«Seule certitude, l’avion d’EgyptAir a explosé en vol»

Tragédie en Méditerranée Parti de Paris, l’appareil s’est abîmé avant d’atteindre les côtes égyptiennes. L’expert en accidentologie aérienne Ronan Hubert prédit une longue enquête

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Que s’est-il passé à bord de l’Airbus A320 d’EgyptAir, parti mercredi à 23 h 09 de Paris Charles-de-Gaulle à destination du Caire, et qui a soudainement disparu des radars après 3 heures et demie de vol? Il faudra sans doute beaucoup de temps aux enquêteurs pour répondre à cette question, tant les zones d’ombre sont encore nombreuses sur cette tragédie. L’appareil volait avec 66 personnes à bord, dont 56 passagers, parmi lesquels 30 Egyptiens et 15 Français.

Dans quelles circonstances l’avion a-t-il disparu?

Parti de Paris peu après 23 h, l’appareil a volé normalement jusqu’au-dessus des îles grecques de la mer Egée. Les contrôleurs aériens grecs ont eu un échange radio avec les pilotes aux alentours d’1 h 50 (heure suisse), et aucun problème n’a été signalé. Mais à 2 h 39, soit quelques minutes après être entré dans l’espace aérien égyptien, l’avion n’émettait plus de signal. Selon des sources militaires grecques, l’appareil ou ce qu’il en restait aurait effectué deux virages brutaux à 2 h 37, avant de chuter. «Ce dont on est certain à ce stade, c’est que l’avion a explosé en vol, il s’est désintégré», relève Ronan Hubert, expert en accidentologie aérienne. «S’il avait un problème technique, les pilotes auraient eu le temps de le signaler. Il faut aussi savoir que dans une zone telle que la Méditerranée, un avion est en permanence sous contrôle».

Où se concentrent les recherches?

La zone des recherches, dans lesquelles se sont engagées la Grèce, l’Egypte et la France, se sont rapidement concentrées entre l’île grecque Karpathos, en mer Egée, et les côtes égyptiennes. Des gilets de sauvetage flottant à la surface de l’eau ont été repérés au large de cette île, annonçaient jeudi soir les autorités égyptiennes. Dans la foulée, le vice-président d’EgyptAir affirmait sur CNN que des éléments de l’épave avaient été retrouvés. La Grèce dément.

La piste d’une défaillance technique est-elle privilégiée?

Pas à ce stade. Ce que l’on sait, c’est que l’Airbus A320 comptait 48 000 heures de vol, ce qui n’en fait pas un vieil appareil. Il n’y avait pas de cargaison spécifique à bord. Le pilote, avec 6000 heures de vol à son actif, était expérimenté. La compagnie n’a pas connu d’incidents majeurs récents, sinon le détournement d’un appareil le 29 mars dernier par un déséquilibré, qui s’est rendu. Le 31 octobre 1999, un avion d’EgyptAir était tombé dans l’océan Atlantique avec 217 personnes à bord. Les enquêteurs américains avaient conclu à un suicide du pilote, thèse contestée par les Egyptiens.

Et l’hypothèse d’un attentat?

Cette piste non plus ne peut être privilégiée pour l’heure. «Une défaillance technique, comme des fissures de la carlingue, tout comme un acte malveillant peuvent être à l’origine de l’explosion d’un avion en vol», explique encore Ronan Hubert.

Ce que l’on peut dire à ce stade dans le cadre d’une hypothèse d’attentat, c’est que la France comme l’Egypte sont deux pays exposés au terrorisme islamique. Le 31 octobre 2015, un avion russe avec 224 personnes à bord avait été la cible d’un attentat au-dessus du Sinaï, acte revendiqué par le groupe Etat islamique. Un engin artisanal explosif avait suffi à créer un trou dans la carlingue et faire exploser l’avion.

Sans s’avancer, le ministre égyptien de l’aviation civile évoquait jeudi «une plus grande probabilité d’un acte terroriste qu’une défaillance technique». Mais Le Caire a aussi fait savoir qu’aucun des passagers du vol ne suscitait la moindre inquiétude d’un point de vue sécuritaire; des vérifications sont en cours.

Comment l’enquête va-t-elle se dérouler?

«A partir du moment où des débris seront localisés et récupérés, l’enquête va se focaliser sur les éléments constitutifs de l’appareil, poursuit l’expert. Les enquêteurs se concentreront sur les raisons de l’explosion en vol. Ils chercheront à savoir si des éléments de l’avion présentaient une défaillance, appuyant la thèse de l’accident, ou s’il y a des traces d’explosifs sur les pièces récupérées, ce qui conduirait à la piste terroriste.» Et bien évidemment, les boîtes noires devraient fournir de précieuses informations, puisqu’elles restituent les conversations des pilotes et les données du vol jusqu’à l’impact. Autant dire, un long puzzle à reconstituer.

Créé: 19.05.2016, 21h38

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