«Aucun pays n'est épargné par le réchauffement climatique»

EnvironnementLa ministre de l’Environnement Ségolène Royal lance la «bataille de Paris» pour le climat.

Ségolène Royal est optimiste sur les résultats de la Conférence des Nations Unies (ONU) sur le climat, qui aura lieu à Paris en décembre 2015.

Ségolène Royal est optimiste sur les résultats de la Conférence des Nations Unies (ONU) sur le climat, qui aura lieu à Paris en décembre 2015. Image: MIGUEL MEDINA/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Il y a de bonnes chances qu’il y ait un accord sur le climat à Paris!» Ségolène Royal (61?ans) se montre optimiste et résolument déterminée. Mais, en politicienne expérimentée, elle reste prudente sur la réussite de la COP21, Conférence des Nations Unies (ONU) sur le climat, qui aura lieu à Paris en décembre 2015. La ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie répondait jeudi aux questions de l’Association de la presse étrangère à Paris. Le thème: la «bataille de Paris» de la COP21 et l’objectif donné par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Soit parvenir à un accord partagé par les 196 pays membres de l’ONU qui définira les mesures nécessaires à maintenir le climat en dessous des 2?degrés Celsius de réchauffement par rapport à l’époque préindustrielle. Aujourd’hui, le baromètre mondial moyen affiche 0,85?°C de plus qu’en 1880. «Après la déception du Sommet de Copenhague en 2009, ce prochain rendez-vous prend des allures de dernière chance pour le climat! Aucun pays ne veut prendre la responsabilité d’un échec», explique celle qui fut déjà ministre de l’Environnement sous Mitterrand. Entretien.

Qu’est-ce qui a changé entre 2009 et 2015 depuis le Sommet de Copenhague?
–Le contexte d’abord. Désormais aucune région du monde n’est épargnée. Avant les pays développés n’étaient pas très touchés. Ils ne voyaient pas les effets du changement climatique. Aujourd’hui les perturbations climatiques intenses affectent même des pays tempérés. La sécheresse, les typhons et les inondations ont ravagé les Etats-Unis d’Amérique. Nos propres rivages en France sont frappés par les effets du réchauffement climatique. Tout le monde est aujourd’hui concerné. Et je constate partout une forte prise de conscience: chez les citoyens, chez les décideurs et chez les entreprises.

Les entreprises?
–Oui. Le coût de l’inaction est aujourd’hui beaucoup plus élevé que le coût de l’action. Et donc on voit le basculement des milieux de l’entreprise et des financiers dans la transition énergétique. Mais le politique doit envoyer un signal fort pour que les investissements dans la croissance verte et les énergies nouvelles voient leur rentabilité augmenter parce qu’il y aura un prix indicatif du carbone. Selon un récent rapport, il devrait être fixé entre 15 et 20?dollars la tonne, avant 2020. Et monter en puissance ensuite. Parallèlement nous devons diminuer les subventions aux énergies fossiles qui s’élèvent – selon le FMI – à 10 millions de dollars par heure. Oui, 10 millions de dollars par heure, c’est l’enveloppe globale des subventions de tous les Etats aux énergies fossiles. Cela montre bien quel basculement économique il faut faire.

Et pourquoi l’économie basculerait?
–Parce que ça rapporte! Je le répète partout et c’est l’objectif même de la loi de transition énergétique en France. J’estime dans notre pays à 100?000 le nombre d’emplois directement liés à la transition énergétique. A l’échelle planétaire, il faut faire comprendre aux citoyens, aux Etats, aux entreprises, que s’engager et accéder à la transition énergétique, ça rapporte! Réconcilier la protection de l’environnement et le développement économique, c’est la colonne vertébrale de mon engagement. Jusqu’à maintenant, l’écologie était considérée comme antinomique avec le développement économique. Aujourd’hui on peut changer cela.

Les grands Etats vont-ils montrer l’exemple?
–Ils vont s’engager. C’est inimaginable qu’un grand pays décide de rester dans son coin. Ils savent qu’en protégeant la planète, ils se protègent eux-mêmes. Les mécanismes humains sont simples! De plus, ils ont aussi compris que ceux qui vont accélérer la transition énergétique seront les gagnants de cette 3e révolution industrielle et numérique qui, de fait, a déjà commencé. L’Europe montre l’exemple, mais l’Inde vient de lancer 100 «smart cities» sur l’ensemble de son territoire et s’est fixé des objectifs très élevés. La Chine également! Aujourd’hui asphyxiée par la pollution urbaine, elle réfléchit aux transports propres en ville. Hier encore les Etats-Unis d’Amérique ont tenu à la Maison-Blanche un grand colloque sur les questions santé et environnement, avec la publication d’un texte, «Pourquoi est-ce qu’un accord sur le climat à Paris est bon pour les Etats-Unis». Ce qu’on voit par rapport à Copenhague, c’est que les solutions du terrain avancent en même temps que les engagements sur le texte de l’accord.

