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Le scandale des vaccins défectueux ébranle la Chine

Plusieurs cas graves remettent en cause la confiance des patients et offrent une occasion en or aux labos étrangers.

En janvier, 140 enfants chinois ont reçu un vaccin périmé contre la poliomyélite.
En janvier, 140 enfants chinois ont reçu un vaccin périmé contre la poliomyélite.
Keystone

C’est la dernière affaire en date: contaminées par le virus du sida, plus de 12 000 poches de sang destinées à des patients atteints de leucémie ont été retirées en février du circuit de distribution des hôpitaux. Mi-janvier, 140 enfants ont reçu des vaccins périmés contre la poliomyélite. La colère des parents a éclaté dans la province de Jiangsu, dans l’est du pays. Molestation d’un représentant local et échauffourées avec la police, les images sont devenues virales et révélatrices de l’exaspération des Chinois face à la litanie de scandales sanitaires.

Ces incidents surviennent alors que le pays est encore marqué par des affaires retentissantes survenues l’été dernier. En juillet, le deuxième plus gros producteur chinois de vaccins contre la rage, Changsheng Bio-technology, s’est vu retirer sa licence pour avoir violé le protocole de fabrication et avoir par ailleurs commercialisé au moins 250'000 vaccins falsifiés contre la diphtérie-tétanos-coqueluche. Dans le même temps, le laboratoire Wuhan Institute était incriminé pour avoir écoulé 400'000 vaccins non-conformes aux standards.

Critiques censurées

Le gouvernement avait alors promptement activé la censure pour étouffer les vives critiques à son encontre et les appels pour accélérer l’importation de vaccins étrangers. Une investigation a rapidement été diligentée, des arrestations effectuées et une amende record de 2,6 millions de yuans (380'000 fr.) infligée à Changsheng alors que les titres en bourse plongeaient. Un projet de loi destinée à renforcer la surveillance des essais cliniques, la production et la distribution des vaccins est en outre à l’étude depuis décembre.

Le nouvel incident à Jiangsu ébranle la confiance du public et ravive les craintes que corruption et manquements dans la vaste industrie pharmaceutique chinoise ne placent la population à risque.

«Il faut s’inquiéter pour la qualité du lait en poudre, de l’air, des légumes, des jouets, et des vaccins. Impossible d’élever notre fille dans ces conditions, encore plus d’avoir un deuxième enfant», témoigne ainsi Yannick Chen qui a déménagé à Hong Kong. Dans cette région administrative spéciale, les vaccins sont de facture étrangère, et des quotas sont en vigueur depuis 2016 dans les centres de vaccination infantile publics afin de juguler l’afflux de non-résidents, en particuliers chinois.

Grogne de la classe moyenne

La contestation de Jingsu représente par ailleurs un défi pour le parti communiste au pouvoir. La classe moyenne en pleine croissance est de plus en plus frustrée de voir sans réponse ses préoccupations concernant la sécurité alimentaire, la pollution et la santé publique. Et cette grogne est un risque pour l’ordre social.

Cela mine aussi les efforts du président Xi Jinping de redorer le blason des produits fabriqués en Chine, à l’heure où le pays ambitionne de devenir un producteur pharmaceutique majeur. Pékin a donc lancé une large enquête sur la quarantaine de producteurs de vaccins que compte le pays et qui y règnent en maîtres.

Pour les laboratoires étrangers, cela pourrait élargir leur accès au colossal marché chinois qui représentait en 2017 25,3 milliards de yuans (3,71 milliards de francs), et pourrait grimper à 106,5 milliards (15,60 milliards de francs) en 2030, porté par des naissances stratosphériques (15,3 millions en 2018). Novartis est notamment candidat pour un vaccin méningocoque.

«Plus de gens vont se détourner des vaccins publics et passer à des vaccins privés après les scandales», estime ainsi David Li, analyste du courtier CLSA. Le secteur privé - dont la taille a augmenté de 14,9% entre 2013 et 2017 à 21,7 milliards de yuans — «offrira plus d’opportunités du fait d’une demande pour des vaccins plus labellisés», selon lui. Les vaccins en Chine sont divisés en deux catégories. Ceux de catégorie 1 (BCG, rubéole, etc.), achetés par les autorités qui régulent les prix, et administrés gratuitement dans le cadre d’un programme de vaccinations obligatoires lancé à la fin des années 1970 et qui ne cesse depuis de s’étoffer. Ces produits sont principalement fournis par des entreprises d’État. Certains acteurs privés tels que Wuhan et Changsheng en fabriquent aussi plusieurs types.

Les vaccins de catégorie 2, (rage, grippe, etc.) sont, eux, principalement fournis par les entreprises privées chinoises, et à la marge par quelques multinationales étrangères. Là les prix et les marges sont plus élevés, et les patients doivent payer de leur poche (environ 110 fr. par injection).

Malgré la défiance, le taux de vaccination des enfants était de 99% en 2018, selon l’OMS, et il ne sera pas affecté puisqu’une partie des vaccins est obligatoire, fait valoir David Li. Mais les gens peuvent choisir de «passer au marché privé qui fournit des vaccins de meilleure qualité mais à des prix plus élevés».

Exportations peu touchées

À l’international, des vaccins chinois sont distribués, notamment via l’Unicef qui procure trois des quatre vaccins préqualifiés par l’OMS (encéphalite japonaise, hépatite A et polio). D’autres sont achetés directement par les pays importateurs, «principalement des pays en développement situés près de la Chine, où la demande est supérieure à l’offre» et où «les producteurs chinois ne représentent que peu des ventes totales», souligne David Li. Selon lui, «en tant que tels, les scandales n’ont pas eu beaucoup d’impact sur les exportations».

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