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Affaire Ramadan«Je suis soulagé, j'ai dit une parole de vérité»

Alors que l'islamologue genevois vient de reconnaître des relations sexuelles consenties, la justice s'interroge sur son revirement.

Il continue à réfuter tout viol mais a finalement reconnu une relation sexuelle avec les deux femmes qui l'accusent: face aux juges, l'islamologue suisse Tariq Ramadan a justifié ses mensonges, se disant «soulagé» après avoir tenu pendant des mois une «position bête».

«Je voulais simplement revenir sur mes déclarations et la reconnaissance du fait que je n'avais pas dit la vérité, que j'avais menti. Sur les deux cas. Et donc qu'il y avait bien une relation sexuelle, totalement et absolument consentie», a concédé l'intellectuel musulman dès le début de son audition du 22 octobre, dont a eu connaissance l'AFP.

Inculpé de viols

Tariq Ramadan est incarcéré depuis son inculpation le 2 février pour le viol présumé de deux femmes. L'affaire avait éclaté en octobre 2017, avec la plainte de Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante laïque. Quelques jours plus tard, une autre femme, surnommée «Christelle» dans les médias, avait à son tour dénoncé dans une plainte un viol d'une grande violence.

Petit-fils du fondateur de la confrérie islamiste des Frères Musulmans, Tariq Ramadan a souvent été accusé par ses détracteurs de dissimuler le projet d'un islam politique sous couvert de discours réformiste.

Professeur d'études islamiques à Oxford au Royaume-Uni, «Frère Tariq» bénéficie d'une forte popularité dans les milieux musulmans conservateurs.

Il a nié des mois

Le célèbre prédicateur de l'islam francophone avait jusqu'ici nié toute relation sexuelle avec ces anciennes admiratrices, les qualifiant de «mythomanes». Mais la révélation fin septembre de centaines de SMS explicites exhumés d'un vieux téléphone de «Christelle» l'a contraint à solliciter cette audition et à faire volte-face.

Pendant près de deux heures ce lundi 22 octobre, le théologien suisse de 56 ans laisse poindre à plusieurs moments des signes d'agacement face aux questions des trois juges, qui lui demandent à plusieurs reprises d'être davantage synthétique, quand lui donne de nombreux détails crus de ses relations avec les deux accusatrices.

Une constante dans ses réponses: il assure ne jamais avoir imposé quoi que ce soit, même si les rapports sexuels pouvaient donner lieu à des étranglements ou à des gifles. «Rien n'a été fait en termes de relation contre sa volonté», affirme-t-il d'abord au sujet de Mme Ayari. Quant à Christelle, «j'ai toujours respecté la volonté de ma partenaire», poursuit-il.

«Que valent vos nouvelles déclarations ?»

«Même dans les moments de fougue et de domination, un non c'était un non», affirme l'islamologue.

Face à ce revirement, les juges tentent de savoir pourquoi Tariq Ramadan n'a pas admis plus tôt ces rapports sexuels, alors qu'il avait finalement concédé en juin des relations extra-conjugales de «domination» avec d'anciennes maîtresses et une troisième plaignante pour laquelle il n'est pas inculpé.

«Quand je suis arrivé le 31 janvier (date de son placement en garde à vue, ndlr), j'avais une première préoccupation qui était de défendre et de protéger ma famille et moi-même de cette espèce de déversement concernant ma vie privée. Et, donc, à un moment donné, je me suis tenu à cette position, c'était une erreur», détaille Tariq Ramadan. «C'était une position bête et je l'admets. Je me suis enfermé là-dedans bêtement», confesse-t-il quelques instants plus tard.

«J'ai été d'une grande naïveté»

Autre élément de sa ligne de défense: il raconte qu'il ne pouvait «pas imaginer que ces dépositions puissent être crédibles en quoi que ce soit». «J'ai vraiment pensé qu'on allait aller vers un non-lieu. J'étais à mille lieues de penser... Alors, aujourd'hui, en repensant à ces trois mois (entre les dépôts des plaintes et sa garde à vue, ndlr), je me dis que j'ai été d'une grande naïveté», explique Tariq Ramadan.

«Que valent vos nouvelles déclarations ?», demandent en conclusion les juges, après lui avoir rappelé ses dénégations répétées devant eux.

«Je suis soulagé, parce que j'ai dit une parole de vérité. Ce qu'elles valent, avec ce que vous avez sous la main maintenant, c'est que vous savez qu'il y a eu relation consentie sans viol», rétorque l'intellectuel, dont l'avocat a déposé lundi une quatrième demande de remise en liberté.

«Je ne suis pas un violeur. Les neuf mois de prison que vous m'avez infligés sont injustes, injustes et injustes», conclut-il au terme de cette brève audition où n'a pas été abordée la question de «l'emprise» dénoncée par les plaignantes.

AFP

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