«Soutenir la loi d’amnistie, c’est sauver le Venezuela!»

Amérique du sudL’icône de l’opposition au président Maduro est venue ce lundi à Genève chercher des appuis face au Tribunal suprême de Caracas

Lilian Tintori, la femme de Leopoldo Lopez, l’un des leaders de la contestation emprisonné, est devenue l’icône des opposants au président vénézuélien Nicolás Maduro.

Lilian Tintori, la femme de Leopoldo Lopez, l’un des leaders de la contestation emprisonné, est devenue l’icône des opposants au président vénézuélien Nicolás Maduro. Image: EPA

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Charme et détermination. En deux ans, Lilian Tintori est devenue l’icône des opposants au président vénézuélien Nicolás Maduro. Depuis l’arrestation en 2014 de son mari Leopoldo Lopez, l’un des leaders de la contestation, elle a été propulsée sur la scène internationale, d’autant plus que son époux a été condamné en septembre à 13 ans et 9 mois de prison pour «incitation à la violence».

Elle a déjà été reçue au Vatican par le pape, à Paris par Manuel Valls, à Madrid par Mariano Rajoy… Ce lundi à Genève, elle est venue prier Zeid Ra’ad Al Hussein, le haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, d’apporter son soutien à la loi d’amnistie votée le 29 mars par le nouveau parlement à Caracas. Une loi que le président chaviste demande au Tribunal suprême d’invalider.

«Le Venezuela compte 115 prisonniers politiques, dont 23 sont dans un état critique. Nous avons entamé une «Tournée de la liberté» pour mettre le plus de pression possible sur le Tribunal suprême afin qu’il n’annule pas la loi d’amnistie, qui est parfaitement constitutionnelle», martèle Lilian Tintori. «Nous voulons la réconciliation nationale. Nous réclamons le changement de système politique souhaité par 86% de la population. Et nous utiliserons tous les moyens démocratiques pour y parvenir. Nous avons déjà commencé à réunir les signatures nécessaires pour l’organisation du référendum révocatoire!» La Constitution prévoit en effet que le président puisse être destitué par un vote populaire à mi-mandat. C’est-à-dire dès le 19 avril.

Sans reprendre son souffle, l’activiste des droits de l’homme dénonce des conditions inhumaines de détention, des traitements dégradants et même la torture. Qu’en est-il pour son mari? «Sur lui, c’est surtout de la pression psychologique. Détenu dans la prison militaire de Ramo Verde, il est seul dans une tour dont les 12 autres cellules ont été laissées vides. La sienne, au quatrième étage, mesure 2,60 mètres sur 3,70. Il est filmé en permanence, y compris durant nos visites familiales, entre le vendredi et le dimanche. Des images sont diffusées sur les chaînes officielles. Tout ce qu’il dit est enregistré, même lorsqu’il s’entretient avec ses avocats.»

Tortures et humiliations

«Les humiliations sont constantes, assure Lilian Tintori. Quand on le déplace dans la prison, il n’a pas le droit de regarder les gardiens dans les yeux. Durant ses coups de fil de 4 minutes maximum avec ses enfants, la communication coupe s’il prononce un mot jugé politique. Avant certaines de mes visites, il est exigé que je me déshabille entièrement…»

»Mais dans les locaux de l’Hélicoïde (ndlr: siège du Renseignement), la torture est physique, assure-t-elle. Vingt détenus politiques y sont battus. Et trois autres ont été jetés dans «La Tombe», cellule d’isolement blanche au cinquième sous-sol. Des prisonniers disent avoir été violés, leurs parties génitales soumises à des électrochocs ou encore forcés de manger des vers de terre.»

Pour autant, l’espoir est franchement ténu de voir le Tribunal suprême donner raison à la nouvelle majorité parlementaire issue des élections du 6 décembre. Depuis que les deux tiers de l’hémicycle sont contrôlés par les opposants au successeur d’Hugo Chavez, aucune des nouvelles lois votées n’a obtenu l’aval de la plus haute instance juridique, dont la plupart des magistrats ont été nommés par le pouvoir «chaviste».

Le pari du ras-le-bol

Cela dit, «les refus du Tribunal suprême sont de plus en plus injustifiables et impopulaires», estime la députée Delsa Solórzano, qui a participé à la rédaction de la loi d’amnistie. Elle aussi est du voyage à Genève. «Notre texte a suivi toutes les étapes prévues par la Constitution. Maduro dit qu’elle mettrait en liberté criminels et terroristes, mais c’est faux. Est exclue de l’amnistie toute personne impliquée dans un trafic de drogue, du terrorisme ou un crime contre l’humanité. En réalité, chaque cas sera révisé individuellement par un juge vénézuélien.»

«Ce gouvernement utilise la peur des persécutions politiques pour tenir en bride une population qui n’en peut plus, ajoute-t-elle. La plupart des Vénézuéliens survivent avec un dollar par jour. Ils affrontent la pénurie de nourriture, de médicaments, de savon… Et cela, dans un des pays les plus violents du monde. Ils sont à bout.»

Créé: 12.04.2016, 08h50

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