Stephen Hawking laisse un immense trou noir

UniversCe génie de la mathématique et de la physique a non seulement fait avancer notre connaissance de l'Univers, mais fut aussi un lanceur d'alerte.

Stéphane Hawking, même avant sa maladie de Charcot, a toujours voulu comprendre l'Univers.

Stéphane Hawking, même avant sa maladie de Charcot, a toujours voulu comprendre l'Univers. Image: AFP

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Stephen Hawking est né un 8 janvier, date de la mort de Galilée, qui démontra que la Terre était ronde et que le Soleil ne tournait pas autour d’elle. Stephen Hawking est décédé mercredi, un 14 mars, jour de la naissance d’Albert Einstein. Le physicien théoricien et cosmologiste britannique aurait lui-même ri de ce que d’aucuns verront comme un signe du destin.


L'édito: Stephen Hawking, lanceur d'alerte


Mais comme nous l’explique Christophe Galfard, physicien et écrivain qui fit sa thèse de doctorat en 1999 avec Hawking, «quelle que soit la définition qu’on lui attribuera désormais – esprit supérieur ou génie révolutionnaire –, ce chercheur avait cela d’exceptionnel d’avoir toujours repoussé les limites du savoir, de poser des questions globales». Par exemple? «Comprendre complètement l’Univers, pourquoi il est comme il est et pourquoi il existe.» Alors, les coïncidences ou les singularités étaient même devenues l’une de ses spécialités.

Jusqu’au Big Bang

Non pas qu’il croyait en Dieu: il était athée. Mais parce que, précisément, les singularités dans les théories physiques précédentes étaient si fréquentes qu’à peine âgé de 25 ans, il s’est dit qu’il manquait de «petites choses» aux théories d’Einstein. Et pas n’importe lesquelles: à la notion de temps réel, par exemple, il a ajouté celle, abyssale, d’un temps imaginaire. Celle d’un espace-temps où même les objets infiniment petits (telles les particules) sont également «victimes» de la gravitation. Ou bien que le temps réel lui-même pouvait se courber à ce point qu’on revenait au point de départ. Enfin, qu’il y avait un temps «imaginaire» qui n’existait pas avant le Big Bang. Pour imager sa théorie, il expliquait à ses orateurs, même physiciens: «Quand, après avoir longtemps marché, nous arrivons au pôle Sud et que nous voulons continuer tout droit, nous constatons qu’il n’y a plus rien après.» Alors, si nous voulons continuer à marcher, nous devrons irrémédiablement repartir vers le pôle Nord. En rond, donc.

Ainsi, a-t-il postulé, l’espace et le temps sont à la fois limités et circulaires. «Pour lui, nous explique Stéphane Paltani, professeur d’astronomie à l’Université de Genève, il ne servait juste à rien de savoir ce qu’il y avait avant le Big Bang. Le temps n'existait pas, ou pas encore.»

La réunion de deux mondes

Stephen Hawking, mathématicien avant tout et fasciné par l’origine de l’Univers, a, dans l’histoire récente des sciences, été celui qui a réuni deux mondes jusque-là concurrents, voire ennemis: les disciples purs et durs de la théorie générale d’Einstein et ceux de la mécanique quantique. Pour ces derniers, des corps subatomiques peuvent se comporter de façon étonnante, voire erratique, par exemple dans leur capacité d’ubiquité ou de duplication, d’être là et ailleurs en même temps. «Stephen Hawking, nous explique l’une de ses amies, l’astrophysicienne française Nathalie Deruelle, a, le premier, réussi à réunir ces deux mondes, celui de la théorie de la relativité générale d’Einstein et celui de la mécanique quantique, ces deux théories dominantes dans la physique du XXe siècle (ndlr: où l’homme put défier les lois l’attraction terrestre en se rendant sur la Lune et a maîtrisé l’atome pour en faire, notamment, des bombes).» Cela s’est passé en 1972 aux Houches, à deux pas de Chamonix.

Un combat pour la Terre

Pour le Britannique, le début de l’espace et du temps s’appelle le Big Bang, soit la naissance de l’Univers, où le temps n’existait pas. Et leur fin, les trous noirs, objets célestes si compacts que l’intensité de leur champ gravitationnel empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper. Le plus gros apport de Stephen Hawking à la physique est précisément celui-ci: il a non seulement démontré leur existence, à laquelle même Albert Einstein ne croyait pas. Mieux, il a prouvé que de ces trous noirs pouvaient tout de même s’échapper des électrons ou des positrons, c’est-à-dire que même les trous «noirs» étaient en réalité gris. Grâce à lui, le monde de l’infiniment grand a rejoint celui de l’infiniment petit. Dans les dernières années de sa vie, il s’est battu contre le réchauffement climatique et les dangers de l’intelligence artificielle pour l’humanité. Galilée, Newton, Einstein, Hawking: belle filiation, tout de même. (24 heures)

Créé: 14.03.2018, 21h53

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