La Thaïlande frappée par des bombes: quelles pistes?

Attentats Qui se cache derrière les attaques ciblées sur des sites touristiques? La junte évoque une «volonté de chaos».

Le marché de Bang Niang a été frappé par l'explosion d'une bombe.

Le marché de Bang Niang a été frappé par l'explosion d'une bombe. Image: JEROME TAYLOR (AFP)

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En l’espace de 24 heures, pas moins de onze bombes ont explosé à travers cinq provinces du sud de la Thaïlande, frappant principalement des sites touristiques, et semant la panique dans le pays. La petite et d’ordinaire tranquille station balnéaire de Hua Hin est la plus touchée. Jeudi, une double explosion y faisait un mort et 21 blessés, dont des touristes étrangers. Vendredi matin, la station était à nouveau frappée par une double explosion, tuant une nouvelle personne. Parmi les blessés de nationalité étrangère, on trouve trois Allemands, trois Italiens, trois Néerlandais et un Autrichien, selon la chaîne de télévision thaïlandaise PBS.

Mais d’autres sites ont été touchés: la station de Patong, à Phuket, a connu deux explosions; un mort est à déplorer dans la ville de Surat Thani, tout comme à Trang, dans le sud du pays. Des attaques ont également eu lieu dans la province de Phang Nga.

Des déclarations à décoder

Très rapidement, les représentants des autorités ont réfuté le terme d’attentats terroristes. «Ce n’est pas une attaque terroriste. C’est juste du sabotage local», affirmait ainsi le porte-parole de la police nationale. Le chef de la junte militaire thaïlandaise, le général Prayut Chan-O-Cha, dénonçait, lui, une volonté de «semer le chaos».

Mais les déclarations officielles sont à prendre avec prudence dans un pays politiquement très divisé, sous le joug d’une junte militaire depuis le coup d’Etat de mai 2014. En août 2015, après qu’un attentat eût frappé le sanctuaire hindouiste d’Erawan au cœur de Bangkok, faisant vingt morts, le général Prayut Chan-O-Cha pointait la piste intérieure, en l’ocurrence la responsabilité des Chemises rouges, ce mouvement populaire proche de l’ex-clan au pouvoir de Thaskin Shinawatra aujourd’hui en exil. Par la suite, l’enquête s’est très discrètement orientée vers la piste ouïgoure, minorité musulmane turcophone de Chine.

Les autorités thaïlandaises, soucieuses de préserver le tourisme, n’ont par ailleurs aucun intérêt à mettre en avant l’exposition du pays au risque d’attentats, qu’ils soient d’origine intérieure ou extérieure. Quelque 32 millions de touristes étaient attendus en 2016, une manne sur laquelle compte la junte pour redresser une économie moribonde.

La piste ouïgoure?

Les attaques de ces dernières heures interviennent à presque exactement un an de l’attaque du sanctuaire d’Erawan, à Bangkok (le 17 août 2015), et alors que doit s’ouvrir le 23 août prochain le procès des deux Ouïgours accusés. De l’aveu d’un porte-parole de la police nationale, la piste ouïgoure est «prise en considération» pour la vague d’attentats de ces dernières heures, mais il y a fort à parier que c’est très discrètement qu’elle sera étudiée. Après l’attentat de Bangkok, les autorités thaïlandaises avaient longtemps refusé d’évoquer officiellement la piste ouïghoure, de crainte de contrarier Pékin.

Les rebelles du sud?

Depuis janvier 2004, des groupes représentant la minorité musulmane du sud du pays, dans l’extrême sud du pays, sont entrés en rébellion. Dans cette région rurale, pauvre, la population qui parle essentiellement le malais a subi depuis les années 60 la politique d’assimilation des différents gouvernements thaïlandais. En douze ans, ce conflit a fait plus de 6000 morts. Selon Paul Chambers, spécialiste américain de l’armée thaïlandaise et cité par l’Agence France-Presse, tous les soupçons se portent sur les séparatistes du sud: «Ils sont rodés aux techniques de détonation de bombes à distance et aux dispositifs de doubles bombes visant à faire le maximum de victimes», analyse-t-il.

Toutefois, ce serait là un changement de stratégie majeur. Jusqu’ici, jamais les rebelles du sud ne s’en sont pris à des touristes. Reste la question de l’influence du groupe Etat islamique dans l’Asie du Sud-Est, qui cherche à s’infiltrer dans les rébellions locales et à durcir leur action.

Les Chemises rouges?

Fait troublant, la vague d’attaques intervient alors que la reine Sirikit de Thaïlande fêtait vendredi son anniversaire. Le roi possède aussi l’une de ses résidences secondaire préférée à Hua Hin, le site le plus ciblé. Or la royauté marche main dans la main avec la junte militaire au pouvoir, laquelle vient de voir ses prérogatives renforcées à travers l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution. Les forces politiques ayant perdu ce référendum pourraient donc être derrière ces actions, estime Thitinan Pongsudhirak, politologue à l’université Chulalongkorn de Bangkok, cité par l’Agence France Presse.

Le référendum a certes été adopté, mais le peuple n’avait pas le droit de militer pour le non, sous peine d’emprisonnement. Des conditions vertement dénoncées les partisans de l’ex-première ministre Yingluck Shinawatra, dont le gouvernement a été renversé par les militaires en 2014. Mais celle-ci avait appelé ses troupes, notamment les virulentes Chemises rouges, à accepter le résultat et à se concentrer sur les législatives promises pour 2017. Vendredi, elle a aussitôt dénoncé la vague d’attentats.

Créé: 12.08.2016, 14h24

Articles en relation

Des explosions meurtrières dans le sud de la Thaïlande

Attentats La piste terroriste a été écartée par les autorités. Bilan provisoire: quatre morts et une vingtaine de blessés. Aucune victime suisse n'est à déplorer Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.