Sepp Blatter, roi déchu, rattrapé par la justice

FIFAgateLe président démissionnaire de la FIFA aurait effectué un versement déloyal à Michel Platini, selon le Ministère public de la Confédération. La machine s’emballe.

Sepp Blatter (à dr.), président démissionnaire de la FIFA, est sous le coup d’une «procédure pénale» pour «soupçon de gestion déloyale» et «abus de confiance». Est notamment mis en cause un «versement déloyal» de 2 millions de francs à Michel Platini, patron de l’UEFA (à g.).

Sepp Blatter (à dr.), président démissionnaire de la FIFA, est sous le coup d’une «procédure pénale» pour «soupçon de gestion déloyale» et «abus de confiance». Est notamment mis en cause un «versement déloyal» de 2 millions de francs à Michel Platini, patron de l’UEFA (à g.). Image: AP

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L’étau de la justice semblait menaçant, cette fois, il s’est bel et bien resserré sur Sepp Blatter. Le président démissionnaire de la FIFA est sous le coup d’une «procédure pénale», pour «soupçon de gestion déloyale» et «abus de confiance», a annoncé hier le Ministère public de la Confédération. Est notamment mis en cause un «versement déloyal» de deux millions de francs à Michel Platini, le patron de l’UEFA et candidat (jusqu’ici) très pressenti pour succéder au Valaisan à la tête de la FIFA, en février 2016. Sepp Blatter a été entendu par la justice suisse en qualité de «prévenu», tandis que le Français a été auditionné en qualité de «personne appelée à donner des renseignements».

Autant dire que l’annonce fait l’effet d’une bombe. D’autant que l’après-midi même, Sepp Blatter était attendu au siège de la FIFA par 150 journalistes du monde entier! Il devait prendre la parole à 14 heures dans le cadre d’une conférence de presse censée conclure une réunion du comité exécutif.

Ce devait être la première prise de parole du Valaisan depuis la mise à l’écart, la semaine dernière, du secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke. Le Français avait été mis en cause par Benny Alon, un ancien joueur de football israélien, qui l’accuse d’avoir perçu des commissions sur une revente de billets pour la Coupe du monde de 2014 au Brésil, ce que nie Jérôme Valcke. Pour l’heure, personne ne saura ce que pense Sepp Blatter de cette énième affaire. Car hier, la conférence n’a pas eu lieu. A la place, les hommes du Ministère public de la Confédération perquisitionnaient les bureaux de la FIFA et saisissaient des données…

Deux soupçons sur Blatter
La justice suisse n’a donné que peu de détails sur les faits reprochés. Sur le versement présumé à Michel Platini, elle évoque un montant de deux millions de francs versé par Sepp Blatter en 2011 «au préjudice de la FIFA» pour des «travaux prétendument effectués entre 1999 et 2002», travaux dont la nature n’est pas précisée. Hier soir, le patron de l’UEFA réagissait: «En ce qui concerne le paiement qui a été effectué en ma faveur, je désire clarifier que ce montant m’a été versé pour le travail que j’ai accompli de manière contractuelle pour la FIFA et je suis satisfait d’avoir pu éclaircir ce point envers les autorités.»

Il est aussi reproché à Sepp Blatter d’avoir «signé un contrat défavorable à la FIFA avec l’Union caribéenne de football», dont le Trinidadien Jack Warner, poursuivi par la justice américaine, était le président. Ce contrat vendait très en dessous des prix du marché, à 600'000 dollars, les droits de diffusion TV des Coupes du monde de 2010 et 2014 à Jack Warner. Le Trinidadien aurait empoché des profits de 17 millions de dollars grâce à ce contrat, avant que la FIFA ne le résilie en 2011. Cette affaire avait été révélée il y a quelques jours par la chaîne de télévision suisse alémanique SRF.

Hier, le Ministère public de la Confédération rappelait que Sepp Blatter, comme tout prévenu, «est présumé innocent». La FIFA, elle, s’est contentée d’un bref communiqué pour dire qu’elle coopérait avec la justice suisse depuis le 27 mai. Dans son style bien à elle, la FIFA avait tout de même fait savoir jeudi qu’en ce qui concerne le cas Valcke, elle donnait accès à la justice, «sous condition», aux e-mails du secrétaire général aujourd’hui suspendu.

