Saturée par les touristes, Barcelone veut revoir son modèle

EspagneA quelques jours des élections municipales de dimanche, la question du développement de la capitale catalane est au cœur des débats politiques.

Barcelone reçoit près de 8 millions de visiteurs par an. Pour les habitants, la cohabitation est difficile.

Barcelone reçoit près de 8 millions de visiteurs par an. Pour les habitants, la cohabitation est difficile. Image: AFP

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«Non aux appartements touristiques», «Chut, laissez-nous dormir». Les banderoles suspendues aux balcons claquent au vent. Les habitants de la Barceloneta, le quartier situé près de la plage et du port de Barcelone, se révoltent. Ils se mobilisent contre le flot de touristes qui prend d'assaut les lieux tout au long de l'année.

Car l'ancien quartier des pêcheurs est aujourd'hui l'un des rendez-vous favoris du tourisme bon marché. Les vacanciers venus de toute l'Europe s'entassent à moindre prix dans des appartements dénichés sur Internet. L'objectif de leur séjour est moins de visiter les joyaux de l'architecture moderniste signés par Antoni Gaudí que de profiter du soleil et, surtout, des bars alentour.

Cohabitation difficile

Pour les habitants, la cohabitation est difficile dans les petites rues étroites qui quadrillent le quartier. «A l'heure où je vais me coucher, ils dévalent les escaliers et braillent sous les fenêtres», raconte Montse Vazquez, une mère de deux enfants qui est de toutes les manifestations de l'association La Barceloneta dit Basta. «Quand on part pour l'école le matin, il faut enjamber les types ivres morts et éviter les flaques de vomi.»

La situation se répète dans les autres quartiers du centre, alors que Barcelone reçoit près de 8 millions de visiteurs par an. «Mais à qui bénéficie ce tourisme? Est-ce vraiment bon pour la ville?» s'interroge Angel Domenech, un avocat qui vit dans le très chic quartier de la Rambla de Catalunya. «La plupart des appartements touristiques ne sont pas déclarés, ils ne paient pas d'impôts et font une concurrence déloyale au secteur hôtelier.»

Enjeu électoral

A quelques jours des élections municipales qui auront lieu ce dimanche 24 mai, le modèle touristique est au cœur de tous les enjeux. Le maire sortant, Xavier Trias, candidat à la réélection pour le parti nationaliste conservateur CiU, est accusé d'avoir fermé les yeux et d'avoir renoncé à contrôler les locations d'appartements, ouvrant ainsi les portes à un tourisme bon marché qui est devenu aujourd'hui bien encombrant. «Il faut réorienter l'image de la ville vers un tourisme culturel», réclame le candidat socialiste, Jaume Collboni, alors que la fédération d'associations de quartiers accuse la Mairie d'avoir choisi l'argent facile en temps de crise «en vendant notre espace public et notre tranquillité».

Les critiques sont d'autant plus dures qu'à Barcelone, comme dans toute l'Espagne, le paysage politique est bouleversé par l'arrivée de nouveaux partis, Podemos à gauche et Ciudadanos à droite, qui défendent une gestion plus à l'écoute des citoyens. Si l'on en croit les sondages, les partis traditionnels, comme le PP à droite ou le PSC à gauche, sont en perte de vitesse dans la capitale catalane, alors le vote s'émiette vers les nouvelles formations, comme la coalition BComú (Barcelone en commun), intégrée par Podemos et d'autres partis de gauche.

Bulle du tourisme

A la tête de cette liste se trouve Ada Colau, une activiste sociale connue pour son combat pour la défense des personnes expulsées de leurs logements. Elle critique la «monoculture du tourisme» et propose d'inverser la machine en optant pour un «urbanisme réparateur» avec la participation citoyenne. «Il y a eu une politique d'aménagement agressive, sans consultation des habitants des quartiers concernés. Entre les hôtels de luxe en construction et les logements touristiques mal contrôlés, on est en train de voir gonfler une «bulle du tourisme», alerte-t-elle. C'est un cycle spéculatif court qui va massacrer la ville, alors que le centre historique est transformé en parc thématique à base de chaînes de fast-food et de magasins franchisés.»

Pour Francesc Muñoz, professeur de géographie urbaine à l'Université autonome de Barcelone, «l'erreur de la Mairie est de ne pas avoir prévu que les activités touristiques ont un impact non seulement économique mais aussi social et culturel». Selon lui, les autorités n'ont pas pris en compte l'impact des visiteurs sur l'usage de l'espace public. Et il avertit: «Il reste trente ans à Barcelone pour arriver au point de non-retour comme Venise.» (24 heures)

Créé: 20.05.2015, 11h45

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