa succession ajoute à l'incertitude ambiante. Boris Johnson, meneur de la campagne du Brexit, semblerait un choix logique. Mais autant «BoJo» était populaire lorsqu'il était maire de Londres, autant il cristallise aujourd'hui le mécontentement d'une partie du Royaume-Uni.

Presse caustique

Le leader travailliste Jeremy Corbyn, qui a été critiqué pour la mollesse de ses interventions en faveur du maintien dans l'UE, a lui aussi estimé qu'il devait y avoir «une négociation rapidement». «Nous ne pouvons vivre dans l'incertitude pendant deux ans», a ajouté le chef de l'opposition.

Visé par un projet de motion de défiance, il n'est lui visiblement pas prêt à démissionner.

Alors que les mouvements populistes prospèrent à travers l'Europe, le Brexit pourrait provoquer une réaction en chaîne. Déjà, la chef de l'extrême droite française Marine Le Pen (FN) et le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders ont appelé à des référendums dans leur pays.

Les quotidiens britanniques reflétaient la division du Royaume: «Chapeau, la Grande-Bretagne!», titrait le Daily Mail, un tabloïd qui a mené une campagne virulente contre l'Europe. Du côté des pro-Europe, le Daily Mirror demandait en première page: «Que diable va-t-il se passer maintenant?».

(afp/nxp)

Créé: 25.06.2016, 22h13

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