L'ex-boss du FBI livre un témoignage explosif

USA - RussieLimogé début mai, James Comey maintient que Donald Trump lui a demandé d'abandonner l'enquête sur son ex-conseiller Michael Flynn.

Selon l'ancien directeur du FBI, Donald Trump lui aurait dit: «J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté».
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L'ex-directeur du FBI James Comey a provoqué une déflagration politique mercredi en déclarant que Donald Trump lui avait personnellement demandé d'enterrer une enquête sur l'un de ses proches, dans la vaste affaire des ingérences russes aux Etats-Unis.

Si les démocrates ont immédiatement dénoncé le franchissement d'une ligne rouge par le président, ouvrant pour certains la voie à une procédure de destitution, de nombreux républicains serraient au contraire les rangs, soulignant que l'ancien grand policier, au-delà de son trouble, s'était gardé de dénoncer aucun délit.

Le récit de James Comey a été publié sous la forme d'un texte liminaire de sept pages que celui-ci prévoit de lire lors de son audition très attendue devant la commission du Renseignement du Sénat jeudi à 14H00 GMT, sa première apparition publique depuis son limogeage le 9 mai.

Il y confirme ce qui avait fuité dans la presse: Donald Trump lui aurait demandé d'abandonner toute enquête sur Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale évincé en février. «J'espère que vous pourrez trouver une façon d'abandonner cela, de lâcher Flynn. C'est un homme bien», aurait dit le président à James Comey en tête à tête le 14 février dans le Bureau ovale.

Selon James Comey, cette requête concernait toute investigation relative aux «fausses déclarations de Michael Flynn concernant ses conversations avec l'ambassadeur russe en décembre», et non l'enquête plus large du FBI sur une éventuelle coordination entre membres de l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. «Cela m'a néanmoins inquiété, étant donné le rôle du FBI comme service d'investigations indépendant», écrit James Comey.

Trump «satisfait»

Interrogé le 18 mai lors d'une conférence de presse, Donald Trump avait répondu «non, non, questions suivante» à la question de savoir s'il avait, d'une quelconque façon, fait pression pour aider le général Flynn.

L'ancien chef du FBI relate aussi en détails un dîner dans le salon vert de la Maison Blanche, le 27 janvier, lors duquel Donald Trump lui aurait dit: «J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté».

Après «un silence gênant», le policier aurait fini par lui promettre une «loyauté honnête». Le président n'a pas nié le contenu de ce témoignage, se disant au contraire par la voix de son avocat «complètement conforté» par celui-ci.

Il est «satisfait» que James Comey ait «finalement confirmé publiquement ses informations privées disant que le président ne faisait pas l'objet d'une enquête en lien avec une investigation sur la Russie», écrit l'avocat, Marc Kasowitz. Hasard ou pas du calendrier, il avait nommé le matin-même le nouveau directeur du FBI, Christopher Wray.

Des notes écrites

A trois reprises, notamment au téléphone le 30 mars, James Comey a confirmé à Donald Trump qu'il n'était pas visé par l'enquête. Mais il a refusé de l'exonérer publiquement, comme le lui demandait le dirigeant républicain.

«Le président a ajouté que si certains de ses proches satellites avaient fait quelque chose de mal, ce serait bien de le découvrir, mais qu'il n'avait rien fait de mal et qu'il espérait que je trouve une façon de dire que nous n'enquêtions pas sur lui», poursuit-il.

James Comey confirme dans son récit, très détaillé, qu'il a consigné par écrit le contenu de ses neuf conversations individuelles avec le président en quatre mois (trois en personne et six au téléphone).

La première remonte au 6 janvier. «Par souci de précision, j'ai commencé à taper sur un ordinateur portable dans un véhicule du FBI à l'extérieur de la Trump Tower dès que je suis sorti de la réunion», raconte-t-il.

Le récit de James Comey est frappant par la description de son malaise face aux requêtes insistantes du milliardaire. Après l'épisode du Bureau ovale, James Comey a «imploré» le ministre de la Justice Jeff Sessions «d'empêcher toute future communication directe entre (lui et) le président».

Destitution ?

Ces faits renforcent le dossier des élus qui voient dans le limogeage de James Comey une tentative d'entrave à la justice. Une poignée d'entre eux va jusqu'à réclamer l'ouverture d'une procédure de destitution, notamment les démocrates Al Green et Brad Sherman.

Afin de protéger l'indépendance de l'enquête russe, la Justice a nommé un procureur spécial, Robert Mueller, le 17 mai.

«Le directeur du FBI doit sa loyauté au peuple américain. Pas au président», a réagi le démocrate Jeff Merkley. Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a estimé que cette demande de loyauté n'était pas appropriée, dans une interview sur MSNBC.

Mais de nombreux républicains faisaient valoir que l'ancien patron de la police fédérale n'avait pas accusé Donald Trump. «La meilleure preuve que vous n'avez pas commis de délit est que le directeur du FBI n'a rien fait», a jugé le sénateur républicain Lindsey Graham. «Je n'ai rien vu d'illégal», a constaté Richard Burr, président de la commission qui l'interrogera jeudi.

Pas de pression

Un peu plus tôt mercredi, deux responsables du renseignement américain ont témoigné pour la même affaire devant la commission du Renseignement du Sénat. Ils ont refusé d'aborder la question d'éventuelles pressions exercées par Donald Trump, arguant que les conversations qu'ils ont eues avec le président étaient confidentielles.

«Depuis que je suis devenu le directeur de l'Agence de sécurité nationale (NSA) il y a trois ans et demi, autant que je me souvienne, on ne m'a jamais ordonné de faire quoi que ce soit d'illégal, d'immoral, de pas éthique ou d'inapproprié et, autant que je me souvienne, durant la même période, je ne me souviens pas avoir subi de pression pour le faire», a déclaré Mike Rogers lors d'une audition au Sénat, sans commenter spécifiquement les allégations relatives à Donald Trump.

Dan Coats, directeur du Renseignement, a également déclaré n'avoir «jamais subi de pression pour intervenir de quelque façon que ce soit pour orienter politiquement du renseignement, ou dans une enquête en cours».

Informations du Washington Post

Les deux responsables ont refusé de parler du contenu de leurs conversations avec Donald Trump. Ni Dan Coats ni Mike Rogers n'ont voulu commenter des informations récentes du Washington Post selon lesquelles le président aurait fait pression sur eux.

Une première fois en leur demandant de démentir publiquement une collusion entre son entourage et Moscou pour influer sur l'élection présidentielle. Une seconde fois en demandant à Dan Coats d'intervenir auprès de James Comey, alors chef du FBI qui a depuis été limogé, pour qu'il abandonne l'enquête sur Michael Flynn. L'ancien conseiller à la sécurité nationale avait été forcé à la démission pour avoir menti sur ses relations avec des responsables russes.

«Pas en public»

Dan Coats a notamment fait valoir que l'audition était publique, laissant entendre qu'il pourrait en parler aux élus dans une audition à huis clos. «Pour ce qui concerne les questions de renseignements ou tout autre sujet qui a été discuté» avec le président étasunien, «mon sentiment est que c'est inapproprié pour moi de le partager avec le public», a déclaré Dan Coats. (ats/nxp)

Créé: 07.06.2017, 18h23

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