La Suisse veut rénover un système d'alerte en panne

Droits de l'homme«La Syrie, c’est l’exemple qui montre que nous devons revoir nos pratiques», dit le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter. Interview.

Un délégué se prend en photo avec Didier Burkhalter qui est arrivé à Genève avec des béquilles.

Un délégué se prend en photo avec Didier Burkhalter qui est arrivé à Genève avec des béquilles.

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A l’ouverture du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui fête cette année ses dix ans, Didier Burkhalter, ministre suisse des Affaires étrangères, a lancé un appel pour que la question des droits de l’homme soit intégrée plus en amont, avant que les crises n’éclatent. L’initiative helvétique présentée lundi à Genève arrive alors que l’ONU est sous le feu de la critique pour son impuissance à résoudre les conflits.

Pourquoi la diplomatie suisse a-t-elle pris l’initiative de lancer cet appel?

En matière de respect des droits de l’homme, la situation se dégrade. Avec le système des Nations Unies, nous avons une architecture à disposition qui est bonne en soi avec les trois piliers que sont le développement, la sécurité et les droits de l’homme. Mais ces piliers ne sont pas toujours bien reliés entre eux. Il ne s’agit donc pas de changer toute l’institution. Nous sommes plus pragmatiques. Nous appelons à mettre en place un système d’alerte précoce. Quand les violations des droits de l’homme s’accroissent dans certaines régions ou dans certains pays, le Conseil de sécurité doit en être saisi. Ce n’est pas quelque chose de compliqué à mettre en œuvre, même s’il faut convaincre beaucoup de gens.

Donc vous êtes optimiste quant à l’issue de votre démarche?

Regardez ce qui se passe sur le droit de veto. Il y a quelques années, changer la règle paraissait impossible. Aujourd’hui, plusieurs membres du Conseil de sécurité, des grandes nations du G20, sont d’accord avec l’initiative de la France qui préconise de revoir complètement le droit de veto sur la question des génocides, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Les choses évoluent. Il faut simplement du temps et de la persévérance. Pour le droit de veto, c’est le travail d’une génération. Pour notre démarche, ce sera moins long. Plus de soixante pays nous soutiennent, dont trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité: France, Royaume-Uni et Etats-Unis.

Votre proposition n’est-elle pas aussi une sorte d’aveu, la preuve que le système est en panne?

Le fait qu’il y ait quelque chose à faire n’est pas un aveu. Le système existe, il vaut ce qu’il vaut. Oui, il est en panne. Il y a certaines parties qui pourraient mieux fonctionner. Il y a des pièces qui sont un peu gâtées ou qui n’ont pas donné autant de force au moteur qu’elles auraient dû le faire. Mais votre question est trop manichéenne. Nous ne disons pas qu’il faut tout réformer, parce qu’avec une telle attitude vous êtes sûr que vous ne planterez pas un clou. Nous disons juste qu’il faut agir sur le long terme. Actuellement, notre société fait exactement l’inverse.

Comme pour la Syrie…

La Syrie, c’est précisément l’exemple qui montre que nous devons revoir nos pratiques. S’il y avait eu au départ une véritable volonté de tenir compte de certains signes avant-coureurs, nous n’en serions pas là.

Vouloir renforcer la place des droits de l’homme, n’est-ce pas manquer de réalisme?

Il faut être réaliste et regarder les choses avec attention, mais il ne faut pas, au nom du réalisme, fouler au pied les principes universels. Le réalisme sur la question des droits de l’homme, ce serait accepter que beaucoup d’individus n’aient pas les mêmes droits que vous-même. Ce n’est pas du réalisme, c’est de la résignation ou du cynisme. A terme, cela vous explose à la figure.

(24 heures)

Créé: 13.06.2016, 17h27

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