Le sombre avenir présenté par les scientifiques

ClimatÀ partir de lundi, à deux mois de la COP24, le dernier rapport du Giec va être étudié par les délégués des Etats de l'ONU.

Dans deux mois, aux négociations climat de la COP24, les pays doivent entamer un processus de révision de leurs engagements de 2015, insuffisants car promesse d'un monde à  3°C. (Photo d'archives)

Dans deux mois, aux négociations climat de la COP24, les pays doivent entamer un processus de révision de leurs engagements de 2015, insuffisants car promesse d'un monde à 3°C. (Photo d'archives) Image: AFP

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Réunis en Corée du sud, les délégués des Etats de l'ONU se penchent à partir de lundi sur le dernier rapport des scientifiques du Giec, constat implacable de la montée des dérèglements climatiques et du retard pris pour les contrer.

Soumis à leur approbation, le texte, basé sur 6000 études scientifiques, met en garde contre des impacts forts à 1,5°C de réchauffement, et liste les options, désormais limitées, pour agir si le monde veut rester sous ce seuil (dont 1°C est déjà acquis du fait des gaz à effet de serre déjà émis).

C'est à la COP21 à Paris fin 2015 que l'ONU avait chargé son Groupe des experts du climat (Giec) de produire un rapport sur l'objectif 1,5°C. Les Etats venaient de s'engager à réduire leurs émissions pour rester «bien-en deça de 2°C» par rapport à l'ère pré-industrielle.

L'ajout de l'engagement à «poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C», arraché en dernière minute, était d'abord une revendication des Etats les plus vulnérables, comme les petites îles. Mais la recherche en a depuis précisé les implications et revu le curseur des risques, dans un monde déjà secoué par une recrudescence de vagues de chaleur et autres feux de forêts.

Faisable?

«Il y a trois ans il n'y avait pas beaucoup de littérature scientifique sur un réchauffement à 1,5°C,» explique Jim Skea, professeur à l'Imperial College de Londres et co-président du Giec. Le rapport de 400 pages décrit aujourd'hui une nette différence d'impacts entre 1,5 et 2°C, et ce partout, qu'il s'agisse d'ampleur des canicules, d'extinctions d'espèces ou de productivité agricole.

«C'est important car ça clarifie la question: oui, ça fait une grosse difference (1,5 ou 2)», dit Laurence Tubiana, architecte de l'accord de Paris. «Je me souviens de discussions avec pas mal de pays avant Paris, on nous disait: pourquoi 2°C? pourquoi pas 2,5°C?»

Pour autant, est-il encore faisable de rester à 1,5°C? Et ce alors que 2017 a vu les émissions mondiales issues de l'énergie repartir à la hausse...

«On ne donne pas de réponse simple», prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui co-présidera cette session coréenne du Giec. Mais «on est maintenant à la croisée des chemins. Regarder 1,5°C, c'est regarder ce qui va nous arriver, dans notre vie, pas à la génération suivante».

«Globalement ce rapport dit il faut que les émissions (atteignent leur pic) très vite , dès 2020», résume Laurence Tubiana. «Je crois qu'il faut l'utiliser pour dire il y a urgence, et des solutions ».

Stabiliser à 1,5°C exige une neutralité en émissions de CO2 au milieu du siècle, note aussi le projet de texte : ne plus émettre dans l'atmosphère plus que ce que nous sommes capables d'en retirer.

Échanges serrés

Alors comment risquent de réagir, à la réunion d'Incheon, les Etats appelés à approuver par consensus le «résumé à destination des décideurs», rédigé par les experts et qui leur sera présenté ligne par ligne ?

L'ONU n'a pas fixé la date de sortie de ce rapport de manière anodine: dans deux mois, aux négociations climat de la COP24, prévue en Pologne, les pays doivent entamer un processus de révision de leurs engagements de 2015, insuffisants car promesse d'un monde à 3°C.

A Incheon, les Etats ne sont pas censés toucher le fond du résumé, mais il pourra y avoir des échanges serrés sur les formulations, anticipent les habitués du processus. Il y a l'inconnue américaine. «Les Etats-Unis pourraient soutenir la science, comme ils l'ont fait dans le passé, ou se mettre à faire de l'obstruction,», dit un auteur sous couvert d'anonymat.

Selon le département d'Etat, Trigg Talley, vétéran de la diplomatie climat, a été chargé de conduire la délégation, un point «rassurant» pour les auteurs. Quid de l'Inde, qui a envoyé beaucoup de commentaires? Et de l'Arabie saoudite?

Cet été une soixantaine de gouvernements ont émis 3600 commentaires sur la version préliminaire, selon Valérie Masson-Delmotte: «pour le moment ça reste constructif».

La réunion doit durer jusqu'à vendredi, mais le rapport doit être rendu public officiellement lundi 8. (afp/nxp)

Créé: 01.10.2018, 02h45

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