Quand le sport réduit les travailleurs à l'esclavage

JO de SotchiUn travailleur des JO de Sotchi s'est cousu la bouche lundi 28 octobre pour dénoncer ses conditions de travail qui sont aussi effroyables que sur les chantiers du Mondial 2022 au Qatar, où plus d'un ouvrier meurt par jour.

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Il s'est cousu la bouche en signe de protestation. Mais le geste de cet ouvrier originaire du Caucase, venu travailler sur les chantiers des Jeux Olympiques à Sotchi, est aussi une métaphore: «Marche ou crève!», résumerait bien son propos, corroboré par une septantaine d'autres travailleurs migrants interrogés par Human Rights Watch, qui dénonce des conditions de travail même pas dignes de Zola.

Vingt-trois pour cent de la masse salariale venue sur les chantiers de la préparation des J.O, qui se dérouleront en Russie, à Sotchi du 7 au 23 février prochain, est migrante. Ils viennent d'Arménie, du Kirghiszstan, de Serbie, du Tadjikistan, d'Ukraine ou encore d'Ouzbékistan. Alléchés par le projet titanesque de construction du site des J.O, ils sont venus dans l'espoir d'améliorer leur sort et de rentrer les poches pleines au pays.

Cinq mois sans salaire

Au lieu de ça, ils travaillent 12 heures par jour. Ont un seul jour de congé par mois. Dorment à 200 dans une maison familiale n'offrant qu'une salle de bains. Sont parfois privés de passeport, parfois même de salaire, pour mieux être enchaînés jusqu'à la fin du chantier. «J'ai travaillé 70 jours d'affilée, de 8 heures du matin à 20 heures, sans être payé», confie ainsi Yunus, originaire d'Ouzbékistan, à Human Rights Watch (HRW). Maxim, un Ukrainien, s'estime presque heureux d'avoir compris plus vite que les autres: lui a «travaillé 3 mois pour rien» quand d'autres «ont travaillé 5 mois» pour la même chose: rien.

Cela n'est pas sans rappeler les récentes révélations du quotidien britannique The Guardian sur les conditions effroyables de travail des ouvriers migrants des chantiers du Mondial 2022 au Qatar. Selon les calculs de 24 heures, plus d'un ouvrier y meurt par jour, faute de conditions de travail décentes.

Une entreprise zougoise

Un chantier devisé à 181 milliards de francs au Qatar, contre 45 milliards à Sotchi, qui est néanmoins le record absolu de l'histoire des Jeux olympiques. 90% d'ouvriers migrants d'un côté, principalement asiatiques (Inde, Népal) contre 23% de travailleurs étrangers de l'autre, majoritairement du Caucase (Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Ukraine...). Cent vingt-cinq euros de salaire mensuel pour les premiers en moyenne, contre 1,70 franc à 2,50 franc de l'heure pour Sotchi.

Au cœur des constructions à Sotchi, une entreprise suisse: Botta Management SA, maître d’œuvre du stade où se dérouleront les cérémonies d'ouverture et de clôture des J.O- un projet à 260 millions de dollars (233 millions de francs) - et du palais Bolchoï qui accueillera le hockey sur glace, devisé à 230 millions de dollars (206 millions de francs).

La société zougoise, qui sous-traite au Russe Engeocom, dénoncé par HRW pour non-paiement de salaire, a refusé notre demande d'interview, nous renvoyant aux «autorités locales et au Comité d'organisation des J.O». Il faut donc téléphoner à Sotchi plutôt qu'à Baar (ZG).

De Zoug à Sotchi

Le spécialiste de la construction des grands stades, qui a œuvré en Afrique du sud pour la Coupe du monde, et est également engagé dans le Mondial 2014 au Brésil, avait néanmoins affirmé en février dernier que «le travail sur les sites est contrôlé de près, par les autorités compétentes pour que tout soit en accord avec la loi». Le porte-parole de l'entreprise zougoise affirmait alors: «Les travailleurs ont accès aux informations sur leurs droits dans leur langue respective, avec des interprètes pour les assister le cas échéant». L'ouvrier qui s'est cousu la bouche hier n'a, lui, certainement pas bénéficié d'un interprète.

Créé: 29.10.2013, 11h45

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