Scandinaves tuées: le Suisse risque 20 ans

MarocJeudi, le procès des hommes ayant tué deux touristes au Maroc s'est poursuivi. La peine de mort a notamment été requise à trois reprises.

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L'accusation a requis jeudi la peine capitale contre trois des 24 accusés jugés pour l'assassinat de deux jeunes touristes scandinaves décapitées mi-décembre au Maroc. Parmi les autres accusés, une peine de 20 ans de prison a été réclamée contre un Hispano-Suisse.

La peine de mort a été requise contre Abdessamad E., un marchand ambulant de 25 ans considéré comme le cerveau du groupe et contre deux autres Marocains radicalisés. Les trois hommes ont avoué leurs rôles respectifs dans l'exécution de Louisa V. J., une étudiante danoise et de son amie norvégienne Maren U. qui campaient dans le Haut-Atlas (sud).

Le procureur a ensuite requis des peines allant de quinze ans de prison à la perpétuité contre les autres accusés, âgés de 20 à 51 ans, tous issus de milieux modestes et vivant dans des quartiers déshérités de Marrakech.

Perpétuité requise

Des peines allant de quinze ans de prison à la perpétuité ont été requises contre les vingt autres accusés marocains, âgés de 20 à 51 ans. Le procureur a par ailleurs réclamé vingt ans de prison contre le seul étranger du groupe, un Hispano-suisse converti à l'islam et accusé d'avoir appris aux principaux suspects à utiliser une messagerie cryptée ainsi que de «les avoir entraînés au tir».

La peine à perpétuité concerne un plombier de 33 ans, qui avait accompagné le trio ayant reconnu le meurtre dans le Haut-Atlas, mais était parti avant la tuerie chercher une planque à Marrakech, après six tentatives infructueuses pour tuer d'autres randonneurs.

Des images de la décapitation avaient été postées sur les réseaux sociaux, avant la diffusion d'une vidéo montrant les quatre hommes faire allégeance à l'EI - qui n'a jamais revendiqué le double assassinat.

Attentats avortés

Le procureur a accusé le groupe d'avoir fomenté plusieurs actions «terroristes» avortées contre différentes cibles avant le double assassinat. Il a aussi souligné que tous les accusés, sauf trois, avaient reconnu être des partisans de l'EI.

Avant de requérir la peine de mort contre les trois principaux accusés, le procureur a cité une sourate du Coran: «Celui qui tue son prochain doit être tué».

Les condamnations à la peine capitale sont toujours prononcées au Maroc, mais un moratoire est appliqué de facto depuis 1993 et son abolition fait débat. La nouvelle Constitution adoptée en 2011 prévoit explicitement le «droit à la vie». Des pétitions réclamant la peine de mort pour les assassins des deux Scandinaves ont circulé sur Internet.

«Défaillances»

Les avocats de la partie civile, parlant au nom de la famille de Louisa, ont pour leur part pointé des «défaillances» des services de l'Etat marocain tout en dénonçant l'influence des écoles coraniques du chef religieux marocain, cheikh Mohamed al-Maghraoui.

Le chef présumé du groupe avait été condamné dans le passé pour avoir tenté de rejoindre l'EI en Syrie. Il a «épousé les idéaux djihadistes en prison», «bénéficié d'une remise de peine» et réuni à Marrakech des «frères» rencontrés en détention ou dans son quartier, sans être jamais inquiété par les autorités, a affirmé l'avocat Khaled El Fataoui.

Le groupe comptait des imams, des «fonctionnaires» qui prêchaient à rebours de la ligne officielle de leur hiérarchie prônant un islam tolérant et modéré, a-t-il ajouté. Pour éclaircir le contexte de l'embrigadement du groupe, la partie civile voulait que le cheikh Mohamed al-Maghraoui, mis en cause par un des prévenus, soit auditionné, mais sa demande a été rejetée.

Ses écoles avaient été fermées en 2010 sur décision judiciaire puis rouvertes en 2012 par le ministre de la Justice de l'époque, lequel avait regretté que «Marrakech devienne une destination pour des gens du monde entier qui viennent commettre des péchés», selon les avocats de la partie civile.

La prochaine audience aura lieu le 11 juillet. L'avocat de l'Etat doit plaider pour répondre aux parties civiles, avant ceux de la défense. La parole sera donnée une dernière fois aux accusés avant que les juges ne se retirent pour délibérer. (ats/nxp)

Créé: 27.06.2019, 13h48

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