Une «mi-temps» bien entamée
Indiscutablement, les enquêtes ouvertes sur le fonctionnement des instances dirigeantes du football mondial avancent à grandes enjambées. Si on en est «à la première mi-temps de l’enquête», comme le disait récemment le procureur général Michael Lauber, le score ne reste pas vierge. Coup sur coup, la Suisse a donné son feu vert ces derniers jours à l’extradition aux Etats-Unis de deux hauts cadres de la FIFA, l’Uruguayen Eugenio Figueredo et le Vénézuélien Rafael Esquivel. Ils figuraient parmi les quatorze personnes arrêtées en mai à Zurich à la veille du congrès qui avait vu la réélection houleuse de Sepp Blatter à la tête de la FIFA, avant que ce dernier ne quitte le terrain. Et l’on saura le 2 décembre, a fait savoir hier la justice trinidadienne, si un acteur clé de la procédure américaine, le sulfureux Jack Warner, sera extradé vers les Etats-Unis.

Tout ce petit monde est-il prêt à se mettre à table, sur fond de règlements de comptes? Une chose est sûre, le dossier FIFA semble s’accélérer, toutes les figures du football mondial, jusqu’à son sommet, ayant désormais à s’expliquer. Pour la première fois, ces enquêtes laissent entrevoir le linge sale que la FIFA, durant des années, s’est crue capable de laver en famille, bien à l’abri des regards extérieurs.

Loretta Lynch, la ministre américaine de la Justice, a annoncé la couleur le 14 septembre à Zurich: aux Etats-Unis, d’autres personnes vont bientôt être poursuivies. Les hommes de la FIFA n’ont sans doute pas fini de trembler.

Créé: 26.09.2015, 10h57

Histoire d’un drôle de duo à la tête du football…

On devrait être surpris, mais l’est-on seulement? Si l’immense scandale de corruption qui secoue la FIFA depuis plusieurs mois existe, difficile de l’envisager sans dégâts collatéraux. Aujourd’hui, le nom de Michel Platini apparaît donc au côté de celui de Sepp Blatter, visé par une procédure pénale du Ministère public de la Confédération. Autrement dit, le président de l’UEFA, favori à la succession du président de la FIFA, autour duquel l’étau se resserre. On devrait être surpris; on ne l’est plus.
Parce que l’histoire de ces deux hommes forts du football international n’a eu de cesse de se croiser, de se nouer, de se défaire ou de se déchirer. Blatter et Platini, c’est d’abord le moment d’une idylle commune à la fin des années 90 et au début de 2000, quand l’ex-stratège de la Juventus était le conseiller spécial de Sepp Blatter. Avant de devenir un membre influent du comité exécutif de la FIFA. Avant, aussi, de voler de ses propres ailes pour prendre la présidence de l’UEFA dès 2007, avec la bénédiction et l’appui de son mentor haut-valaisan.

Depuis, la relation s’est pour le moins distendue. En réalité, c’est une guerre de tranchées que se livrent désormais les deux hommes. Le Suisse a voulu s’accrocher à son poste, en plein scandale; le Français a voulu l’en déloger. Et il faudrait que dans cette relation-là, il y ait un diable et un ange?

«Platini, il est de la même école que Blatter», a résumé Romario, ex-star du Brésil. Dans l’exercice du pouvoir à haute dose, présenté d’abord comme un «chevalier blanc», Michel Platini a aussi sa part d’ombre. Par exemple pour n’avoir rien dit alors que justement il siège au Comité exécutif de la FIFA depuis treize ans: s’il n’a rien vu, c’est embêtant; s’il savait, c’est pire.

Platini, c’est l’aura d’un joueur d’exception qui a contribué à faire élire Blatter à la présidence de la FIFA, en 1998, avant de vouloir prendre sa place. Pour une réelle réforme? Il a été entendu par la justice helvétique «en qualité de personne appelée à donner des renseignements». Il faudra bien faire la lumière sur ces deux millions versés en 2011 par la FIFA. Mais Platini peut-il encore incarner l’idée d’un renouveau loin des «affaires», peut-il être celui qui conduira ce processus indispensable après que son nom a été mêlé, désormais et à tort ou à raison, au scandale? Daniel Visentini

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