Simone Veil et son mari Jean entrent «dans un lit à deux places» au Panthéon

HommageSimone Veil sera dimanche la cinquième femme à entrer au «cimetière des grands hommes». La cérémonie, qui se veut populaire, perpétuera le souvenir de la Shoah et célébrera son idéal: la construction européenne

Emmanuel Macron, à l'heure d'évoquer Simone Veil: «Jamais de cette vie nous ne pourrons peser exactement l’invincible ardeur, l’élan profond vers ce qui est juste et bien, et l’énergie inlassable à le faire triompher.»

Emmanuel Macron, à l'heure d'évoquer Simone Veil: «Jamais de cette vie nous ne pourrons peser exactement l’invincible ardeur, l’élan profond vers ce qui est juste et bien, et l’énergie inlassable à le faire triompher.»

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Jamais elle n’imaginait reposer un jour au Panthéon, elle qui se sentait toujours «illégitime». C’est son mari, Antoine, qui l’avait pressenti. Lui qui avait partagé 67 ans de sa vie, avant de la précéder de trois ans dans la mort, avait confié dans un clin d’œil à l’un de leurs fils, Jean: «Arrange-toi pour nous trouver un lit à deux places». Le grand ténor du barreau Français, qui parle toujours de sa mère en disant humblement «maman», en avait parlé à Emmanuel Macron. Le président a accédé à sa demande. Simone Veil fera donc son entrée dimanche au Panthéon, et son époux l’y accompagnera pour y reposer avec elle. Pour la cinquième fois, une femme sera enterrée au «cimetière des grands hommes».

Un départ du mémorial de la Shoah

Un an tout juste après sa disparition à l’âge de 89 ans, Simone Veil reste le symbole d’une histoire douloureuse où le crime le plus atroce côtoie l’idéal d’émancipation et de liberté. C’est du mémorial de la Shoah, dans le Marais, que partira dimanche matin le cortège emmenant la dépouille de celle qui, arrêtée à seize ans à Nice, avait été déportée en 1944 à Auschwitz-Birkenau via Drancy.

Son père, sa mère et son frère ne reviendront jamais des camps. Seules survivront Simone et ses deux sœurs, Denise et Madeleine. Une histoire dont elle n’aura de cesse de témoigner pour perpétuer le souvenir auprès des jeunes générations. Une histoire qui guidera aussi le combat pour l’Europe de celle qui fut, en 1979, la première femme élue au suffrage universel comme présidente du Parlement européen.

Alors que le continent traverse une crise sans précédent, la cérémonie tentera de raviver la flamme à force de symboles. C’est ainsi sur un tapis bleu, symbole de la paix et de l’entente entre les peuples, que les cercueils, ornés des drapeaux tricolores, remonteront la rue Soufflot portés par la garde républicaine. Et «L’Hymne à la Joie de Beethoven» trouvera sa place dans la partition musicale, autant que «Le Chant des déportés», «Nuit et Brouillard» de Jean Ferrat et «la Marseillaise», que chantera la cantatrice Barbara Hendricks.

«Merci Simone»

Après l’hommage présidentiel rendu il y a tout juste un an aux Invalides, Emmanuel Macron prononcera une nouvelle fois un discours. Lui qui aime tant glorifier les héros pour en faire les modèles du récit national trouvera en Simone Veil une source d’inspiration inégalée.

«Jamais de cette vie nous ne pourrons peser exactement l’invincible ardeur, l’élan profond vers ce qui est juste et bien, et l’énergie inlassable à le faire triompher. Cette vie de femme offre à notre regard des abîmes dont elle aurait dû ne pas revenir et des victoires éclatantes qu’aucune autre qu’elle n’aurait su emporter», avait déclaré le président l’an dernier.

Ses prédécesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy seront là, mais pas Valéry Giscard d’Estaing, retenu en province par une exposition qui lui est consacrée. C’est pourtant dans les pas de ce président que Simone Veil avait inscrit les siens.

Millions de message de sympathie

Mais, imaginée de concert avec la famille de Simone Veil, la cérémonie se voudra aussi populaire. Jean et Pierre-François Veil, ses deux fils disent avoir reçu des milliers, des millions de messages de sympathie depuis sa mort. Mais aussi, encore et toujours, quelques messages de haine.

Comme ces marques ignominieuses qu’elle avait dû subir en défendant, comme ministre de la Santé, il y a plus de quarante ans, la loi sur l’IVG: une croix gammée dans le hall de son immeuble, des fœtus exhibés dans un bocal et on en passe. Pour que la communion ne soit pas célébrée que par les mille invités triés sur le volet, cinq écrans géants seront ainsi installés sur le parcours, dont un au Jardin du Luxembourg. Et des affiches diront en toute simplicité: «Merci Simone».

Dès la fin d’après-midi, le public pourra par ailleurs se recueillir dans la nef du Panthéon où les cercueils des époux Veil seront exposés avant d’être descendus lundi dans la crypte. Là, ils trouveront leur dernière demeure à côté des résistants Jean Moulin, André Malraux et Pierre Brossolette et non loin de la plaque en mémoire des Justes.

Créé: 29.06.2018, 15h18

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