Le Sinn Féin met fin au bipartisme historique irlandais

IrlandePour la première fois depuis l’indépendance de la République d’Irlande, le Sinn Féin est arrivé en tête d’une élection générale. Il réclame un référendum sur la réunification des deux Irlande.

La cheffe du Sinn Féin, Mary Lou McDonald.

La cheffe du Sinn Féin, Mary Lou McDonald. Image: AP

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La révolution politique irlandaise est en marche. «Cette élection est sismique et historique, guidée par la demande de changement de la population», s’est félicitée mardi sa cheffe, Mary Lou McDonald. «Nous voulons montrer à quoi un gouvernement peut ressembler lorsque les citoyens et les familles sont placés au centre de ses priorités.»

Pour la première fois depuis 1932, date de la première élection post-indépendance, le Sinn Féin est arrivé en tête du scrutin national, comme l’ont confirmé les résultats définitifs, dévoilés dans la nuit de lundi à mardi. Avec 24,5% des votes de première intention, ce parti de gauche a ainsi devancé le Fianna Fail (22,2%) et le Fine Gael du premier ministre sortant Leo Varadkar (20,9%), deux partis de centre droit qui se partagent le pouvoir depuis près de huit décennies.

Années troubles

Le Sinn Féin participe depuis 1987 aux élections générales de la République d’Irlande. Il avait obtenu son meilleur score il y a quatre ans, glanant 13,8% des voix. «Son attraction était jusqu’alors limitée par son histoire récente, caractérisée par un homme: Gerry Adams, un Irlandais du Nord au passé trouble», assure Michael Gallagher, professeur de science politique de l’université Trinity College. Chef historique du parti, ancien meneur présumé de l’armée républicaine irlandaise – la célèbre IRA dont ses membres ont revendiqué des centaines d’attentats au cours des quarante dernières années –, il personnalisait pour de nombreux Irlandais le terrorisme et la mort.

Sa retraite il y a très exactement deux ans a permis à Mary Lou McDonald, une Dublinoise de 50 ans devenue vice-présidente du parti dès 2009, de larguer une partie de ce lourd héritage. Et ainsi de profiter de «son excellente organisation sur le terrain, qui lui permet de transmettre ses messages aux électeurs», aux dires de Michael Gallagher.

Même s’il a quasi doublé le nombre de votes reçus en 2016, le Sinn Féin pourrait néanmoins regretter son manque d’ambition initial. N’ayant présenté que 42 candidats contre 84 et 82 chez ses deux principaux concurrents, le Sinn Féin n’a obtenu que 37 députés au parlement irlandais. Il est devancé par le Fianna Fail (38 députés) et dispose d’une faible avance sur le Fine Gail (35 députés).

Le nerf de la guerre

La baisse des deux grands partis s’est réalisée en deux temps. En 2011, à la suite de la crise économique vécue par le pays, le Fianna Fail a été écarté du pouvoir qu’il détenait sans interruption depuis 1932. Au bord de la faillite, l’Irlande avait réclamé un crédit de 85 milliards d’euros au Fonds monétaire international (FMI) et à l’Union européenne. À la recherche de stabilité, les électeurs avaient alors opté pour le deuxième pilier du paysage politique national, le Fine Gail.

Neuf ans plus tard, les statistiques macroéconomiques très positives (une croissance de 8,2% en 2018 et une prévision de 5,6% pour 2019) semblent s’être retournées contre le gouvernement: pourquoi le premier ministre Leo Varadkar n’a-t-il pas traduit ces performances économiques par une amélioration du quotidien des Irlandais? Pourquoi n’a-t-il pas enrayé la fragilisation du système de santé et mis fin au retard dans la construction de logements sociaux, qui a entraîné une hausse continue des loyers?

Les dirigeants du Fine Gael semblent avoir oublié que les électeurs ne calculent pas la réussite d’un gouvernement à la croissance du PIB mais à l’évolution de leur niveau de vie. «Il est temps que les gens ordinaires profitent de la reprise économique dont ils ont tellement entendu parler», a ainsi attaqué la cheffe du Sinn Féin.

Mary Lou McDonald tentera au cours des prochains jours de trouver un accord avec l’ensemble des petites formations politiques de gauche ou, à défaut, avec le chef du Fianna Fail. Quel que soit le résultat de ces tractations, elle a prévenu que les partis au pouvoir doivent se préparer à l’organisation d’un référendum sur l’unification des deux Irlande. «C’est la direction de voyage du pays», a-t-elle imagé. Même si Gerry Adams est parti, l’objectif ultime du Sinn Féin n’a clairement pas changé.

Créé: 11.02.2020, 21h59

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