Et comment faire pour que les pays pauvres se sentent aussi concernés?
–Les pays pauvres, non seulement, ne peuvent pas investir mais ils sont les principales victimes du réchauffement climatique. Ils subissent les choix des pays industrialisés lors des décennies passées. Ces pays doivent pouvoir accéder aux technologies durables et au développement économique. Comme pour le reste du cheminement vers Paris, la méthode est la préparation en amont. L’ONU tiendra une conférence mondiale à Addis-Abeba sur le financement du développement en juillet. C’est une phase clé de la réussite de Paris!

Quels enjeux à Addis-Abeba?
–Cette conférence doit clarifier l’engagement du fonds vert et la façon dont il va fonctionner. Il doit mettre en place les modalités de répartition des 100 milliards de dollars promis à Copenhague. Les pays émergents et les pays les plus pauvres de la planète en attendent beaucoup. Là encore, les choses progressent. Puisque les différents réseaux financiers, bancaires, assurantiels et la Banque mondiale en premier plan travaillent, vont s’engager et proposer des mécanismes de financement simples.

Le coup de main du pape François est-il le bienvenu?
–C’est plus qu’un coup de main! Quand le pape François est allé aux Philippines, il y a eu 6 millions de personnes dans un pays qui a été ravagé par un tsunami faisant 7000 morts. Le pape François a eu le courage d’avoir un discours très radical, très inspiré de l’écologie intégrale. Il met le doigt sur un certain nombre de problèmes comme les égoïsmes, l’appât du gain, la société de gaspillage. Il dit très clairement les choses qui doivent être dites et en même temps il ouvre des chemins d’espoir. Parce qu’il répète que les êtres humains ont la capacité de répondre aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés. Ce texte extrêmement fort va imprégner les débats de certains et permettre aussi de dépolitiser le sujet. (24 heures)

Créé: 26.06.2015, 09h57

La France, puissance écologique et nucléaire…

Quelle est la responsabilité de la France dans le résultat de la COP21?

–C’est d’abord une conférence des Nations Unies et la France organise simplement l’événement. Mais cela la contraint à l’obligation d’être exemplaire pour elle-même. Nous devons remplir nos obligations de 40% de gaz
à effet de serre à l’horizon 2030. C’est ce que je fais avec la loi de transition énergétique. Le débat parlementaire a été accéléré pour que, au moment où se tiendra la conférence internationale, la France soit claire sur son modèle énergétique d’une part, et sur la montée en puissance des énergies renouvelables d’autre part.

La France devient une grande puissance écologique, dites-vous. Est-ce un objectif d’être leader?

–Je ne veux pas forcément qu’elle soit leader, je veux que la France facilite les choses. J’aimerais qu’elle applique vraiment ses engagements et qu’elle entraîne peut-être les autres. La loi de transition énergétique inclut par exemple une disposition pour l’instant unique au monde.L’obligation pour les entreprises de présenter à leur conseil d’administration des comptes intégrant le risque climatique, leur empreinte carbone et leur stratégie d’investissement pour tenir compte de l’objectif des 2?degrés.

Quelle est, très franchement, votre position sur le nucléaire?

–Ma position très franche est tout entière dans la loi de transition énergétique. Le nucléaire est l’une des bases du modèle énergétique français, mais il faut en réduire la part pour pouvoir monter en puissance sur le renouvelable. Donc la part du nucléaire à l’horizon 2025 va passer de 75% de la production d’électricité à 50%. Et parallèlement le renouvelable passera à 32%. Nous investissons aussi dans la nouvelle génération de réacteurs. Le nucléaire n’est pas en voie d’extinction. C’est une filière qui se modernise et qui réduit sa part. La nouvelle génération de réacteurs utilisera moins de combustibles et, à terme, les déchets nucléaires anciens. Donc l’avenir du nucléaire, c’est le recyclage des déchets comme nouveau combustible. Au même titre que dans l’économie circulaire, il y a cette réflexion sur la manière dont les déchets des uns peuvent devenir la matière première des autres.

Articles en relation

François Hollande en campagne… pour le climat et l’emploi

Genève/ONU Le chef de l’Etat français a prononcé un discours très politique à la Conférence internationale du travail. Plus...

Hollande: «Agir pour le climat, c'est agir pour la croissance»

Genève Le président français est arrivé au Palais des Nations pour parler emplois verts. Il a appelé tous les partenaires sociaux à se mobiliser en s'adressant à la Conférence internationale du travail. Plus...

François Hollande, le climat comme nouvel objectif

Environnement Vice-président du GIEC, Jean Jouzel explique les enjeux du sommet de Paris. Le président français, dont il est conseiller environnemental, vient à Genève pour convaincre Plus...

Ségolène Royal parle climat avec le prince Charles et l'invite à Paris

France La ministre française, qui a rencontré le prince Charles dans sa résidence londonienne, a invité le prince de Galles à venir pour la conférence sur le climat. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.