Qui serrera la main de MBS? Casse-tête au sommet du G20

Affaire Khashoggi S’afficher aux côtés du prince saoudien est un cauchemar pour certains des leaders réunis ce vendredi et samedi en Argentine.

Le prince Mohammed Ben Salmane.

Le prince Mohammed Ben Salmane.

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Il s’annonce tendu, le sommet du G20, ce vendredi et samedi en Argentine. Il y a Vladimir Poutine qui débarque en pleine escalade militaire entre Russie et Ukraine. Et Donald Trump risque de réitérer ses attaques frontales contre la Chine de Xi Jinping, comme au sommet de l’APEC en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais le véritable casse-tête diplomatique, c’est la présence du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé «MBS». Qui donc acceptera de s’afficher à côté de l’homme fort de Riyad, soupçonné d’avoir commandité le meurtre le 2 octobre à Istanbul de son compatriote Jamal Khashoggi? Qui osera serrer la main du commandant militaire à la tête de la coalition arabe qui mène des frappes indiscriminées au Yémen et impose un blocus menant à la pire crise humanitaire du monde?

L’hostilité est partout. Avant son arrivée mercredi à Buenos Aires, le prince a subi à Tunis l’affront de manifestants criant «Dégage, assassin!» et brandissant qui une scie (utilisée pour démembrer Jamal Khashoggi) qui un drapeau yéménite. Par ailleurs, la Justice argentine a été saisie cette semaine d’une plainte contre MBS pour crimes contre l’humanité au Yémen, où des frappes apparemment indiscriminées ont été menées sur des maisons, des écoles, des hôpitaux, des marchés ou encore des mosquées. Selon L’ONG étasunienne Human Rights Watch a introduit cette procédure lundi, en vertu de la compétence universelle reconnue par la Constitution argentine. L’ONG tient MBS pour responsable aussi des tortures et exécutions extrajudiciaires d’activistes saoudiens. Le juge fédéral Ariel Lijo a chargé le procureur général Ramiro Gonzalez d’examiner la plainte. Ambiance.

Trump sur la corde raide

Donald Trump n’a cessé de justifier sa loyauté avec Mohammed ben Salmane, «partenaire fiable» au Moyen-Orient et garant de juteux contrats d’armements avec les États-Unis, n’hésitant pas à balayer le rapport de la CIA qui incrimine le prince saoudien dans le meurtre à Istanbul du résident étasunien Jamal Khashoggi. Pourtant, le président n’a pas prévu de rencontrer en tête à tête l’homme fort de Riyad.

Officiellement, son agenda est surchargé. Mais cette prudence assez inhabituelle n’est sans doute pas sans lien avec le coup de semonce du Sénat des États-Unis. La Chambre haute du Congrès, pourtant à majorité républicaine, est en effet entrée en matière mercredi sur une résolution qui mettrait un terme à toute forme de soutien militaire à l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen. Le débat parlementaire sera ouvert la semaine qui vient et débouchera sur un vote final. Or, si des voix républicaines ont soutenu cette résolution démocrate, c’est que les sénateurs sont furieux de n’avoir pas pu interroger la directrice de la CIA, Ms Gina Haspel, sur l’affaire Khashoggi. Ils menacent de tout bloquer s’ils n’obtiennent pas satisfaction. Ce n’est donc pas le moment de les provoquer!

Macron et May embarrassés

Ni le président français ni la première ministre britannique n’ont fait suspendre les ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Tous deux en difficulté sur le plan intérieur, ils ne veulent pas renoncer à des contrats, mais pas non plus paraître complices. Selon l’ONG Save the Children, la famine et les épidémies ont tué 85 000 enfants de moins de 5 ans au Yémen depuis 2015. Au moins le Royaume-Uni fait-il campagne à l’ONU pour un cessez-le-feu et la reprise des convois humanitaires. Quant au premier ministre canadien Justin Trudeau, il a décidé de ne plus signer de ventes d’armes… mais honore les contrats existants!

Merkel sans concession

La chancelière allemande, elle, a stoppé les (modestes) ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Angela Merkel peut se permettre une froideur sans compromis. Mais évitera-t-elle la photo de groupe?

Erdogan à la manœuvre

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lui, a accepté la tenue d’un tête à tête réclamé par MBS. Pourtant, Ankara n’a cessé d’affirmer que l’ordre d’assassiner Khashoggi venait des «plus hauts niveaux» du régime saoudien, prenant garde d’exonérer le roi Salmane sans jamais rien dire au sujet du prince héritier. Pour certains observateurs, la rencontre bilatérale serait le signe que Riyad a passé un accord (probablement financier) avec une Turquie en pleine crise économique. Le président russe Vladimir Poutine, lui aussi, aura un entretien avec MBS. Après tout, il défend bien son homologue syrien Bachar el-Assad!


Le cas de Saad Hariri, prélude à l’affaire Khashoggi

Avant le meurtre de Jamal Khashoggi, il y a eu, en novembre 2017, la séquestration du premier ministre libanais Saad Hariri et de plusieurs princes et hommes d’affaires saoudiens. Un événement qui préfigurait déjà ce qui s’est passé en Turquie. Si Saad Hariri garde le silence sur le traitement qu’il a enduré lors de son séjour forcé à Riyad, les témoignages qui ont commencé à filtrer dans la presse anglo-saxonne montrent que le prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed ben Salman (MBS) n’a pas hésité à avoir recours à la force et à l’intimidation pour obtenir la démission de ce dernier.

Selon le «New Yorker», Saad Hariri aurait été séquestré dans la même salle pendant onze heures d’affilée, placé sur une chaise et giflé à répétition. «Ce n’est pas de la torture, mais il a été secoué», a confié un témoin. Parmi ses geôliers, trois des conseillers les plus proches de MBS, parmi lesquels Saoud Al-Qahtani, directeur adjoint de l’Agence nationale du renseignement. L’homme qui aurait demandé qu’on lui rapporte «la tête de ce chien» de Khashoggi. C’est le même qui va superviser la détention de Saad Hariri. Lequel se voit alors reproché de ne pas s’être acquitté de la mission confiée par le prince: transmettre à Ali Akbar Velayati, le conseiller diplomatique du Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, venu à Beyrouth la veille, un message de Riyad sommant Téhéran de cesser d’interférer dans les affaires arabes.

Un manquement insupportable pour MBS, qui a contraint et forcé le premier ministre libanais à annoncer une démission sur laquelle il est revenu une fois libéré. Visiblement, Saad Hariri est encore celui qui s’en serait le mieux sorti. Récemment, NBC a rapporté que les princes et hommes d’affaires saoudiens qui avaient été détenus au Ritz-Carlton de Riyad avaient été soumis à divers types de sévices, de tortures et d’extorsions. La seule privation de sommeil aurait entraîné l’hospitalisation de dix-sept détenus. Un régime de détention auquel n’a pas survécu le général major Ali Bin Abdullah Al-Qahtani, l’une des personnalités les plus en vue du temps du roi Abdallah.

Alain Jourdan

Créé: 29.11.2018, 21h55

La déterminée

Angela Merkel est la seule à avoir stoppé les ventes d’armes aux Saoudiens. Femme de principe, elle se tiendra à l’écart de MBS.

L’ambigu

Emmanuel Macron vend des armes aux Saoudiens mais ne veut pas paraître complice de MBS. Il est déjà en difficulté en France.

L’accusateur

Pour le président Erdogan, Riyad a ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi. Le prince MBS va-t-il acheter son silence?

Le grand allié

Pour Donald Trump, les contrats avec MBS priment sur les droits de l’homme. Mais il est sous pression du Sénat des Etats-Unis.

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